DIASPORA AFRICAINE EN EUROPE : PROJET POUR D'ÉVENTUELS HEBDOMADAIRES. |
Par Olympe BHÊLY-QUENUM.
L’absence des Africains dans les débats de la présidentielle fut cruellement humiliante ; on y évoquait l’Afrique en ressassant de l’aider, mais sans la respecter ; à Bamako le candidat de l’UMP, avant d’être élu président de la République française, avait moqué l’Afrique traînée dans la fange sur le continent noir : « La France, économiquement, n’a pas besoin de l’Afrique. Les flux entre la France et l’Afrique représentent 2% de notre économie. »
Aucun Africain digne de ce nom et du continent ne doit jamais oublier une telle humiliation renforcée par le rejet de repentance. De la lecture du programme de chacun des deux finalistes de la présidentielle, de leurs discours aussi, seule la prise de position réitérée de Madame Ségolène Royal mettait en évidence un projet pour l’Afrique. Le texte intitulé Coopération avec l’Afrique en est la preuve sans équivoque : « La coopération avec l’Afrique est essentielle pour notre pays, pas seulement au titre de la solidarité avec les populations africaines, mais aussi parce que ce qui s’y passe est crucial pour notre avenir : émigration, sécurité, risque sanitaire, risque écologique…En matière de coopération, dites-nous ce que vous voulez faire, annoncez que nous respecterons nos engagements internationaux. »
Et elle devait déclarer dans MAINTENANT (livre - entretiens ) :
« Je crois que la France doit assumer son histoire, toute son histoire. Sans amnésie et sans repentance. Elle doit avoir la fierté de ses moments radieux, glorieux, de sa Révolution qui, comme disait Saint-Just, « vota la liberté du monde ». Mais je crois que notre pays doit aussi être capable de porter un regard apaisé et de poser les mots justes sur les pages plus sombres de notre histoire commune. Nous devons être capables de reconnaître l'esclavage pour ce qu'il fut : un crime contre l'humanité. C'est ce qu'a fait la loi portée par Christiane Taubira et votée en 2001. Nous devons être capables de reconnaître la colonisation pour ce qu'elle fit : dominer et spolier. Nous devons être capables de reconnaître la part prise par la police française de Vichy dans la rafle du Vél' d'Hiv et la déportation des Juifs de France. Mais aussi de rendre hommage aux Justes qui assumèrent, eux, le devoir de protection. Tous coupables ? Non, bien sûr ! Il y eut toujours, dans ces moments-là, des Français pour s'opposer à l'injustice, et des résistants pour ne pas accepter l'inacceptable. En outre, ce n'est jamais aux descendants de payer pour les crimes qu'ils n'ont pas commis. Mais tous comptables de la transmission de l'histoire collective, oui !
« C'est pourquoi j'ai fermement désapprouvé, en décembre 2005, cet article de loi indigne voté par la droite, qui vantait les « aspects positifs » de la colonisation. Un système politique, quel qu'il soit, fondé sur l'inégalité des personnes, ne peut pas être bon. Dans les départements d'outre-mer, où l'on n'a pas oublié ce temps du mépris et de la citoyenneté à deux vitesses, l'insulte fut très vivement ressentie et la mobilisation immédiate. Aimer son pays, ce n'est pas trafiquer le passé pour mieux mentir sur l'avenir. Le déni de l'histoire attise la rivalité des mémoires. Moi, je veux pour la France la lucidité d'une histoire partagée. »
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Il appert que la candidate du Parti socialiste avait écouté ce que des Africains lui disaient, lisait et tenait compte de leurs messages email ou par courriers postaux dont faisaient preuve ses déclarations au Sénégal, Martinique, Guadeloupe, voire à Villepinte. Quel Africain, quel Français bon teint douterait de l’obsolescence de nombre des Accords de coopération entre la France et les Etats africains et malgache d’expression française[1] dont les fondements de plus d’un article, partant, leur l’abrogation sont d’une nécessité urgente ? Or, bien que citoyens français ils résident en France, la presse française, à l’unanimité, a ostracisé les Africains des débats de la présidentielle ; de cet fait, comme à l’époque coloniale, plus couramment dans la coterie FrançAfrique, on a parlé d’Afrique sans les Africains et Christian d’Alayer de réagir[2] : « […] une partie notable (tous ?) des intello à peau noire et vivant en France n’étaient plus véritablement des Nègres. Comment comprendre, sinon, que réunis au sein d’une association dont j’ai déjà oublié et le nom et les initiales tellement elle est absente du paysage médiatique, les intellectuels noirs vivant en France se soient aussi peu intéressés à l’actuelle campagne électorale ? ».
Que non, ils ne s’en étaient pas désintéressés, les média les en avaient exclus et il faut constater : nul ne doute que La diaspora africaine francophone en France n’aura jamais les moyens de créer un quotidien africain dont elle sera l’actionnaire et qui sera dirigé par des professionnels africains. Dans le tohu-bohu de la présidentielle, deux bimensuels ont publié des articles d’Africains sans coupures pouvant s’apparenter à des censures déguisées; j’ai nommé Afrique Education et le satirique Le gri-gri international. Publications réellement africaines, ces deux organes d’information seraient-ils hebdomadaires que l’intervention de la diaspora africaine en France n’aurait pas été cruellement occultée. Pour avoir été actionnaire-directeur du magazine La Vie africaine, fondateur -avec ma femme - et directeur du bilingue franco-anglais L’Afrique actuelle, je n’ignore pas de quoi je parle et, jouant cartes sur table, je pose les questions que voici à mes deux jeunes confères :
1° Financièrement, êtes-vous chacun le propriétaire de la publication dont vous êtes le Directeur ?:
2° En Afrique ou en Europe, qui ou quelle société finance chacune des deux publications ?
3° Afrique Education et Le Gri-Gri international pourraient-ils devenir hebdomadaires ?
4° Dans l’affirmative, quelles en seront les modalités ?
5° Les Africains de la diaspora en France ou en général, les Noirs qui en auraient les moyens pourraient-ils être actionnaires de l’une et l’autre publications ?
6° Mes articles refusés par la presse française, ensuite publiés dans les deux bimensuels africains l’ont été sans censure ; y aurait-il la garantie formelle qu’il en serait de même, et que, quelle que puisse être leur teneur -sauf injures, grossièretés - les textes ne seraient pas refusés ?
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Les réponses très précises à ces interrogations loin d’être exhaustives permettront d’envisager les décisions ainsi que l’action appropriées : très préoccupante la première déclaration de Monsieur Sarkozy après son élection, ses propos requièrent une analyse de texte approfondie, tant de la part des chefs d’Etat africains que de la diaspora africaine en France. Ecoutons-le :
« Je veux lancer un appel à tous les peuples de la Méditerranée pour leur dire que c’est en Méditerranée que tout va se jouer [….]. Je veux leur dire que le temps est venu de bâtir ensemble une Union méditerranéenne, qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique. Ce qui a été fait pour l’Union de l’Europe il y a 60 ans, nous allons le faire aujourd’hui pour l’union de la Méditerranée. »
Un trait d’union n’unit rien ; en revanche, il séquence un mot en occultant des dichotomies ; ce qui objectivement unit est nommé lien : chaîne d’union loyale, sincère qu’on forme en se donnant le bras ou en se tenant par la main.
On apprend en lisant Hérodote qu’Europe fut d’abord un mythe ; l’Afrique où il y a toujours des dieux ne peut que souhaiter bon vent au nouveau chef d’Etat français originaire d’une immigration réussie, afin qu’il réalise son rêve de « l’union de la Méditerranée » ; mais ce contre quoi il faudra que l’Afrique s’insurge, s’unisse et se batte est aussi clairement que drastiquement exposé dans La Lettre du continent[3] ; et comment ne pas être sidéré qu’aucun journal de l’Hexagone n’ait fait allusion à l’extrait que voici ?:
«[….] le candidat de l’UMP cloisonne ses relations avec les dirigeants africains à travers une myriade d’émissaires. C’est ainsi avec son seul directeur de campagne, Claude Guéant, qu’il voit les émirs du golfe de Guinée comme le doyen Omar Bongo ou le président Denis Sassou Nguesso. C’est l’ancien ministre Olivier Stirn qui le représentait, le 3 avril à Dakar à l’investiture du président Abdoulaye Wade. Officiellement les dossiers sont gérés par le conseiller diplomatique David Martinon avec Pierre Régent et un jeune diplomate “africain” Bons Bouton. Parmi les secrétaires nationaux de l’UMP, les ex-ministres .Jacques Godfrain et Hervé de Charrette, ne sont pas avares de notes, de même que Michel Barnier. A la SEM Coopération 92, Sarkozy a par ailleurs recruté François Jay, un ancien de Bolloré (LC n°210).»
Celui qui avant son élection jetait par le truchement des réseaux de FrançAfrique un tramail sur l’Afrique déclara après son succès :
« Je veux lancer un appel à tous les Africains, un appel fraternel pour dire à l’Afrique que nous voulons l’aider. Aider l’Afrique à vaincre la maladie, à vaincre la famine, à vaincre la pauvreté, à vivre en paix. Je veux leur dire que nous allons décider ensemble d’une politique d’immigration maîtrisée et d’une politique de développement ambitieuse.»
Merci Monsieur le président ; même dans la misère, ce que l’Afrique veut avant tout est d’être respectée, que les initiatives d’Africains ne soient plus entravées par des lobbies de FrançAfrique pires que ceux de l’époque coloniale.
Olympe BHÊLY-QUENUM
Ecrivain et chercheur.
www.obhelyquenum.com
[1] Par Maurice Ligot, ancien élève de l’ENA, préface de Jacques Foccart. Edts : La documentation française, mai 1964.;
[2] Le gri-gri international n°71.
[3] N°516, Paris, le 19 avril 2007 Titre : Un(e) président(e) « Out of Africa » ?.