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Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
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INTERVIEW / LE QUOTIDIEN SENEGAL. Edition du Jeudi 5 janvier 2006

Olympe Bhêly-Quenum, vous venez d’assister au Colloque sur le symbolisme dans les littératures francophones, tenu à l’Université de Montpellier ! Quelle place occupe l’Afrique dans votre création littéraire ?

O B-Q : Je suis…d’autant plus étonné par votre question que dès ma première nouvelle écrite en 1949, l’Afrique, je dirais même l’Afrique des profondeurs, occupait déjà la totalité du terrain. Il s’agissait d’un rêve : en 1949, étudiant au collège Littré, à Avranches (Normandie), j’étais venu assister à Paris à une réunion des étudiants africains et malgaches ; en promenade à Saint-Germain des Prés, avec un camarade normand, ce dernier montra du doigt un Monsieur à quelques pas devant nous et dit : «Tiens ! voilà André Breton, le pape du surréalisme…» Sceptique, je m’enquis s’il était sûr que c’était vraiment l’écrivain important dont j’avais lu deux ouvrages. - Toi qui ne manques pas de culot, va donc lui demander s’il est André Breton ou Monsieur chose. - Je relevai le défi ; depuis la publication en 1968 de Liaison d’un été dont la préface est le récit de cette rencontre, Promenade dans la forêt, le rêve raconté à André Breton, traduit en huit langues, est analysé dans des thèses, des études de psychanalyse, etc. Senghor, qui l’a lu, m’en a parlé plus d’une fois en soulignant sa «singularité». Depuis ce récit, l’Afrique n’est jamais absente de mes créations littéraires : un enfant digne de ce nom n’abandonne pas sa mère, quelle qu’elle soit. Avant Un piège sans fin, j’avais écrit Années du bac de Kouglo, mon vrai premier roman campé en France, avec des fugues en Italie ; l’Afrique y est déjà solidement présente.

Vous vivez en France depuis quand ? Avez-vous des regrets ?

O B-Q : Je suis venu en France en 1948, non pas «boursier de la France d’Outre-Mer» comme certains critiques français très mal informés se sont hâtés de l’écrire, croyant que tous les étudiants noirs en France étaient des obligés de l’ex-Mère Patrie. J’y étais venu grâce à mes parents, plus précisément, grâce à l’argent de ma mère, une commerçante très connue au Dahomey devenu le Bénin ; elle était la présidente des commerçantes qui avaient soutenu les grévistes du Chemin de fer Dakar-Niger dont les revendications et actions sont décrites dans Les Bouts de bois de Dieu de mon vieil ami Sembène Ousmane. Si j’ai des regrets d’être venu en France ? Je n’y étais venu à titre de chômeur ou d’exilé politique ; j’étais jeune ; après un séjour à Accra pour acquérir des bases de la langue anglaise (Achimota Grammar School of Gold Coast), j’ai travaillé dans une firme de Unilever (John Walkden) à Cotonou ; mon voyage Cotonou-Marseille était à mes frais. Par orgueil. Je disposais même de quoi vivre à peu près un an sans recourir à mes parents, en l’occurrence, il y avait un consensus entre mon père et moi : polygame, j’étais son onzième enfant et il n’était pas question que je fusse favorisé au détriment des autres. Les moyens de la femme d’affaires aisée et très organisée qu’était ma mère m’ont permis de vivre en fils de famille.

Mon regret, c’est la découverte de la xénophobie, voire du racisme ; né français, également détenteur de la nationalité béninoise (double nationalité), ancien fonctionnaire français, ancien stagiaire du Quai d’Orsay, des consulats généraux et de l’ambassade de France en Italie, époux d’une Française droit du sol, droit du sang, les délits de faciès n’épargnent pas nos enfants. Quant à moi, ne pouvant pas passer inaperçu, la discrimination ethnique est devenue un jeu de poker. Qu’en sera-t-il de nos arrière-petits-enfants, de père maghrébin ?

Etes-vous déçu par l’accueil qui est fait aux écrivains de langue française en France ?

O B-Q : Avant les indépendances africaines, voire pendant les cinq premières années qui s’ensuivirent, l’écrivain africain francophone était encore considéré. Peu à peu, il y a eu des dégradations, des distinguos et des ostracismes : le marketing, «les dîners, déjeuners et baise en ville» - comme disait drôlement mon très regretté Ami Tchicaya u Tam’si - aidant, des écrivains africains édités par certains grands éditeurs de l’Hexagone bénéficient des faveurs des coteries de critiques littéraires qui régentent les moyens d’information.

Membre historique de l’Association internationale des critiques littéraires devenue Association internationale de la Critique littéraire dont je suis le vice-président Afrique, j’ai lu des médiocrités encensées par la coterie qui ne peut pas ne pas faire les éloges de tels ouvrages. Lisez, par exemple, mon article intitulé Les Apatrides de la Francophonie, refusé en 1976 par un grand quotidien parisien, mais publié par Le Soleil (quotidien sénégalais), mais aussi Et si nous sortions de la Francophonie ?, publié au Bénin, en 1998, partiellement repris par le Courrier international, voire, paraît-il, intégralement traduit en anglais et publié dans un journal de Londres.

Vous avez été assez critique lors du colloque envers une certaine catégorie d’écrivains africains, notamment Ahmadou Kourouma ; qu’est-ce qui justifie cette position très critique voire même cette virulence ?

O B-Q : Par éducation, par éthique mais surtout par ma nature, je ne m’acharne pas contre un mort. La gentillesse me fait passer sous silence des écrivains - africains ou blancs - dont je pourrais démolir un ouvrage après l’avoir soigneusement lu, épluché avec une objectivité clinique. A Montpellier, j’ai évoqué mes rapports avec Yambo parce que j’avais lu le manuscrit de son Devoir de violence. Quant à Kourouma, je l’avais vu, pour la première fois, à Montpellier, deux ans avant sa mort ; nous étions invités et logés dans le même hôtel ; nous prenions ensemble le petit déjeuner. On m’avait laissé entendre qu’il y aurait un débat entre lui et moi ; un jour, après le petit déjeuner, Kourouma m’a dit qu’on lui a demandé pourquoi Olympe Bhêly-Quenum ne disait mot des ouvrages d’Ahmadou Kourouma, etc.

Etonné, j’ai d’abord pouffé avant d’aller droit au but car jamais je ne tourne autour du pot. Je l’ai renvoyé à la deuxième partie du Soleil des Indépendances où son personnage principal, d’un racisme incroyable, s’attaque aux Dahoméens et aux Nagos du Sud, allant jusqu’à déclarer que dans son pays, on ne s’en prend pas aux Français parce que c’est grâce à eux ou à la France qu’on a du travail. Alors j’ai conclu : «Mon cher Kourouma, j’ai préféré ne rien dire de cet ouvrage, qui, d’ailleurs, n’est pas un roman au sens technique du terme, au lieu de le démolir.»

Il y avait au colloque de Montpellier quantités de ceux qui encensaient Kourouma ; aucun n’a bronché quand j’ai eu parlé, encore moins quand, preuve en main, Ambourhouet-Bigmann Magloire l’a descendu en flammes en répétant ses interventions au Canada ; en Italie (université de Milan), on avait souligné «les déceptions qu’on a eues quand on a reçu cet écrivain africain adulé (adulato) en France» ; je n’ai pas réagi. Récemment à Tours, un confrère sénégalais, faisant allusion à ce qui, chez Kourouma, «ne pouvait plaire qu’aux Blancs parce que c’est ce que beaucoup d’entre eux attendent de la littérature africaine», m’a dit que Mongo Beti a écrit une diatribe titrée «Kourouma le nul». C’est excessif : bon “événementieliste”, Kourouma ne manquait pas de talent mais le considérer comme «le Rabelais», «le Voltaire», «le chef de file des écrivains africains !» dont les thuriféraires de l’Hexagone ont ventilé les éloges, bêtement repris par certains universitaires africains, sans avoir jamais lu intégralement aucun de ses ouvrages, c’était se moquer de ceux qui créaient, écrivaient mieux que lui. Bof ! il fallait bien que des universitaires africains emboîtent le pas à leurs «Maîtres de France» qui prétendent que sans eux, nous écrivains africains francophones, nous n’existerions pas. Quels seraient-ils, eux, sans nos livres qui leur servent de tremplin pour leurs thèses ?

On vous a beaucoup entendu évoquer le Yoruba, notamment avec Wole Soyinka, et certains écrivains abandonnent le français pour écrire en langue nationale africaine. Pensez-vous que les rapports soient conflictuels entre le français et les langues nationales?

O B-Q : Ce sont ceux que Senghor nommait «les grands Blancs», qui, tremblant pour la dégringolade du français en Afrique francophone, pensent que l’enseignement d’une ou de deux langues africaines dans les établissement scolaires de nos pays serait conflictuel. Est-ce qu’intellectuels africains, nos mères nous avaient allaités avec la langue française avant que nous devenions francophones ?

Francophones, nous avons besoin de deux langues de grande extension pour nous faire entendre planétairement, surtout à l’époque de la mondialisation, à savoir, par ordre alphabétique, l’anglais et le français ; bien que la confrérie des critiques littéraires de l’Hexagone étouffe la majorité des écrivains africains francophones, on demande à ces derniers de défendre la langue française. Au Vè sommet de la Francophonie, au Bénin où ma femme et moi étions présents, Monsieur Chirac, président de la République française, soulignant sans ambages les dangers de l’expansion de la langue anglaise au détriment du français, invitait, en des termes que voici, les anciennes colonies françaises hongrées par les réseaux de la France-Afrique, à se battre pour la Francophonie, sans doute parce que «la France n’a que des intérêts» : « […] aujourd’hui 90% des informations qui transitent par Internet sont émises en langue anglaise, parce que les outils et les serveurs sont dédiés à l’usage exclusif de cette langue. […]Il faut produire et diffuser en français. C’est une question de survie. Il faut unir nos efforts. Les pays du Sud peuvent et doivent participer à ce combat, qui n’est pas seulement celui de la francophonie.»

Ceux qui avaient encore des illusions à perdre les perdirent : pas un écrivain du fameux «Quartier Latin de l’Afrique occidentale» ne fut cité par le chef d’Etat français, ne serait-ce que pour mentionner qu’il y en avait eu, si les vivants lui paraissaient quantités négligeables. Mépris pour le Quartier Latin ou inculture ? Appeler les Nègres francophones à la rescousse du français et se comporter ainsi à leur égard, dans leur propre pays, me fit penser ce jour-là au philosophe juif, Emmanuel Levinas, qui, voyant les réalités et le cynisme de ce monde, écrivit nûment : «Revenir à soi, ce n’est pas s’installer chez soi, fût-on dépouillé de tous acquis ; c’est comme un étranger, être pourchassé jusqu’à chez soi, contesté dans son identité et dans sa pauvreté même.»

Eh bien, soyons sérieux et pragmatiques pour ne pas être sempiternellement bernés, floués. Même si je pouvais écrire des livres en fon ou en yoruba, je les réécrirais nécessairement en français pour qu’ils puissent être lus ailleurs que dans les aires géographique, ethnique, culturelle et linguistique qui sont les miennes. Ce faisant, bien malgré moi, je continuerais de contribuer à l’ancrage ainsi qu’à l’expansion du français en Afrique, au détriment de mes langues maternelles qui sont le fon et le Yoruba. C’est généreux, m’en faire grief, c’est manquer de loyauté.

Je comprends et j’ai approuvé, avec jubilation, que Boubacar Boris Diop ait écrit et publié en wolof (son dernier roman, Doomi Golo, édits Papyrus, Dakar , 2003, Ndlr). La sensualité dont on jouit en écrivant une seule phrase dans sa propre langue maternelle est indescriptible. On voudrait que le français soit une langue universelle et on invite les Africains francophones à se mobiliser contre l’hégémonie de la langue anglaise, sans pour autant se gêner pour ostraciser les œuvres de nombre de ces écrivains africains. J’ai lu chez Leopardi1 cette phrase que je n’oublie jamais : «On peut espérer, et même prédire avec certitude, que le monde ne sera jamais géométrisé par une langue rigoureusement universelle tout comme on peut être certain que jamais les hommes n’usèrent de pareille langue.»

C’est dire qu’on se méprendrait si on s’attendait à ce que je participe au combat contre la langue anglaise, bien que je défende la langue française. Vous vous rendez compte ? J’adore Shakespeare, Dickens, Yeats, James Joyce et tant d’autres que je lis dans les textes ; je supervise scrupuleusement la traduction en anglais de mes romans et de mes nouvelles avant qu’ils soient imprimés. Des Britanniques, (notamment des femmes) qui ont lu Années du bac de Kouglo m’ont remercié d’avoir «fait un excellent usage des sonnets de Shakespeare cités en anglais.» Je ne piétinerai jamais cette langue au bénéfice du français où on étouffe mes œuvres.

Quelles étaient vos relations avec le défunt président Senghor ?

O B-Q : Vaste question ! J’aime Senghor par-delà sa mort, comme j’aime Alioune Diop, Amadou Hampâté Bâ, Gabriel d’Arboussier,0 Doudou Guèye et Lamine Diakhaté avec lesquels j’étais à tu et à toi. Pour comprendre mes relations avec le très regretté Président Léopold Sedar Senghor, mon affection, mieux, ma tendresse pour lui, il faudrait, sur mon site www.obhelyquenum.com vous référer aux pages que je lui ai consacrées, aussi bien de son vivant qu’à l’annonce de son décès.

Je ne lui devais rien ; je n’étais pas de ceux qui, pour obtenir des subsides parce qu’ils le savaient généreux, lui exposaient leurs états d’âme. Il m’avait invité trois fois au Sénégal. Il a désiré que je fusse de l’un de ses voyages officiels au Liban ; j’étais à Florence quand il était l’hôte de cette ville aussi célèbre que magnifique où il fit un discours mémorable. Nos retrouvailles étaient imprégnées de tacites complicités ; ainsi je n’hésitai pas un seul instant à lui dire mon chagrin chargé de réprobation au sujet de la mort du jeune Omar Blondin Diop. Quand il me regarda, je lus une lourde tristesse sur son visage mais il ne dit mot. Bref, voilà comment j’étais avec lui et comment nous nous comprenions. Bien sûr, nous parlions poésie, littérature, grammaire ; en l’occurrence, un jour, Lamine Diakhaté, en me taquinant, me fit entendre : «Olympe, tu mets des grains de sable dans le plat de couscous de certains ministres», j’ai voulu savoir de quoi il s’agissait et il a précisé : «Ton compte rendu de la réédition de Syntaxe du français moderne t’a valu les éloges du Président, jusqu’à en recommander la lecture à deux ministres en leur suggérant aussi de ne pas négliger Le Bidois.»

Son fils Guy, qui fréquentait une de mes filles, venait souvent chez nous, à Poissy. Son père, après lui avoir parlé de Bhêly-Quenum écrivain, aurait ajouté : «Bhêly-Quenum est aussi socialiste, un militant sérieux, exigeant et très droit qu’on aimerait avoir avec soi…» Guy m’aurait vu coquelicot si j’étais toubab.

M D -Votre combat est également politique, quel regard portez vous sur les processus démocratiques en Afrique ?



O B-Q. - Je suis fier qu’un tel combat n’ait pas été un échec au Bénin ; nous avions lutté et continuons de lutter : au Bénin, la Démocratie ne sera jamais négociable ; c’est peut-être pour cela que les démarches qui y ont conduit ne sont pas exportables. Frondeur, vivement contestataire avec son lot de pleutres, le peuple béninois a horreur des effusion de sang ; en relisant C’était à Tigony[1] deux ans après sa publication, le chapitre 21, pourtant dramatique de ce roman, m’a fait pouffer parce que je me suis rendu compte du fonctionnement de la psychologie de mon pays natal tapie dans mes tréfonds ; au Bénin, on n’aime pas faire répandre le sang humain. Combat politique ? Mon premier vote, en 1949, était en faveur de Pierre Mandes France ; j’ai plus tard souligné dans son ouvrage intitulé La République moderne, paru en 1962 :

« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulle­tin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire pendant 5 ans. Elle est action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de I’Etat, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. Si cette présence vigi­lante ne se fait pas sentir, les gouvernements (quels que soient les principes dont ils se recommandent), les corps organisés, les fonctionnaires, les élus, en butte aux pressions de toute sorte de groupes, sont abandonnés à leur propre faiblesse et cèdent bientôt soit aux tentations de l’arbitraire, soit à la routine et aux droits acquis…La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. »



Ce passage a marqué l’assidu lecteur de Machiavel que je suis depuis 1950, plus de 20 ans avant le Congrès du Parti socialiste à Epinay sur Seine auquel j’ai assisté ; et puis, il y a eu Le coup d’Etat permanent[2]du Président François Mitterrand. Extraordinaire ! L’écrivain que je suis est aussi, en effet, un militant politique, quelqu’un qui ne s’acagnarde pas dans son bureau à peaufiner des phrases. Lissez, sur mon site, Requiem pour le Quartier latin de l’Afrique ; je vous communique (fichiers joints), ma récente prise de position qui a semé un profond désarroi dans la coterie qui, au Bénin, voulait remplacer la dénomination Université Abomey-Calavi par Université Mathieu Kérékou ; de la part d’un internaute en cagoule j’ai reçu une menace de mort déguisée. Se camoufler en politique est un symptôme d’impuissance physiologique et je dis : si l’intellectuel africain ne se bat pas, ne participe pas à la lutte pour l’avènement et le maintien de la Démocratie, il est…dirais-je complice de agissements qu’il déplore ?



M D -Une alternance politique démocratique est intervenue au Sénégal en 2000; cependant 5 ans après le bilan qu'on peut en faire est assez mitigé voire décevant selon certains, que vous inspire le cas sénégalais ?



O B-Q : Ne vivant pas au Sénégal où je ne suis pas retourné depuis que le Président Abdou Diouf était aussi Président de l’OUA, je ne saurais valablement porter de jugement de valeur sur ce qui s’y passe ; mais l’évidence ne m’empêche jamais de réagir ; ainsi, quand le Président Wade s’opposait à la candidature d’Abdou Diouf à la tête du Secrétariat général de l’OIF, j’ai vivement critiqué son acte ; ensuite, recourant à mes outils de sociologue et d’anthropologue, j’ai procédé à un sondage sur Internet ; résultat :Abdou Diouf fut plébiscité ; un magazine africain a même repris les résultats de mon enquête, sans mentionner ses sources, ni mon nom. Voyez-moi ça !



M D -Les rapports sur la corruption dans le monde épinglent souvent nombre de pays africains ; comment luttez-vous contre ce fléau en tant qu'écrivain ?



O B-Q : Le dénoncer sans ambages quand je possède le maximum d’informations. Mais… qui corrompt les pays africains ? Où se trouvent les techniques de la corruption et où sont stockés les fruits de la corruption ? Que je sache, il n’y a pas de paradis fiscaux en Afrique. Bof ! je ne dispose d’aucun moyen d’entrer dans ce territoire de corrupteurs et de corrompus ; mais si j’avais à faire des suggestions, je demanderais au peuple de tout pays africain où la corruption serait notoire, serait devenue l’idiosyncrasie du gouvernement, de descendre massivement, sans arme, dans les rues pendant des semaines, de faire sans relâche du seat-in devant le palais présidentiel, les ministères, tous les lieux où la corruption se terre et qui favorisent les transferts du denier public vers les paradis fiscaux.



M D -Votre prochain roman portera sur quoi ?



O B-Q. : Dieu seul le sait. Il me dira quand et comment l’écrire ; j’ai laissé en rade un travail sur certains aspects de la poésie de Senghor, détruit plus d’une centaine de pages des Amazones du Roi, roman annoncé avant As-tu vu Kokolie ? [3]auquel j’ai travaillé pendant vingt-cinq ans. Comme je vivrai longtemps et que Dieu m’aime beaucoup, j’en suis sûr, Il voudra bien m’aider à écrire Les Amazones du Roi ; ma femme souhaite que je termine un roman sur mon grand-père paternel parce que je lui ai beaucoup parlé de mes rapports avec le vieil aristocrate déjà très présent dans Les Appels du Vodou …Il y a des esquisses, sans plus.



Olympe BHÊLY-QUENUM.

1. Giacomo Leopardi.Zibaldone

Correspondant en France




[1] Editions Présence Africaine, Paris 2000

[2] Editions Julliard Paris 1984.

[3] Editions Phœnix Afrique, Paris 2001.

En vente chez l’auteur : rue Damon. 30190 Garrigues-Sainte-Eulalie. (France)