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Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
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Humeur de...

Les dieux d’Afrique ont priorité sur Descartes et Karl Marx

Olympe Bhêly-Quénum


L'Association internationale des critiques littéraires (AICL), a récemment tenu son 13e congrès annuel à Stavanger, en Norvège. Plus d'une trentaine de pays du monde entier s'y étaient fait représenter ; pas un seul du continent africain.

Bien sûr le continent a d'autres chats à fouetter ou un autre couscous à touiller. La critique littéraire, telle qu'elle apparaît dans nombre de pays occidentaux, d'Europe de l'Est et d'Asie n'existe pas encore en Afrique ; et la place que lui consacre l'ensemble des moyens d'information de nos pays est nulle.
Un autre constat de sociologie ? Le voici : l'Afrique n'a guère, et c'est une litote, de critiques littéraires dignes de ce nom. Ceux qui se réclament de cette discipline sont des universitaires, guère capables d'écrire pour les médias de leur pays.
Un fait caractéristique : ces critiques font penser à des contreplaqués qui seraient fabriqués à partir de leurs maîtres occidentaux (Barthcs, Dcrrida, Poulet. Starobinski, Todo-rov, etc.), aux théories desquels ils aiment se référer, comme si ces hommes célèbres s'étaient jamais souciés des fondements culturels du monde négro-africain.
Rien d'étonnant si certains universitaires français ont pu « faire des écrivains africains leurs propriétés ». Ils en régentent les œuvres en les étudiant. S'ils ne manquent pas d'utilité dans la mesure où, heureusement, ils font connaître la littérature africaine d'expression française, ils n'en saisissent toujours pas l'essence nègre et ils ajoutent parfois à l'incompréhension, allant jusqu'à l'obscurantisme, quand ils expliquent certaines œuvres en se référant à des données culturelles européennes. C'est un européocentrisme tendant à décalcifier et à scléroser la production littéraire africaine.
Le problème pour les écrivains africains n'est pas que la plupart de leurs langues maternelles soient des langues de non-lecteurs qui font d'eux des minorités culturelles dans la République universelle des lettres, leur problème majeur, profondément frustrant quand ils ne veulent pas faire les pitres, avoir l'échine finement souple, exécuter des ronds de jambes en courant les cocktails et dîners en ville des villes occidentales, c'est d'être obscurément ostracisés des moyens d'information, notamment ceux de l'hexagone, comme dans un clan tribal. Et pourtant, bien malgré eux, ils contribuent à la promotion de la langue française et propagent aussi la culture française.
Il est vrai que ces écrivains ne sont pas toujours de bons cartésiens : mais sauraient-ils l'être essentiellement en étant à l'écoute de l'Afrique profonde et de ses divinités ? Pour moi qui donne la primauté au peuple, à ses moindres frémissements, à ses secousses, à ses angoisses comme à ses cris, les dieux d'Afrique qui ne quittent jamais le peuple on priorité sur Descartes, Hegel et Karl Marx.