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Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
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L'INITIE DANS L'HISTORICITE DE LA LITTERATURE NEGRO-AFRICAINE

L'INITIE DANS L'HISTORICITE DE LA
LITTERATURE NEGRO-AFRICAINE
Par Lamine DIAKHATE




Poète, romancier, directeur fédéral de l’Information et de la radiodiffusion de Dakar, directeur de Radio-Sénégal, le regretté Lamine DIAKHATÉ fut aussi directeur de Cabinet du Président SENGHOR.. Critique littéraire aussi lucide que perspicace, il était dès 1980 un des tout premiers à rendre compte de L’INITIÉ publié en novembre 1979, en campant l’ouvrage dans le conteste historique de la littérature négro-africaine. On ignore si son article était publié au Sénégal ou ailleurs ; l’analyse ci-dessous était la dactylographie qu’Alioune DIOP, Fondateur de Présence Africaine, en avait donné à l’auteur de L’INITIÉ. [1]

*

J’ai beaucoup aimé L’INITIÉ, le livre d’Olympe BHÊLY-QUENUM que viennent de publier les éditions Présence Africaine. Au fil d’une œuvre déjà importante, un créateur de vie et de beauté s’est affirmé dans une langue précise. Un style personnel conforme à la démarche solitaire de l’écrivain qui s’est éloigné très tôt des engouements passagers.

Après la Seconde guerre mondiale, les écrivains de ma génération qui découvraient la littérature de la Négritude se trouvaient placés devant un dilemme : emboîter le pas à des aînés prestigieux avec 1e risque que cela comportait de se dissoudre en eux en toute fascination. Ou alors, choisir la difficulté d’être personnel, d’être soi-même. Ce qui impliquait un courage constant dans la solitude de l’effort, une capacité de renouvellement, le respect de l’outil en même temps que l’horreur du déjà vu.

Certes, les thèmes étaient tout trouvés. L’aliénation coloniale et ses implications conduisaient à la revendication du moi antérieur, cette période d’une innocence immaculée. Il fallait se situer face et par rapport au colonisateur et à son système. II fallait, singulièrement, par un phénomène historique aussi ancien que les relations entre peuples, dire son fait au colonisateur dans sa propre langue conquise de haute lutte. Rassemblez les éléments de cette démarche, additionnez les pans de rêve, composantes de cette situation. Insufflez à tout cela la force tellurique du grand cri nègre et vous aboutirez à une prise de conscience telle que les fondements de la colonisation en seront ébranlés.

De 1945 à 1960, les écrivains négro-africains de ma génération ont vécu dans une manière d’euphorie. Seuls, les plus lucides d’entre eux avaient très tôt retenu la leçon : la marque introduite dans notre littérature par SENGHOR, CESAIRE, DAMAS et Birago DIOP était la propriété de leurs auteurs. Non pas que ceux-ci avaient épuisé les thèmes. Ils avaient abordé les thèmes avec leur tempérament particulier. L’on attendait alors des jeunes écrivains, en même temps que la fortification de leur foi dans l’Afrique, une continuité dans le pouvoir de l’expression fondée sur la capacité de renouvellement.

Tout les pressait à s’engager dans cette voie : les circonstances, les événements, l’évolution des rapports entre les hommes. Il était tentant de succomber aux délices de la littérature sociologique. Celle-ci se présentait sous son double aspect autonomie-réconciliation à la recherche d’un équilibre problématique. En réalité, les termes dont cette littérature pouvait user étaient suspects dès l’origine. Peut-être, par excès de certitude. Littérature conflictuelle comme les thèmes qu’elle avait entrepris de traiter : conflit de cultures, conflit de générations. Les héros étaient des modèles d’hommes écartelés comme les rêvait la néo-colonisation.

C’était déjà une concession dans la mesure où 1’idée de toute colonisation était l’assimilation. L’on n’a pas beaucoup réfléchi, à l’époque, sur la finalité de cette démarche littéraire. La passion de dire, la volonté de réaffirmer toutes les certitudes, la nécessité de faire face à toutes les situations ne pouvaient permettre la pause. Puis la prise de conscience a conduit à la conquête du pouvoir politique dans la tradition des anciennes métropoles. Paradoxalement, dans les pays francophones d’Afrique, l’indépendance retrouvée marqua comme une manière de piétinement en matière littéraire. La production n’était pas en cause, mais la capacité de renouvellement des thèmes.

Il s’agissait de faire œuvre nouvelle en s’enracinant dans le réel fondamental de notre culture et de participer activement à ce qui se fait aujourd’hui. Il ne pouvait s’agir de se marginaliser ni de se diluer dans une nébuleuse faite de l’addition de contradictions surgies des points cardinaux. La littérature est d’abord vie et porte la marque primordiale de ceux qui la mûrissent en leur sein et l’expriment. Olympe BHÊLY-QUENUM a compris tout cela très tôt. Cette exigence s’impose à l’écrivain véritable. Peut-être, parce qu’il est initié à l’instar du Docteur Koffi-Marc TINGO et de DJESSOU, le sorcier, son protagoniste.

Koffi-Marc TINGO, originaire des pays du BENIN, s’était rendu en France pour entreprendre des études médicales. Il y mena la vie propre à tous les étudiants ; s’y distingua par sa rigueur dans l’approche du monde environnant et de ses problèmes. Dépassant le fait quotidien, il était en interrogation permanente. Une capacité peu commune d’introspection caractérisait sa démarche. Koffi-Marc TINGO était un convaincu qui avait choisi d’éloigner les considérations subalternes. D’une sensibilité extrême, il vivait une vie intérieure et sereine. Médecin, il était entré dans une manière de sacerdoce. Ayant épouse Corinne, médecin comme lui, il décida de rentrer au pays et de mettre en commun leur savoir au service du plus grand nombre. Koffi-Marc TINGO n’ignorait pas les contradictions d’une société qui n’avait pas encore émergé de l’aliénation culturelle. Cette société disait un amalgame des contraires : ce que l’on a appelé « La tradition » maintenue dans son arriération la plus extravagante et ce que 1’on avait baptisé « la civilisation » dans le sens colonial du terne.

La première notion symbolisée par DJESSOU, le sorcier qui maintenait sous son emprise terrifiante, le plus grand nombre. En face, une catégorie d’hommes qualifiés d’« évolués » qui avaient besoin de DJESSOU pour instituer et maintenir un pouvoir d’intermédiaires avec l’extérieur. Koffi-Morc TINGO refusa de se considérer perdant devant la conjuration des forces de l’obscurantisme. II avait choisi de relever le défi. Peut-être, parce que, disait-il : «...J’ai dans ma tête, dans pion cœur, dans ma conscience et au bout des lèvres, des forces dont moi-même j’ai parfois peur.»

Doté d’un savoir occulte dépassant celui dont se prévalait DJESSOU, le sorcier, Koffi-Marc TINGO possédait la science et le savoir-faire que procurent les études médicales. Jour après jour, il démontra à ses concitoyens l’efficacité de son double « pouvoir » reposant sur le savoir traditionnel épuré et sur les connaissances scientifiques appliquées à l’art de soulager la souffrance physique chez l’homme.

DESSOU, l’obscurantiste acculé au désarroi retourna à sa vocation première de jeteur de mauvais sort. La cible choisie était Koffi-Marc TINGO, le médecin. Les hostilités déclenchées, les choses allèrent vite, très vite. Le Docteur TINGO en situation de légitime défense décida de rendre coup pour coup. Olympe BHÊLY-QUENUM nous introduit dans cet univers de combat avec une rigueur particulière, dans un foisonnement de gestes fulgurants. On dirait qu’il « colle » aux éléments déchaînés. Comme seuls savent ­le faire les Initiés.

Le corps-à-corps entre le Docteur TINGO, l’Initié-médecin et DJLSSOU, le sorcier, est décrit avec une intensité incisive. L’on se croirait revenu dans les temps anciens de la mythologie où l’homme aux mains nues affrontait, pour la terrasser en définitive, la force formidable des monstres imbéciles. La victoire du Docteur Koffi-Marc TINGO fut celle de l’esprit et de la lumière sur les ténèbres. Ce fut aussi celle de la littérature. Que l’écrivain Olympe BHÊLY-QUENUM en soit remercié.

Lamine DIAKHATÉ.