olympe bely quenum fond1
olympe bely quenum fond2
olympe bely quenum fond3
olympe bely quenum fond4
olympe bely quenum photo1
olympe bely quenum photo2
Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
Biographie en Français
Author's Biography
UN ÉCRIVAIN À DÉCOUVRIR
ACCUEIL
LIVRES
DOCUMENTS
INTERVIEW
PERSONNALITES
VODUN
IN ENGLISH
BIOGRAPHIE
BOOKS REVIEW
ARCHIVES
CONFERENCES
FRANCOPHONIE
POLITIQUE
ETUDES ET TRAVAUX
LIENS
ARTISTE
CONTACT

LE CAS DU VOTE DES BENINOIS DE LA DIASPORA

Conférence dans un Loge de Francs-Maçons en majorité africains.



Par Olympe BHÊLY- QUENUM.





En français classique, on nomme cas une chose singulière, étonnante ; ainsi les conférences nationales organisées en Afrique francophone depuis celle du Bénin, qui fut une réussite, fut un cas parce qu’elle était effectivement une singularité qu’on ne finit pas de la citer en exemple. Avec l’humour qui les caractérise, certains Béninois disaient que la Conférence des forces vives de la Nation était une « jolie femme sexy qu’on admire, mais que savent fragile ceux qui vivent dans son intimité parce qu’elle est devenue une vraie Démocratie : alliance du peuple et du pouvoir (Demos et Kratos).



Le Bénin -autrefois le Dahomey- fut qualifié de Quartier Latin de l’Afrique par le philosophe personnaliste Emmanuel Mounier. Promu Etat indépendant en Août l96O, le Quartier Latin battra le record des coups d’Etat sans effusion de sang, ce qui est aussi un cas ; il est fondamental et mérite d’être souligné : le Bénin est un pays dont les peuples, tacticiens, frondeurs prêts aux affrontements, en arrivent rarement aux mains sans des palabres qui permettraient de trouver un consensus.



Voilà schématiquement ce qu’on pourrait considérer comme une idiosyncrasie des Béninois ; elle a joué un rôle psychologique de harcèlement à dose homéopathique sur la personnalité de Monsieur Mathieu Kérékou, ancien sous-officier de l’Armée française devenu président de la République à la suite d’un pronunciamiento. Certains politiciens souriraient d’une telle assertion mais le so­ciologue ne saurait négliger ce paramètre parce qu’il aura observé quantités de signes et leurs effets dans l’analyse d’un cas. Un exemple : pendant le premier règne du président Mathieu Kérékou, des Béninois qui, vivant à l’étranger se savaient en danger à cause de leur hostilité au régime, saisissaient toute occasion - fût-elle précaire - de retourner en cachette au pays natal. C’était très risqué. C’était aussi une conjugaison de provocation et de courage. Un autre exemple : où qu’ils fussent, des Béninois, exilés volontaires ou politiques, débarquaient sur le territoire national entre juin et août, rejoignaient leur ville ou village natal, revoyaient des amis, participaient à des cérémonies traditionnelles, puis ils reprenaient le chemin du retour en Europe, aux USA ou ailleurs en Afrique.



Guère pas à son aise quand ses concitoyens revenaient ainsi en masse, le putschiste se méfiait surtout de ceux qui lui ren­daient les visites dites de courtoisie. En terme psychopathologique, cet homme dont l’autorité était fondée sur la pensée unique, l’oppression, la répression et la terreur, est un inquiet.



Sur le plan sociologique, du 19 au 28 février 1990, la Conférence des forces vives de la nation s’est tenue à Cotonou à l’époque où les allers et retours de ceux qui vivaient hors du pays donnaient à Monsieur Kérékou le sentiment d’une routine ; mais il s’en méfiait d’autant que, dans maint discours, le président François Mitterrand souhaitait l’émergence de la Démocratie en Afrique francophone, en liant parfois son avènement ainsi que le respect des droits de l’homme à des solutions que la France pour­rait proposer ou continuer d’apporter à l’Afrique dans le cadre de la Coopération.

S’y ajoutaient la présence ou la création sur place d’une mul­tiplicité d’ONG, l’activité sans défaillance de l’Association des sous-préfectures, la mobilisation des étudiants et des professeurs dont les grèves paralysaient le pays tout entier, celles des fonctionnaires pléthoriques, la prise de position des syndicats qui aggravaient le raz-de-marée quand commençait de se faire sentir le rôle éminemment efficace des femmes béninoises qui tenaient le coup, soutenant par leurs activités, leurs commerces et leurs enga­gements, la lutte pour la liberté et la démocratie ; frappante est la ressemblance entre ces mobilisation et ce qui s’était passé dans les années 1946-1947, lors de la grève des cheminots du Chemin de Fer Dakar-Niger décrite dans Les Bouts de Bois de Dieu par Sembene Ousmane. Le Barreau béninois, lui aussi mobilisé, en appelait sans cesse au respect des Droits de l’Homme que la coterie au pouvoir violait allégrement ; Amnesty international dénonçait ce méfait en éveillant les consciences.



Tandis qu’ailleurs des hommes politiques, qui s’intéressent à l’Afrique pour y établir, voire incruster leurs hommes de paille aux seules fins de rentabiliser leurs affaires, travaillaient dans le contexte d’un replâtrage qui permettrait le maintien au pouvoir d’un Kérékou qu’ils créeraient chef d’Etat libéral, les évêques, dans leurs prêches comme dans leurs Lettres pastorales, jouaient un rôle de collectif intellectuel appelant non seulement les fidè­les à la prière dans la lutte, mais exhortaient aussi le peuple au courage et à la résistance face aux agissements intolérables du Pouvoir.

Il y avait ainsi une sorte de conjugaison de prises de positions ; en l’occurrence, il faut souligner que mobilisés depuis longtemps, les Francs-Maçons béninois, où qu’ils fussent, coordonnaient leurs méthodes d’action. On per­cevait alors des frissons de rivalité -disons d’émulation- de civi­sme et de patriotisme entre l’Eglise et la Franc-Maçonnerie.



En 1988, j’avais noté 1a gestation d’une presse libre de plus en plus active dont le rôle s’emplissait. Des opérations de trituration et de macération s’effectuant de part et d’autre, le chef d’Etat se sentait comme dans un guet-apens ; s’y ajoutaient les contraintes tant économiques que sociales générées par son idé­ologie politique et son système de gouvernement. Quid de l’exploitation du pétrole aléatoire? Elle n’empêchait pas le pays affaissé avançât à croupetons en s’enlisant. Le Programme d’ajustement structurel -refusé- n’arrangeait pas la situation.

Soulignons ici un fait qui ferait sourire des allogènes comme des Béninois qui connaissent mal leur pays : en 1978 eut lieu dans un village une tenue de devins ; après avoir consulté l’oracle - Ifa en yoruba, Fa en langue fon- les aruspices procédèrent aux cérémonies appropriées et émirent au sujet du marxisme-léninisme la sentence que voici : « cette chose-là ne doit pas durer longtemps dans notre pays, elle va à l’encontre de toutes nos croyances et convictions. Malheur aux enfants du pays qui y prennent part et la soutiennent ! »



Le président Kérékou eut vent de cette condamnation ; il ne pouvait pas ignorer que des fils ou descendants de devins faisaient partie du noyau dur de son régime ; il en existait aussi au palais de la Présidence de la Répu­blique où n’étaient pas absents, non plus, des membres d’organisa­tions philosophiques combattues par le régime. En psychanalyse, on n’aurait guère hésité à déclarer que Mathieu Kérékou était un cas-limite : il était souvent sur la défensive et la Conférence des forces vives de la nation serait une sorte de forum psychanalytique. « Le génie du peuple béninois », comme l’a dit fort justement une des personnalités très actives sur le terrain, « aura été de rendre publics tous les débats, puisque ce ne seront pas les délégués qui en rendront compte, mais la presse écrite, la radio, la télévision tant nationales qu’internationales ». Le pays tout entier était ainsi largement informé. Comme les réactions sont imprévisibles dans un cas de schizophrénie, la rue et les marchés avaient été mis en garde et reçu l’ordre de se barri­cader dans les maisons au moindre signe de danger.



Pour faire vite, disons que, tenue les 6 et 7 décembre 1989, la session conjointe des organes cen­traux de l’Etat, qui avait pris la décision selon laquelle le Bénin devait se défaire du marxisme-léninisme, était apparue au président Kérékou telle une bouée de sauvetage qu’il qualifierait néanmoins, revenu de sa stupeur, de « coup d’Etat civil. »

*

Une décision de la session conjointe exigea la séparation du parti et de l’Etat ; le régime instauré par le président Kérékou étant une partitocratie ramifiée dans la totalité des activités sur lesquelles l’Etat répressif avait un droit de regard, la session a demandé, entre autres, la création d’une nouvelle stru­cture gouvernementale et la convocation d’une Conférence des Forces vives de la Nation qui se tiendra, en application de la décision prise le 7 décembre 1989 par une cession conjointe. Quelque 500 personnes y participèrent, bien qu’elle fût enta­chée d’exclusions puisque, délibérément, certaines personnalités, enfants du pays, n’y avaient pas été invitées.



Les participants venaient de groupes - ne disons pas classes so­ciales - assez divers : cadres de l’administration, travailleurs de toutes catégories, paysans, commerçants, associations de développement, partis politiques, représentants des cultes, ceux de la Franc-Maçonnerie du Grand Bénin, qui, vers la fin du mois de Décembre 1989, devait publier un document d’un courage assez rare.

*

Solennellement inaugurée par le président de la République du Bénin - encore populaire - qui y participa assez réguli­èrement, présidée sans désemparer par Mgr Isidore de Souza, Evêque coadjuteur, la Conférence dénonça des actes et des faits, à savoir:



- Le régime, méprisant l’histoire, la géographie, la culture et les arts du pays, leur a tourné le dos.

- La plupart des créateurs intellectuels se sont éloignés du Quar­tier Latin de l’Afrique.

- La fuite des cerveaux est voulue par le régime.

- L’intelligence ayant déserté le pays, la médiocrité s’y était acagnardée et la dictature sévissait contre tout suspect.

- Les ressources naturelles mal exploitées l’étaient convenable­ment quand la coterie au pouvoir était sûre d’obtenir des pots-de-­vin ou des dividendes mis en sécurité en Europe.

- Les énergies créatrices sont étouffées.

- Prolifération des abus ; règne de l’injustice et de l’arbitraire, condamnations à mort et incarcérations sans jugement ; tortures pour délit d’opinion ; humiliations de femmes et de jeunes filles livrées au bon plaisir des militaires, etc.



Des lustres avant cette Conférence, l’écrivain et l’anthropologue que je suis avait décrit ces étalages. Relisant les Annales de Tacite, alors que j’avais déjà terminé un roman resté inédit campé dans un pays nommé Djên’Kêdjê, je fus sidéré par les similitudes entre les agissements, notamment ceux de Néron décrits par Tacite, et ceux qui avaient cours au Bénin où je retournais tous les deux ans, voire trois fois en 1980, après le décès de ma mère.



Si les lettrés de mon pays avaient les moyens d’acquérir certains ouvrages écrits par leurs compatriotes poètes, romanciers, essayistes, historiens, etc., si la presse était libre ; si la liberté d’expression existait ; si les journalistes n’étaient pas des fonctionnaires de l’Etat répressif forcés d’en être aussi, plus ou moins, des complices, le peuple eût été davantage mis au courant des faits. Se serait-il soulevé pour autant ? Rien n’est moins sûr parce qu’il eût craint d’être entraîné dans un bain de sang parce que le Pouvoir, équipé d’engins efficaces que le Bénin n’a jamais fabriqués, n’aurait peut-être pas hésité à faire zigouiller seulement ceux qui dénonçaient ses méfaits, mais aussi une masse d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards, comme dans un pays voisin et ailleurs en Afrique où le seul nom de Démocratie donnait et donne encore de l’urticaire à des chefs d’Etat, à leur gouvernement et à leurs nervis.

*

Ne perdant pas de vue ces possibilités, la Conférence des Forces vives de la Nation souleva et analysa les grands problèmes de trente années d’une indépendance largement ratée dont alors près d’une vingtaine sous Kérékou était couronnée de faillites encore lourdes de conséquences préjudiciables au peuple ; puisque soulever des problèmes et les analyser ne pouvait pas les résoudre, la Conférence a pris des décisions très importantes visant l’immédiat et l’avenir.



Sur le terrain comme à l’extérieur, nombre de Béninois, qu’ils fussent ressortissants ou s’intéressent à ce pays parce que c’est celui de l’un de leurs parents, décidèrent de ne pas rester impassibles face à un tel événement dont la presse, tant nationale qu’internationale de même que la radio et la télévision rendaient compte assez scrupuleusement. Le Bénin entrait comme à pieds joints dans le processus démocratique. C’était effectivement un cas, qui, malheureusement, n’est pas expor­table.

*

Pour ne pas traîner au milieu du champ en cours d’essouchement, on martela, puis décida que le pouvoir ne devait plus être accaparé par une sorte d’oligarchie, civile ou militaire. Le Cas du Bénin, poursuivant perinde ac cadaver son évolution, la souve­raineté de la Conférence et la force exécutoire de ses décisions furent proclamées. Un acte d’audace ? Une révolution dans le creuset du Vodún ? Disons une subversion comme seuls les dieux savent la fomenter, quand résolument des hommes de bonne volonté leur prê­tent main forte.



La Loi fondamentale concoctée et enracinée dans l’arbitraire ayant été dissoute, il fallait, comme dans tout Etat de droit digne de ce nom, un pouvoir exécutif, un pouvoir législatif, un pouvoir judiciaire clairement distincts les uns des autres. Il faut aussi une presse libre, des associations, des coopératives qui ne soient pas régentées par le pouvoir en place. La liberté de pensée et d’expression. La garantie des libertés fondamentales, le règne de l’intelligence et la promotion de la culture, une culture authentique ; la promotion sociale des citoyens, une éducation nationale dynamique et efficace.



Un Avant-projet de Constitution largement diffusé fut assailli d’amendements envoyés par une légion de Béninois résidant ailleurs dans le monde. Pour avoir constaté dans le texte élaboré de la Constitution soumis à un référendum populaire, des traces de mes propres amendements, à coup sûr formulés par bien d’autres compatriotes aussi, je peux attester que nombre des amendements n’ont pas été enterrés. La nouvelle Constitution de la République du Bénin a ainsi doté le pays d’un régime absolument démocratique. Une structure de transition, issue de la Conférence, fut placée sous l’autorité du président Kérékou, et un gouvernement, également de transition, fut confié à Monsieur Nicéphore Dieudonné Soglo, Premier ministre unanimement dési­gné.



Le Haut Conseil de la République a reçu mandat de réguler toutes les opérations nationales. Je ne vais pas énumérer les tâches de cette Instance qui a fort bien travaillé. Je peux affirmer que, où qu’ils fussent, les Béninois ne perdaient pas de vue la moindre activité du Haut Conseil de la République, aussi les élections, tant législatives que présidentielles prévues, ont-elles eu lieu régulièrement.

*

Tout observateur objectif, honnête et loyal reconnaît sans hésiter que dans l’ex-République populaire du Bénin, la Con­férence des Forces vives de la Nation a fait voler en éclats le noyau dur que l’ex-président Kérékou avait cristallisé au­tour de sa personne. La Démocratie était née, mais il faut le souligner : il n’y a pas de démocratie si les responsabilités les plus hautes ne sont pas assumées par le chef d’Etat, si l’espace poli­tique n’est pas bien structuré sur le plan national pour être cré­dible sur le plan international.



Comment fonctionne cette Démocratie est un autre problème. Il faut néanmoins rappeler ceci : il n’y a pas de Démocratie sans grands partis politiques indispensables à son souffle vital et à son existence. Le président Soglo a pu disposer d’un parti digne de ce nom. Où pourrait-on le situer actuellement ?

Il faut des repères identifiables si le chef d’un Etat africain veut édifier un socle identitaire car le flou, à plus ou moins brève échéance, nuit à la vie politique d’un pays. Le très regretté président Hubert Maga, premier président de la république du Dahomey, m’avait tenu au sujet de Mathieu Kérékou, son tombeur, des propos qui se sont avérés et qu’on pourrait lire sur mon site à ce moment où, au Bénin, tout se met à l’œuvre pour que cet homme ne régente plus la vie politique du pays ; son environnement est une jungle grouillante de gens qui mangent dans ses mains et contribuent à la ruine de la Nation.



Frères et mes Sœurs camerounais, je n’ignore pas que le primordial pour vous est de savoir comment, vivant loin de leur pays, les Béninois en diaspora sont-ils parvenus à participer au vote pendant les élections dans leur pays. Le combat que, sur le terrain ou loin de la terre natale nous avons dû mener contre la partitocratie, la pensée unique et la dictature pour en arriver à la Démocratie expliquerait ce droit au vote où que nous soyons, bien que, comme en 2001, il y ait eu des entorses qu’explique la vigilance dont nous faisons preuve actuellement.

Pour répondre objectivement à votre attente, j’ai téléphoné au Bénin pour obtenir les documents légaux en vertu desquels Béninois et Béninoises de l’extérieur ainsi que leurs conjoints étrangers et leurs enfants qui avaient sollicité et acquis la nationalité béninoise ont le droit de voter pendant les élections au Bénin, s’ils se font inscrire au moment approprié. Mais voici d’abord quelques aspects des luttes que nous continuons de mener :



Mme Rosine Soglo, Député, Présidente de la Renaissance du Bénin (RB, opposition) déclara récemment à l’Assemblée nationale : « Après avoir échoué à faire réviser en sa faveur la loi fondamentale du pays, le gouvernement du président Mathieu Kérékou revient avec d`autres manœuvres pour nous faire croire que les caisses de l`Etat sont vides pour financer l`élection présidentielle de mars prochain » ; soulignant que rien ne peut empêcher le gouvernement de mobiliser les moyens financiers pour le prochain scrutin présidentiel, puisqu’il avait mobilisé les ressources nécessaires pour se faire élire au cours des deux précédentes élections de mars 1996 et 2001, Mme Rosine Soglo ajouta : « En 2001, M. Kérékou a pu mobiliser facilement 9 milliards de francs CFA pour se faire élire frauduleusement au pouvoir. Maintenant que le Parlement a doté le pays de dispositions électorales transparentes et crédibles, il trouve l`occasion de nous dire qu`il n`a pas de ressources nécessaires pour faire face aux dépenses électorales. »


Au Bénin, on rappelle que « les besoins de financement de l`ensemble des opérations relatives à la préparation, à l`organisation, à la gestion, à l`appui et au contrôle du scrutin présidentiel de mars 2006 sont estimés à 31 milliards 800 millions FCFA qui résultent des incidences financières induites par les nouvelles dispositions de la loi portant règle générale des élections en République du Bénin destinées à rendre plus transparentes les prochaines consultations électorales dans le pays. »



Chers Frères et Sœurs, il m’appartient ici de préciser que très tôt informé, j’avais dénoncé des faits, en respectant l’anonymat souhaité par mon informateur, hélas ! passé à l’Orient Eternel, mais dont une contribution aussi remarquable que significative figure dans L’Afrique des profondeurs. 40ème anniversaire d’Un Piège sans fin… » En 2000, notre très regretté Frère Athanase K. Adjahouto, m’envoyant en retard de Los Angeles sa contribution mentionnée ci-dessus, m’informa des « implications de la Société TITAN, ses liens avec le président Kérékou et quelques personnalités de son gouvernement ; l’élection présidentielle est caviardée ...Je te supplie, Olympe, n’en dis mot, en tout cas ne cite jamais tes sources… »



A cette époque, quand Nicéphore Soglo dont je soutenais publiquement le parti m’a eu téléphoné pour me tenir au courant « des tractations du désinformateur du Petit Palais et des préparations d’une mascarade », je me suis contenté de m’enquérir des noms de ceux qui menaient avec lui la lutte contre les magouilles ; il a cité Adrien Houngbédji, François Kouyami et Lionel Agbo ; je les ai appelés et tous ont dit être ravis de me savoir, en l’occurrence, dans leur camp. Mais les jeux étaient faits ; ceux d’entre vous qui regardent l’interminable feuilleton Des jours et les vies » ont dû entendre prononcer souvent le nom de TITAN. Voilà une des sources de financements de certaines élections dans nos pays.

*

Pour ce qui est des documents pertinents autorisant les Béninois en diaspora à voter pendant les élections dans leur pays, mon ami le professeur Roger Gbégnonvi m’a adressé l’e~mail que voici que je vous lis:


« Bonjour, Grand Frère!



« […] Quant au vote des Béninois de l'extérieur, c'est une question de bon sens ; il est contenu en filigrane dans l'article 6 de la Constitution du 11 décembre 1990: « Le suffrage est universel, légal et secret. Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux béninois des deux sexes âgés de dix-huit ans révolus et jouissant de leurs droits civils et politiques ».

Et le professeur Gbégnonvi de commenter sobrement : « Tous les nationaux béninois », mais « dans les conditions déterminées par la loi ». Voilà ce sur quoi l’on joue. Si le vote des Béninois de l'extérieur était inscrit en tant que tel dans la Constitution, ce ne serait pas gérable par l'Etat béninois dans son état actuel. »



“Bon week-end, Cher Grand Frère.”

*

Militant du Parti socialiste en France où je vis depuis 1948, j’ai donné, en avril 1992, au siège national du PS à Paris, à l’instigation de mon vieil ami Moïse Balenda, Camerounais que certains parmi vous connaissent peut-être, une conférence au cours de laquelle j’ai cité les deux textes que voici :

« Le problème de l’individu est de vivre d’abord sa vie quotidienne. Ses soucis personnels et ceux de sa famille l’absorbent ; le nombre des citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d’y prendre part est limité. I1 est heureux qu’il en soit ainsi. La cité, la nation, où chaque jour, un grand nombre de citoyens discuterait de politique serait proche de sa ruine. Le simple citoyen, qui est un vrai démocrate, se fait, en silence, un jugement sur le gouvernement de son pays et, lorsqu’il est consulté, à dates régulières. pour l’élection d’un député par exemple, exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal et sain, il retourne à ses préoccupations personnelles qui ont leur grandeur, ne serait-ce que par ce qu’elles ont de nécessaire non seulement pour chaque individu mais pour la société. »



Voici le deuxième :



« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulle­tin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire pendant 5 ans. Elle est action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de I’Etat, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. Si cette présence vigi­lante ne se fait pas sentir, les gouvernements (quels que soient les principes dont ils se recommandent), les corps organisés, les fonctionnaires, les élus, en butte aux pressions de toute sorte de groupes, sont abandonnés à leur propre faiblesse et cèdent bientôt soit aux tentations de l’arbitraire, soit à la routine et aux droits acquis…La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. »



La première citation est de Les Princes qui nous gouvernent, ouvrage de Michel Debré, publié en 1957. La deuxième est de La Répulique moderne, de Pierre Mendès-France, en 1962. Je n’hésite pas un seul instant à déclarer que cette dernière conception de la Démocratie est la mienne. Elle l’était déjà quand, jeune professeur de Lettres en Normandie, je militais au PSU.



Les luttes que nous avons dû mener contre les régimes de Monsieur Mathieu Kérékou ont prouvé que « le Cas du Bénin » a été perméable à une telle conception de la Démocratie. Il n’empêche que de telles luttes doivent demeurer permanentes, tant sur le terrain qu’en diaspora.

Le 15 juin 2004, dans La Nouvelle Tribune, N° 590, mon ami et compatriote Roger Gbégnonvi à qui je dois l’extrait de l’article 6 de la Constitution du 11 décembre 1990 déjà cité publiait une « Supplique au Président Jacques Chirac » ; la voici :

« D’entrée de jeu, Monsieur le Président, je voudrais vous rassurer : quelle que soit notre colère contre vous et contre votre politique à l’égard de l’Afrique, à l’égard de nous, il n’y aura pas au Bénin, comme c’est le cas présentement en Côte d’Ivoire, il n’y aura pas de « chasse aux Blancs » et probablement pas de pancarte portée à bout de bras et proclamant l’esclavagisme de Chirac. Dans le Passé, mon pays a fait beaucoup de guerres, dont celles contre votre pays. Aujourd’hui, pour arriver à bout de ses contradictions, il s’engage dans des joutes, alliances et mésalliances très compliquées et surprenantes souvent, parfois houleuses, quelquefois vaines, mais jamais orageuses au point d’en devenir sanglantes à l’échelle nationale. Et comme dans notre histoire et dans notre culture, l’étranger pacifique est encore perçu comme un être à entourer et à protéger parce qu’il est loin des siens, la sécurité et la tranquillité des Français au Bénin (leur nombre y est très peu élevé) sont et seront garanties.



« Mais il vous revient, à vous aussi, Monsieur le Président, il vous revient de nous aider à rester fidèles à nous-mêmes et à ce qu’il y a de très bien et de très noble dans notre histoire et dans notre culture. La supplique que je vous adresse s’origine à la récente démarche de votre ministre de la Coopération, qui est allé féliciter le Président Idriss Déby du Tchad pour son projet de révision de la constitution de son pays, révision devant lui permettre de s’éterniser au pouvoir à N’Djamena, s’il le désire. Permettez-moi de vous le dire, Monsieur le Président, l’Afrique consciente, démocrate et marchante, n’a pas approuvé la démarche de votre ministre de la Coopération, elle l’a reçue comme un déni d’honneur et de dignité, comme un désaveu de l’Afrique démocrate et en marche. Un coup d’arrêt inattendu - venant de vous - au progrès des peuples. Nous aimons que la France nous étonne et nous surprenne, pas dans les basses fosses africaines, mais toujours à hauteur de Voltaire et des Lumières, à hauteur toujours de ce qu’il y a de très bien et de très noble dans l’histoire et la culture de France.

« On vous prête - on vous a prêté - l’intention de vouloir peser de tout votre poids dans la balance pour amener le Président Kérékou à marcher sur les brisées du Président Déby. On ne prête qu’aux riches. Et pour ce que cette intention à vous prêtée pourrait avoir de vrai, je vous en prie, Monsieur le Président, n’en faites rien. Laissez les Béninois régler ce problème entre eux-mêmes et pour eux-mêmes. L’Elysée ne peut pas et ne doit pas dicter éternellement la politique faite en Afrique francophone. Dans quel intérêt ? Cela pourrait conduire à des tragédies, si ce n’est pas déjà le cas. Il faut arrêter maintenant.

« On vous prête également l’intention - ô rumeur ! - de faire un petit tour au Bénin en 2005. Venez, Monsieur le Président, venez nous parler de ce qu’il y a de très bien et de très noble dans l’histoire et la culture de France et qui, depuis la République, ne s’appelle pas seulement résistance, mais aussi respect strict et méticuleux du texte sur lequel et pour lequel on a prêté serment. Venez nous en parler, Monsieur le Président.

« Mon éducation, ma formation et ma culture m’empêchent, Monsieur le Président, d’approuver ce qui se passe aujourd’hui en Côte d’Ivoire, mais je peux le comprendre. J’y ai vécu et travaillé pendant deux ans. Et j’ai le souvenir de tous mes élèves qui voyaient passer le train de la croissance, et qui savaient qu’ils n’y monteraient jamais, de même que leurs parents n’y sont pas montés. Je comprends que ce pays, dont l’histoire n’a peut-être pas atteint la densité et l’intensité de l’histoire de mon pays, puisse basculer, se laisser aller et dérailler sous le poids des frustrations multiples et entretenues, sous le poids des colonisations nouvelles et des provocations continuelles. Il vous revient, à vous aussi, Monsieur le Président, de nous les éviter à l’avenir et dès à présent.

« Aimez-nous, si vous le pouvez. Respectez-nous toujours.

Merci, Monsieur le Président.»

*

Chers Frères et Soeurs, relisez bien la phrase que voici du professeur Gbégnonvi :



« On vous prête - on vous a prêté - l’intention de vouloir peser de tout votre poids dans la balance pour amener le Président Kérékou à marcher sur les brisées du Président Déby.»



J’avais qualifié ces deux lignes de coups de tocsin ; plus d’un an plus tard, sondant la trame des événements et des reptations tant au pays qu’en France, j’ai sonné comme le glas en écrivant Requiem pour le Quartier latin de l’Afrique en rapportant succintement des propos que m’avait tenus le regretté president Hubert Maga brossant le portrait tant moral que psychologique de Monsieur Mathieu Kérékou. Ecoutez maintenant Monsieur Jacques Chirac, président de la République française, qualifiant M. Kérékou de « principal artisan de l'enracinement de la démocratie au Bénin », assurer que « très nombreux en dehors du Bénin ou au Bénin auraient souhaité vous voir continuer à assumer ces fonctions. Mais le respect de la parole, de la loi, de la Constitution passe à vos yeux avant toute autre chose ».



Aussi lourds qu’énormes sont les appels du pied par lesquels la chiraquie et l’ingérence du Pré-Carré se sont dévoilés. Qui a pu assurer Monsieur Chirac de l’intention qu’il a prêtée aux Béninois “en dehors du Bénin ou au Bénin” ? Monsieur Sarkosy qui a déclaré et répété qu’il y a en France plus de médecins béninois qu’au Bénin ? La xénophobie montrait du doigt des praticiens français, mais Nègres, dont les grands-pères, pères et oncles ont été massacrés dans des guères qui n’&étaient pas celles des Nègres.

Soucieux d’éviter à son pays « ce qui se passe aujourd’hui en Côte d’Ivoire », comme avait prévenu Roger Gbégnonvi, le président Mathieu Kérékou dont la visite d’Etat a été souillée et traînée dans la boue par TV France2, a préféré mettre le pied dans les beaux plats du Palais de l’Elysée en déclarant :



« La présente visite que j’effectue à votre invitation, me permet de vous confirmer que ,j’ai décidé de ne pas me représenter à la prochaine élection de mars 2006, dans le strict respect de la Constitution du 11 décembre 1990. »



Refusant ainsi de céder aux sollicitations tous azimuts des lobbies de France et d’Afrique qui désirent qu’il se rive au pouvoir, ne serait-ce que pour deux ans encore, Monsieur Mathieu Kérékou était bien inspire, sachant que le pis ne serait pas évité s’il avait écouté les sirènes.



Bien chers Frères et Sœurs, je vous remercie de m’avoir fraternellement invité à vous entretenir du Cas du Bénin et de m’avoir prêté attention.





Olympe BHÊLY-QUENUM.

28 novembre 2005.

Rue Damon.

30190.Garrigues-Sainte-Eulalie