olympe bely quenum fond1
olympe bely quenum fond2
olympe bely quenum fond3
olympe bely quenum fond4
olympe bely quenum photo1
olympe bely quenum photo2
Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
Biographie en Français
Author's Biography
UN ÉCRIVAIN À DÉCOUVRIR
ACCUEIL
LIVRES
DOCUMENTS
INTERVIEW
PERSONNALITES
VODUN
IN ENGLISH
BIOGRAPHIE
BOOKS REVIEW
ARCHIVES
CONFERENCES
FRANCOPHONIE
POLITIQUE
ETUDES ET TRAVAUX
LIENS
ARTISTE
CONTACT

DEUX PRIX NOBEL : LA LITTÉRATURE AU COEUR DU COMBAT POLITIQUE

DEUX PRIX NOBEL : LA LITTÉRATURE

AU CŒUR DU COMBAT POLITIQUE

 

Par Olympe BHÊLY-QUENUM

 

 

Le prix Nobel de littérature 2010 a été attribué à un grand écrivain qui est aussi un contestataire à visage découvert ; les intellectuels africains qui se scotchent aux chevilles des tenants de la coterie FrançAfrique devraient s’immerger dans des ouvrages d’un tel lauréat; j’en avais lu plus d’un quand, après une tenue de la Grande Loge maçonnique du Zimbabwe, j’ai fait la connaissance d’un Haut Grade de la Grande Loge du Pérou qui me dit : « […] nous avons au Pérou d’excellents écrivains et créateurs que l’Afrique devrait connaître ; bien sûr, quant à eux, ils devraient se faire un devoir de ne pas considérer les écrivains du continent africain comme quantités négligeables ; mon Frère, si tu n’as pas encore lu La ville et les chiens1 de mon compatriote Mario Vargas Llosa, je te suggère de commencer par ce livre. »

Je connaissais ce roman, et, plus tard, L’Orgie perpétuelle; éssai sur Flaubert enté sur Madame Bovary acheté sur les quais de la Seine, à Paris, c’est un diamant magnifiquement ciselé qui me fascina ; dès lors, l’admiration pour Mario Vargas Llosa, critique littéraire, me décida à suivre comme à la piste ses articles parus aussi bien dans la presse anglaise que française ; quant à ses romans, dans certains d’entre eux, la narration, torrentielle quand l’écrivain s’attaque aux problèmes sociaux, décrit le peuple en mouvement, la vie des petites gens, ou quand il peint la bassesse des nantis, démonte la connerie des parvenus qui révèle davantage sa poétique, disons, plus simplement, autant son art de raconter que d’ourdir un roman.

Bien avant sa consécration par le prix Nobel, il m’arrivait - en voyant tel ou tel écrivain africain francophone promener sa tronche et son look cocasse dans la presse parisienne - de me demander si la Francophonie ne devrait pas les inciter à observer de près sur le terrain objectif, dans leur pays natal, les cas sociaux, les maux qui assaillent le peuple, les ravages, non seulement du sida contre lequel on lutte grâce à des remèdes, mais aussi, voire davantage, les endémies dont on ne meurt pas, hélas ! qui sont les corruptions ; s’y ajoutent l’enseignement primaire scolaire où l’étiage est tel qu’à 12 ou 13 ans des élèves ne savent pas lire convenablement ; après les redoublements, mêmes ceux qui accèdent à l’enseignement secondaire font d’inimaginables fautes d’orthographe et de syntaxe.

Est-on aujourd’hui écrivain …africain francophone quand on n’ose pas dénoncer, dans la presse ou sur Internet, la misère, les corruptions tous azimuts, la sclérose en plaques culturelle, les crimes politiques, les assassinats qui demeurent impunis, les saloperies de toutes sortes ainsi que la haute main du chef d’Etat de son pays natal sur les Institutions, la presse, voire sur la justice ?

Quand le candidat Nicolas Sarkozy avait insulté et piétiné l’Afrique à Bamako, quand, élu président de la République française, le même homme a eu proféré des propos innommables à Dakar, je n’ai lu dans la presse française, ni entendu broncher les appréciations d’aucun de ceux que la Francophonie exhibe actuellement en vue de la pérennisation de la langue et des valeurs culturelles françaises en Afrique.

Des intellectuels africains connus à l’étranger, l’Afrique n’en manque pas ; le plus célèbres est Wole Soyinka, premier lauréat du prix Nobel de littérature en Afrique ; mondialement reconnu, légendaire est son impact dans la vie politique du Nigeria, son pays natal lourdement riche en pétrole ; pourfendeur depuis des lustres de la gabegie gouvernementale et des corruptions, il a, à l'occasion de son 76e anniversaire, révélé récemment son intention de former un parti de "progressistes" qui participerait à l'élection présidentielle en 2011. On trouve des intellectuels de ce tissu et de cette trempe chez Vargas Llosa aussi.

Être intellectuel africain francophone soucieux de plaire à la France, de ramper sous prétexte de coopérer à l’expansion du français en Afrique, mais ne pas y avoir d’assise, simplement, aucun impact, ni dans son propre pays d’origine, c’est n’être qu’un déraciné devenu comprador ou un ectoplasme. Il y a plus de soixante ans, le philosophe personnaliste qu’était Emmanuel Mounier piloriait déjà ces Africains en traitant d’« ennemis de leur propre passé[…]ces renégats qui n’arriveront qu’à produire, dans l’écume de quelques grandes villes, de faux Européens, des Européens en contre-plaqué. »2

Dans La ville et les chiens comme dans La Guerre de la fin du monde, Mario Vargas Llosa peint aussi ces ectoplasmes, démontre comment le devoir d’un écrivain consisterait à se battre pour son pays, à ne pas collaborer à sa ruine en s’asservissant à l’étranger.

*

 

En 1950 ou 1954, j’ai lu un ouvrage dont j’ai oublié le titre ; Lénine y qualifiait l’élite de « la merde de la nation » ou « la merde du peuple ». Ce n’était pas une révélation : les régimes totalitaires détestent les intellectuels ainsi que les happy few qui constituent ce qu’on nomme « élite, intelligentsia, » etc. Si malgré les inévitables compartimentations qui la caractérisent, l’intelligentsia demeurait le dernier avatar de la digestion, le Comité Nobel de la paix en a mis des pelletées sur la table du régime de Pékin, en attribuant son prix au professeur de lettres Liu Xiaobo, condamné à onze ans de prison pour « subversion ».

Le courage norvégien a été vivement estampillé « obscénité » ; l’obscénité a éclaboussé la confrérie qui l’a stigmatisée et on assiste ainsi au triomphe de l’intelligentsia sur la dictature et sur l’oppression que subit la majorité des peuples chinois.

La Charte 08, signée par l’écrivain Liu Xiaobo avant d’être couronné par le prix Nobel de la paix, oblige à poser deux questions : qu’est-ce que le PCC reproche à cet homme dont on avait vu l’image lors du massacre de la place Tian'anmen 3 et qui ne brandissait aucun objet contondant? Que recèle de répréhensible La Charte 08 dont voici le Préambule ?

« Cette année est celle du centenaire de la constitution chinoise, elle est également le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, le trentième anniversaire de l’apparition du «Mur de la démocratie» et le dixième anniversaire de la signature par la Chine du Pacte international des droits civiques et politiques des Nations Unies. Après avoir fait la longue expérience d’une situation désastreuse en matière de droits de l’homme et de difficiles luttes, le peuple chinois se rend compte plus clairement chaque jour que la liberté, l’égalité et les droits de l’homme sont des valeurs universelles de l’humanité ; et que la démocratie, la république et un gouvernement constitutionnel sont le cadre fondamental d’un système politique moderne.

Une "modernisation" qui s'éloigne de ces principes universels et de ces éléments fondamentaux revient à dépouiller les gens de leurs droits, à dégrader les rapports humains, à supprimer la digne lutte des hommes contre le malheur. Dans quelle direction la Chine du 21e siècle ira-telle ?

Continuera-t-elle une "modernisation" dont la caractéristique est que ceux qui la dirigent menacent les droits des autres, ou bien, en reconnaissant ces valeurs partagées et universelles, en se fondant dans ce courant commun de civilisation, va-t-elle bâtir un système de gouvernement démocratique ? C'est un choix qu'on ne peut se passer de faire. »

Comparée avec une récente déclaration de Monsieur Wen Jiabao, numéro 2 du régime chinois, la teneur de ce texte surprend et on s’étonne que ce Premier ministre ne soit pas au moins déjà assigné en résidence surveillée, puisqu’il avait osé dire :

« Si aucune réforme du système politique n'est assurée, les résultats de la réforme économique seront anéantis», «Nous devons résoudre le problème de concentration excessive du pouvoir, créer des conditions permettant au peuple de critiquer et de contrôler le gouvernement.».

Il aurait même « secoué le Parti communiste en le pressant d’engager une réforme du système politique » En quoi consisterait une telle « réforme »? La suite de ses propos ne différant pas des requêtes de Liu Xiaobo, la logique - si elle pouvait exister quand la ruse, le mensonge, l’hypocrisie et la tartuferie sont au pouvoir - obligerait le gouvernement chinois à libérer Liu Xiaobo ; mais il appert qu’en Chine comme ailleurs dans le monde, la politique de deux poids et deux mesures étant l’idiosyncrasie des dictateurs, le Comité Nobel de la paix, de temps en temps, met le pied dans les plats en attribuant son prix à des femmes ou à des hommes relégués dans des geôles des régimes de l’infamie.

Ce que Liu Xiaobo  demande pour son pays date d’avant toutes les révolutions du monde ; le PCC et les dictateurs d’Afrique devraient lire ce texte de Jean Jaurès assassiné par la coterie des ennemis de la liberté et de la démocratie :

 

« C’est dans la lecture de la Bible, traduite partout en langue vulgaire, que les peuples apprendront à penser, dans la Bible batailleuse et âpre, toute pleine des murmures, des cris, des révoltes d’un peuple indocile dont Dieu, même quand il le châtie et le brise, semble aimer la fierté, dans cette Bible où il faut que les chefs, même prédestinés, persuadent sans cesse les hommes et conquièrent, à force de services, le droit de commander, dans ce livre étrangement révolutionnaire où le dialogue entre Job et Dieu se continue de telle sorte que c’est Dieu qui a l’air d’être l’accusé, et de ne pouvoir se défendre contre le cri de révolte du juste que par le tapage grossier de son tonnerre; dans cette Bible où les

prophètes ont lancé leurs appels à l’avenir, leurs anathèmes contre les riches usurpateurs, leur rêve messianique d’universelle fraternité, toute leur ferveur de colère et d’espérance, le feu de tous les charbons ardents qui brûlèrent leurs lèvres. C’est ce livre farouche que la bourgeoisie industrielle a mis aux mains des hommes, des pauvres travailleurs des villes et des villages, de ceux-là mêmes qui étaient ses ouvriers ou qui allaient le devenir, et elle leur a dit: Regardez vous-mêmes, écoutez vous-mêmes. Ne vous abandonnez pas aux intermédiaires. Entre Dieu et vous la communication doit être immédiate. Ce sont vos yeux qui doivent voir sa lumière, C’est votre esprit qui doit entendre sa parole. »4

 

Olympe BHÊLY-QUENUM.

www.obhelyquenum.com

E~mail : azanmado@aol.com ou agblo@aol.com

¨bhely-quenum.olympe@neuf.fr

1 Edits Gallimard, Paris.

2 « Lettre à un ami africain » adressée à Alioune Diop, Fondateur de Présence Africaine.

3 15 avril 1et le 4 juin 1989

4 L’Armée Nouvelle ( cf. page 370-371.)

Edition populaire l’Humanité. Paris 1915