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Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
Biographie en Français
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REQUIEM POUR LE QUARTIER LATIN DE L’AFRIQUE

I



La fermeté de ma prise de position contre le projet de remplacer la dénomination Université Abomey-Calavi par Université Mathieu Kérékou m’a valu des messages appréciables, voire, deux amabilités béninoises en cagoule: « fils de riches!... », « Aristocrate gauchiste!... » Devais-je renier mes origines, renoncer (j’ai bien écrit renoncer) mon camp politique : socialiste depuis mon premier vote en 1949 pour Pierre Mendès France ? En Démocratie, chacun a le droit d’exprimer ses opinions ; injurier relève de l’impuissance tant physiologique (NË kúnÒ) qu’en matière de débat d’idées. Le très regretté Président Hubert Maga m’avait dit ceci qu’on lira plus loin, entièrement : « […] j’ai approuvé le changement de Dahomey en Bénin parce que mieux que Dahomey, Bénin rassemble concrètement les réalités ethniques, sociales, culturelles, etc. de notre pauvre pays.» S’il en est ainsi, je pose une question simple : est-ce que concrètement, mieux que Université Abomey-Calavi, Université Mathieu Kérékou rassemblerait « les réalités ethniques, sociales, culturelles, etc. de notre pauvre pays » ?

Il me plairait qu’au Bénin un compositeur mette en musique les cris du vieux Job que voici, pour que dans synagogues, églises et temples, les chorales les entonnent quand des hommes politiques assistent à leur culte ; que des rappeurs les déclament sur les places publiques où dansent les vodúnsi, devant les mosquées, à la radio, à la télévision, mais aussi, lors des réunions de tel ou tel candidat à l’élection présidentielle qui pérore, s’égosille, expose son programme et fait distribuer des billets de 1000 francs cfa (1,52 €uro) et des tee-shirts :



" A ses serviteurs mêmes,

Dieu ne fait pas confiance,

et il convainc ses anges d’égarement.

Que dire des hôtes de ces maisons d’argile,

posées elles-mêmes sur la poussière ?

On les écrase comme une mite :

un jour suffit à les pulvériser.

A jamais ils disparaissent

et nul ne les rappelle.

Leur piquet de tente est arraché,

et ils meurent faute de sagesse"

[....]

" Non, la misère ne sourd pas de terre,

la peine ne germe pas du sol.

C’est l’homme qui engendre la peine,

comme le vol des aigles cherche l’altitude."



Pátapáta…b?ni. Xó nùgbó wÉ [1]murmure ?rúnmìlà, en yoruba et en fon.



*

J’abats donc les cartes : on naissait vers : j’avais 12 ou 14 ans, eu égard à leurs relations dans la famille Quenum, Véronique -future Mme Ahouanmènou-, Michel Ahouanmènou, Justin Ahomadégbé quand il y venait aussi, me parlaient un peu chez mes parents, à Glexwé[2] ; je vis Sourou Migan Apithy pour la première fois lors de sa campagne électorale dans le sillage du R.P Aupiais, jusqu’à Sègboxwè où il rendait visite aux commerçants et commerçantes dont ma mère était la présidente du puissant Groupe des Tontines des villages riverains du lac Ahémé ; quant à Hubert Maga, il m’a découvert en France, dans le contexte de la Loi-Cadre Gaston Defferre ; un député normand avait étrillé l’Afrique Noire et, professeur de Lettres au lycée de Coutances, je répliquai dans la presse par une philippique dont la copie fut adressée aux députés africains, à l’Assemblée nationale française. La parution en avril 1960 d’Un piège sans fin aura été, entre lui et moi, le début d’une amitié qui dura jusqu’à sa mort. Les évocations que voilà permettront de mieux comprendre mon attachement à mon pays et à ses problèmes qui me fait intituler Requiem cet article. Je rouvre le vieux calepin qui me servait de Journal intime : « 15 mai 1953; terminée la lecture de Le Lys dans la vallée avec autant de plaisir que de jouissance de relire l’œuvre maîtresse d’un grand écrivain ; j’aime Balzac qui m’informe sur la France jusque dans ses provinces. »

II

1953-2005 ! En septembre 2005, l’Assemblée générale de l’A.I.C.L[3], dans le château de Balzac, à Saché, en Touraine, m’a donné envie de relire Le Lys dans la vallée, magnifique chef-d’œuvre et d’enseignement sur l’art de concevoir un roman ; d’entrée, ce à quoi je n’avais guère prêté attention il y a plus d’un demi-siècle m’a pris comme à bras-le-corps : je découvris qu’il ne s’agit pas que d’un roman de passion amoureuse que la psychanalyse explorerait avec jubilation, mais que c’est aussi un roman politique où le lecteur est introduit dans une époque précise, la politique étant greffée dans Les Cent Jours. La Restauration- marquant le retour des Bourbon - est l’épicentre de l’incomparable ouvrage ; Louis Stanislas Xavier de France, prince frondeur, subtil, cultivé, intrigant, conscient de son intelligence, devient, pour les royalistes, le nouveau roi de France sous le nom de Louis XVIII et rétablit la dynastie des Bourbons sur le trône après la chute de Napoléon 1er, mais il a dû accepter de gouverner avec les ultras ; de ce fait, la désertion des troupes royales ne permettra pas à son neveu, Louis Antoine de Bourbon, duc d'Angoulême, Lieutenant général du royaume, de repousser l'armée de Napoléon lors des Cent Jours.

Ce bref rappel manque d’autant moins d’intérêt que depuis leur Indépendance, les ex-colonies de l’ex-Mère Patrie qu’est la France ne ratent pas l’occasion de mettre leurs dérives en parallèle avec ce qui a cours en France. En l’occurrence, situations et faits qui avaient singularisé la politique de Louis XVIII s’apparentent, à s’y méprendre, à la politique marxiste-léniniste de l’ex-Aide de Camp du regretté Président Hubert Maga, cautionnée par des intellectuels compradors et la coterie des techniciens de la corruption, qui, « pour l’amour de leurs ventres, rampent, se faufilent et grimpent dans le troupeau »[4] ; au Dahomey rebaptisé République populaire du Bénin, le malheur est qu’au lieu de Cent Jours, il y en a eu quelque 6570 de dictature, de pensée unique et d’autocratie ; ainsi, Monsieur Mathieu Kérékou, en allant à la guerre contre la corruption, s’est installé au cœur d’une confrérie de corrompus et de corrupteurs pour gérer la gabegie, générer la dégradation des mœurs et la misère. On ne va pas ici réécrire l’Histoire de cette période, ni celle de la Conférence nationale des Forces vives de la nation ; voici donc - résumé dans sa sècheresse - le constat du romancier habitué de la sociologie et de l’anthropologie culturelle, qui travaille essentiellement sur les réalités du terrain objectif :

1° les cinq ans du gouvernement de Nicéphore Dieudonné Soglo, tant par les réalisations économiques, sociales, infrastructurelles que culturelles, ont été utiles au Bénin ; quitte à faire face à un procès, voire pis, je souligne que la récurrence des faits oblige à admettre que l’ère marxiste-léniniste fut celle d’un fossoyeur de la Nation : le très regretté Président Hubert Maga, qui considérait « comme un fils » son futur geôlier, avait décrit ce dernier en des termes qu’on lira plus loin. Eu égard aux faits, les Béninois qui, par choix ou par la force des choses, constituent la masse de la diaspora, ont parfois honte de dire qu’ils sont Béninois. Deux autres constats méritent d’être succinctement mentionnés :

2° Si les cinq années de la présidence de Soglo ont été plus économiques, plus sociales et remarquablement plus culturelles que politiques, elles avaient -m’a-t-on souvent répété- « subi l’impact trop lourd du clan quasi familial qui jouait contre Nicéphore Soglo lui-même ».

3° Conséquence: en 1996, il fut démocratiquement vaincu par son adversaire favorisé par le troc sournois du marxisme-léninisme contre le libéralisme soutenu, depuis Paris, par la Droite où l’on s’était rendu compte que, acculé à la faillite dans tous les domaines, celui qui avait fait tonitruer: É HÙZÚ ! Colonialisme à bas ! Impérialisme à bas ! en était arrivé à ne pas demeurer insensible au Libéralisme nostalgique du passé colonial du Dahomey devenu le Bénin.

Quiconque a pu être étonné par une telle transmutation n’avait rien compris au Manifeste du parti communiste : Karl Max ne faisait pas mystère de son éloge du capitalisme. Une des preuves en est l’extraordinaire développement de la Chine depuis la mort de Mao Zedong. Bien qu’on n’eût pas du tout aimé les agissements et oppressions de Monsieur Mathieu Kérékou reconnaissables dans As-tu vu Kokolie? [5], on s’attendait à ce que son retour aux Affaires fût couronné de réalisations dignes d’un homme politique qui aime son pays. J’avais pensé que, tel Pisistrate (Grèce antique) après son retour au sommet du pouvoir, le chef de l’Etat béninois, renonçant à sa logique de la faillite, améliorerait la vie des paysans, celle du peuple en général, celle notamment d’une jeunesse vouée au chômage, à la quémande et à la délinquance.

S’il a pu s’attaquer à des travaux que cinq ans de Magistrature n’avaient permis à son successeur-son prédécesseur de réaliser dans un pays que lui-même avait mis sur les rotules en dix-huit années de règne, la seule construction d’un nouveau pont ne saurait compenser les réalisations attendues de sa part ceux qui l’avaient réélu : urbanisation, sanitaire, scolarisation, création d’emplois, réduction du chômage et de la pollution, etc., mais il en va ainsi quand la distribution de billets de 1000 francs cfa et des tee-shirts remplace la pédagogie politique et l’initiation au civisme.

III

Les rumeurs, grands cris, contestations tous azimuts qui avaient préludé à la déclaration de Monsieur le président de ne pas s’acagnarder davantage au sommet de l’Etat, malgré les sollicitations des thuriféraires, les encouragements de tel et tel de ses pairs, me font penser -pour ne pas être soupçonné de parti pris en me référant à une célébrité africaine ou d’ailleurs - à Pittacos (650-569 av J.-C.): ayant débarrassé son pays des tyrans, il le dirigea dix ans durant avec beaucoup de sagesse avant de quitter le Pouvoir, obtempérant à la loi en déclarant :Rien de trop[6]. Ce n’est pas le cas dans notre très cher Bénin : truands notoires demeurent impunis, fonds public détourné utilisé à des fins obscures ; on est soudoyé pour brader des entreprises nationales ; bien que le pays soit lourdement obéré, le transvasement des finances de l’Etat facilite le renflouement de comptes privés ouverts dans des paradis fiscaux.

*

J’ai fait allusion à des propos du très regretté Président Hubert Maga ; voici l’infime extrait de l’une de nos nombreuses conversations dont l’anecdote ne laisserait pas de marbre : aussitôt annoncée de la détention en résidence surveillée des hommes d’Etat qu’étaient Ahomadégbé, Apithy et Maga, je publiai dans un périodique parisien un article où je traitai sans ambages le triumvir de « Trois crocodiles dans un marigot » et en je fis parvenir deux exemplaires à chacun d’eux. Mes relations avec Justin Ahomadégbé tenaient des fréquentes plaisanteries et taquineries entre les originaires d’Abomey et ceux de Zado ; Apithy et Maga étaient des amis avec qui je discutais beaucoup ; que je fusse en vacances au Bénin ou qu’ils fussent à Paris, l’un ou l’autre invitait ma femme et moi à déjeuner ou dîner. En 1981, à leur libération après huit ans de privation de liberté, Hubert Maga revenu à Paris me téléphona :

« Olympe, le crocodile est sorti du marigot !

« J’en suis ravi ! j’irai caresser son dos !

« Je vais te servir du whisky empoisonné !

« Abikou, je n’ai pas peur de la mort et ne laisserai pas intact ton bon whisky ! »

Nous avons ri et il demanda quand il me reverrait.

« Demain ou quand tu voudras.

« Viens déjeuner demain, comment va Maryvonne ?... »



Je lui rendis visite avec une bouteille de champagne pour saluer sa remise en liberté ; j’embrassai Madame Maga, puis l’ex-chef d’Etat-ex-détenu ; il y avait quelqu’un qui me parut froid quand je le saluai, puis il s’exprima dans une langue du Nord et le Président Maga se fâcha :

« Paul ! parle fon, yoruba, mina ou français ! Ose répéter dans une de ces langues ce que tu viens de dire ! Olympe est mon ami, c’est moi qui l’ai invité !

Embarrassé, chafouin, l’hôte ainsi traité que je sus le prénom déclara à voix basse : « j’ai dit ne pas comprendre que tu reçoives chez toi un type qui t’avait traité comme il l’avait fait dans un journal, quand tu étais en prison.»

Il s’agissait de Monsieur Paul Darbou et je ne bronchai pas : chez les descendants d’Anikokou Azanmadô Xwénou[7], incruster le mépris dans un silence était une arme que l’éducation traditionnelle nous apprenait à manier avant notre adolescence ; mon plaisir de revoir Hubert Maga eût été altéré, si j’avais dû exprimer le mépris que je sentais pour ce Monsieur Darbou. Mais, c’est le lieu de faire, pour la première fois, état d’une suspicion de Pinto: à l’époque où, à Rome, j’effectuais le stage diplomatique à l’ambassade de France, Louis Ignacio Pinto, ambassadeur du Dahomey aux USA, vint en mission en Italie pour des pourparlers afférents à l’installation des services d’AGIP au Dahomey et je l’introduisais auprès des personnalités que je connaissais : La Pira, maire de Florence, Enrico Mattei, président de l’ENI dont les bureaux se trouvaient à San Donato Milanese, le prince Alliata di Montereale, député,etc. Au cours d’un dîner dans un restaurant de la Piazza Navona, nous parlions, entre autres, de notre pays, Pinto sortit de sa poche un carnet, l’ouvrit, en parcourut quelques pages et dit : « au fin fond de moi,je suis triste car Paul Darbou, c’est mon intime conviction, est un de ceux à qui AGIP ainsi que le fruit de tout ce que tu m’aides à faire en Italie profiteront, quant au peuple de notre pays, il sera abandonné sur les bords des routes, AGIP ne lui sera d’aucun profit…»

IV

Je n’avais jamais cherché à connaître l’implication de Monsieur Paul Darbou dans AGIP au Dahomey ou au Bénin, mais à ma visite à Hubert Maga, je n’ai pu m’empêcher de penser aux propos de l’aîné et Ami qu’était Louis Ignacio Pinto aussi. Après l’apéritif et le repas, l’ex-détenu de son ex-Aide de Camp déclara pour entrer en matière :

« Ce garçon de Kotopounga qui a été mon geôlier, moi Hubert Maga, je le considérais comme un fils, un de mes propres enfants. »

Et nous eûmes la conversation que, dans le train de banlieue de Paris à Poissy où ma famille et moi vivions, je transcrivis dans mon calepin avant de rentrer chez moi ; en voici l’essentiel :

«Olympe, j’ai désiré te revoir pour te le dire très sincèrement, ton article m’a beaucoup peiné et j’en ai pleuré, mais tu avais raison parce que tu n’aimais pas...tu n’aimes pas Foccart et quelques Français que tu catégorisais en déclarant : « tes « fréquentations qui nuisent à notre pays. » C’est du passé, le temps joue pour ou contre tout homme, mais tu es mon ami, un jeune frère loyal, droit, qui décide et agit sans états d’âme, alors, retiens bien ceci : il y aura pis que mes fréquentations, car ce Kérékou-là mettra notre pays à genoux ! Mathieu Kérékou n’aimait pas le Dahomey, quant à moi il n’y a jamais eu d’ambiguïté, j’ai cependant approuvé le changement de Dahomey en Bénin, parce que, concrètement et il faut l’admettre, bien mieux que Dahomey, Bénin rassemble les réalités ethniques, sociales, culturelles, etc. de notre pauvre pays. N’empêche, ce Kérékou-là qui se dit marxiste je ne sais quoi, avec des intellectuels voyous et autres cliques qui ne cherchent qu’à se remplir le ventre, il mènera le Bénin à la ruine ! la ruine du peuple, la ruine de la Nation…

- Est-ce que…tu ne parlerais pas par…trop de dépit, de rancune aussi ?

- Dépit, peut-être…oui, certainement, mais rancune?Dieu m’en préserve car si je pouvais en avoir je ne t’aurais ni téléphoné, encore moins appelé à venir me voir et à manger avec moi. Quoi qu’il en soit, Olympe, Michel Ahouanmènou qui te connaît très bien, mieux que moi ? Je n’en sais rien, m’a beaucoup parlé de toi, de ta fermeté dans toutes tes luttes, note donc bien ceci : avec Kérékou, le pays sera comme jeté sur des tas d’ordures, les courtisans se mettront à quatre pattes devant lui afin de satisfaire quelques besoins alimentaires ; oui, je connais ces gens-là, il y aura des rapineries, l’assouvissement des vanités fera quémander çà et là les pots- de-vin de toutes sortes et le Bénin sera mis à l’encan.

- Je ne connais pas ton ex-Aide de Camp et ne pense pas qu’on en arrivera à…

- Les caractéristiques fondamentales et la source première de l’arriération de notre pays est la domination étrangère. L’histoire de notre domination est celle de l’oppression politique, de l’exploitation économique, de l’aliénation culturelle, de l’épanouissement des contradictions internationales et interbribales.[8] Si tu n’as jamais lu ça nulle part, je peux te jurer que c’était Kérékou qui tenait ce langage et je sais par cœur quantités de ses logorrhées telles que «les accords de coopération économiques, culturelle et de défense qui nous lient avec certains pays amis doivent être révisés…» Qu’a-t-il fait depuis ?Rien, il est militaire mais il n’ose pas.

- Que faut-il faire ? je le répète, ne le connais pas, je crois ne l’avoir rencontré qu’une seule fois, à l’occasion d’une mission auprès des ministres de l’Information de l’Afrique orientale, équatoriale et de l’Ouest ; au Bénin, on a souhaité que je rende visite au chef d’Etat et j’ai accepté ; la radio s’en est fait l’écho ; chuchotements, remue-ménage, branle-bas dans la Communauté familiale Quenum et landerneau allié, sans doute parce qu’Alphonse Quenum, prêtre, avant tout mon cousin germain, qui, sans avoir volé, ni farfouillé dans le fonds public ni tué qui que ce fût, avait été emprisonné pour délit d’opinion. Il y a eu ceci d’étrange avant ma visite au chef de l’Etat béninois : deux inconnus, visiteurs nocturnes venus à l’hôtel ont demandé à me voir ; bien que très prudent, surtout méfiant, je les ai accueillis ; en tâtant le terrain dans ses profondeurs, je me suis rendu compte que nous avions des points communs.

- Des Francs-Maçons, n’est-ce pas ? Je sais que tu en es.

- Tout à fait ; ils ont été d’une insigne Fraternité et j’ai suivi leur conseil, mais en tendant un tout petit piège ; le président y était tombé et j’en ai constaté le résultat deux mois plus tard.

- Sois plus clair, Olympe.

- Mes Amis m’avaient dit : « le président demandera des nouvelles de ta famille, il te posera - c’est le plus important et c’est pour ça que nous sommes ici - des questions au sujet de ton travail, de tes problèmes, etc. Il faut préparer une note verbale précise de tes réponses à ses questions, donne-lui cette note avant de prendre congé. » Ce fut fait ; à propos de mon travail caractérisé par des frustrations et l’absence de promotion pendant plus de dix ans, Kérzékou avait déclaré : « ce n’est pas possible, ce n’est pas normal, même ici, ça n’existe pas. » N’empêche, le contenu de ma note verbale fut ébruité jusqu’à Paris.

- Ignoble ! C’est vraiment ignoble ! Paul, tu entends ça ? il opina du bonnet et je déclarai :

- J’en ai vu bien d’autres ; ce qui m’intéresse maintenant, c’est notre pays et ce que nous devrions faire pour ne pas en arriver à la situation que tu as prédite.

- C’est aux intellectuels, à tous ceux qui auront pris conscience de la dégringolade morale, de la dégradation économique, sociale et culturelle du Bénin à cause des méthodes de Mathieu Kérékou et de sa clique de s’entendre pour réagir mais…tu connais les nôtres, il y aura ceux qui diront pis que pendre de lui la nuit et à la première occasion, ils iront se mettre à plat ventre devant lui pour trahir père et mère. »

*

Hubert Maga fut un oracle ; je me demande, aujourd’hui, si Fá ayìdégun aurait été aussi perspicace qu’il l’avait été, tant les faits lui ont donné raison ; aussi regretté-je qu’il ne soit plus de ce monde pour les constater et reconnaître aussi ses propos que je rends publics, comme mon hommage à la mémoire de Justin Tomètin Ahomadégbé, en faisant mettre en ligne, sur mon site web, son discours « Aimer le Dahomey » dont aucun Béninois loyal, intellectuellement honnête, ne contesterait l’actualité.



©. Olympe BHÊLY-QUENUM.

agblo@aol.com. ou azanmado@aol.com

www.obhelyquenum.com

Garrigues-Sainte-Eulalie, 23/10/2005.




[1]Phrases en langues yoruba et fon qui signifient : tout à fait, c’est vrai.

[2] Je préfère la dénomination Glexwé à la déformation qui en a fait Ouidah.

[3] Association internationale de la critique littéraire ; j’en suis le vice-président international Afrique Noire.

[4] John Milton, Le Paradis perdu.

[5] Un roman auquel l’auteur de ce texte avait travaillé pendant un quart de siècle. Edits Phœnix Afrique.

[6] Pour ceux cela intéresserait, l’expression s’écrit en grec :MηδÈν άγαν.

[7] Le prince Anikokou Azanmadô Houenou, mon arrière-grand-père, fut le cabécère-ministre du Commerce et des Finances du roi Ghezo, à Ouidah ; il est décrit par l’abbé Laffitte ; c’était l’arrière-grand-père du prince Kojo Marc Tovalou Houenou, qui, par sa mère, était un neveu du roi Béhanzin. On sait que dans la lutte pour le pouvoir qui opposa Béhanzin à son frère Ahanhanzo, la famille Houenou (Quenum) soutint sans défaillance Ahanhanzo contre Béhanzin ; l’histoire réelle ne fait pas mystère de ce que la vengeance du roi Béhanzin lui coûta dans ses différentes luttes.

[8] J’ai dû recourir à mon ami Bérard Quélin, de l’agence Opéra pour trouver le passage très exactement cité par cœur ! par le Président Maga.