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Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
Biographie en Français
Author's Biography
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INTERVIEW / LE QUOTIDIEN SENEGAL. Edition du Jeudi 5 janvier 2006
Interview croisée Marion Laval Jeantet et Olympe Bhêly-Quenum.
Le maillon n°101 A. Février2008
Questionnaire A OLYMPE BHÊLY-QUENUM par Guillaume LOZES
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Questionnaire A OLYMPE BHÊLY-QUENUM par Guillaume LOZES

1° M. Bhêly-Quenum pouvez-vous vous présenter pour ceux des visiteurs de notre site qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Le fils d'une Grande Prêtresse du Vodou, né à Ouidah, ville historique et creuset du Vodou au Bénin. Etudes primaires au Bénin (ex-Dahomey); initiation à la langue anglaise à Achimota Grammar School of Gold Coast, Accra (actuellement Ghana). Etudes secondaires et supérieures en France où je suis arrivé en 1948 : collège Littré, à Avranches (Normandie) - diplômes obtenus BEPC, Baccalauréat lettres classiques et philosophie-lettres. Ensuite, Lycée de Rennes (Bretagne)préparation en Hypokhâgne du concours d'entrée à l'ENSET (Ecole normale supérieure d'enseignement technique (admissible). Retour en Normandie: préparation et obtention de la licence ès lettres classiques à 1'univeristé de Caen. Licence de sociologie et Maîtrise de socio-anthropologie à la Sorbonne (Paris)

Professeur de lettres: lycée de Coutances (Normandie), lycée Paul Langevin (Suresnes), lycée Jacques De Cour (annexe, actuel lycée Paul Eluard (Seine-Saint- Denis).

Stages diplomatiques : Quai d'Orsay, Académie diplomatique (La Haye), les consulats généraux de France à Gênes, Milan, Florence et ambassade de France, à Rome. Certifié d'Etudes diplomatiques (Institut des Hautes Etudes d'Outre-Mer (Paris).

Directeur-Rédacteur en chef du magazine LA VIE AFRICAINE. Fondateur, avec ma femme, de L'AFRIQUE ACTUELLE, ( magazine bilingue français-anglais ) dont j'ai été le Directeur-Rédacteur en chef.

Ancien fonctionnaire international : des missions tous les pays africains et dans nombre de pays européens.

ECRIVAIN. Ouvrages publiés

· UN PIEGE SANS FIN (roman, édit Stock, Paris 1960, traduit en anglais et en slovène) 6 éditions aux éditions Présence Africaine, Paris.

· LE CHANT DU LAC, édit Présence Africaine, Paris, 1965. m’a valu d’être Lauréat du Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 1966 ; ce roman est traduit en russe et en tchèque, adapté et joué sur France Culture.

· LIAISON D'UN ETE (édit Sagerep, Paris, 1968: recueil de nouvelles dont plusieurs sont traduites en anglais, allemand, russe ; cet ouvrage contient le texte de ma rencontre, en 1949, avec André BRETON.

· UN ENFANT D'AFRIQUE (édit Larousse, Paris, 1970; traduit en russe; roman pour faire connaître aux jeunes l'éducation et la vie dans l'Afrique traditionnelle); nouvelle édition (Poche Présence Africaine)

· L'INITIE, roman, édit présence Africaine, 1979, revu corrigé et réédité en 2003 )

· LES APPELS DU VODOU, roman basé sur le fonctionnement d'un rituel Vodou (édits L'Harmattan, hélas ! Paris, 1994) ; revu, corrigé, ce livre sera réédité avec la photo de ma mère en tenue de vodúsi et un CD d’hymnes vodú.

· LA NAISSANCE D'ABIKOU ( L'enfant qui parlait dans le ventre de sa mère) (édit Phoenix Afrique, Bénin,1998; recueil de nouvelles; diffusion en France et au Canada, par Présence Africaine) ; revu, corrigé, sera mieux réédité.

· PRACTICAL FRENCH (en collaboration avec un prof écossais; 7 volumes; édit Longman, Essex. Harlow, 1964) ouvrage d'enseignement du français en Afrique anglophone.

· Contribution au bicentenaire de la naissance de Pouchkine très grand poète russe dont l'ancêtre était Africain : étude comparatiste entre ses contes et le récit africain traditionnel.

. AS-TU VU KOKOLIE ? ( éditions Phoenix Afrique, Bénin, 2001) ; j’y avais travaillé pendant 25 ans ; plusieurs éditeurs français l’ont refusé, mais la NRF N°554, Juin 2000 ( édits Gallimard ) en a publié deux chapitres.

. ANNEES DU BAC DE KOUGLO ( Edits Phoenix Afrique, Bénin , 2002 ) Il s’agit de mon vrai premier roman écrit en 1950-1951.

· Expert de l'ex-Organisation de l'Unité africaine (OUA) dans le domaine des problèmes de Littérature africaine, de l'industrie culturelle et de recherche en anthropologie socio-culturelle (problèmes du Vodú en Afrique).

· Critique littéraire: vice-président international Afrique de l'Association

internationale de la critiques littéraires. Membre du PEN Club de France.

Membre de la Société des Gens de Lettres de France.

Distinction: Lauréat du Grand Prix littéraire d'Afrique.1966.

Chevalier de l'Ordre national du Bénin.

Membre correspondant de l'Académie de Nîmes (créée en 1682.)

2 Comment définiriez-vous vos genres littéraires ? Quels sont les thèmes que vous abordez

dans vos écrits ?

J’ignore ce qu’on entend par genres littéraires et n’en ai cure : j’écris des romans et des nouvelles, voire des contes. Dans Jazz and Palm Wine (édits Longman-Green), le regretté professeur Willfried F.Feuser (University of Port Harcourt, Nigeria) a écrit à mon sujet à propos de Promenade dans la forêt qu’il avait traduit en anglais:



« One of the great masters of the African short story, Olympe Bhêly-Quenum, opens this section with an Orphic pilgrim’s progress of initiation (A child in the bush of ghosts), which the arch-priest of French Surrealism, André Breton, called ‘du rêve à l’état brut’- remarkable compliment if one considers the prestige of the untrammelled dream among Romantics, Freudians and Surrealists. »



Les thèmes que j’aborde sont souvent d’ordre sociologique ; mais quand surgissent l’anthropologie culturelle et le cultuel, je ne fais pas machine arrière : d’où l’initiatique, ce qui amène certains critique paresseux à essayer de m’enfermer dans l’univers du vodú..



3 Quelle est votre formation de base ?

Les lettres classiques et j’adore le grec ; mais la sociologie et l’anthropologie côtoyaient mes années d’hypokhâgne quand je préparais l’ENESET (Ecole normale supérieur d’enseignement technique.)



4 D’où provient votre vocation d’écrivain ?

Je n’en sais rien ; peut-être en lisant de grands écrivains : Ralph Iron évoqué dans Années du bac de Kouglo (je sais maintenant qu’elle s’appelait Olive Schreiner) ; Pouchkine, Renan et Anatole France (découverts dans la bibliothèque de mon père avant mon arrivée en France) ; Baudelaire, Conrad, George Eliot, Joyce, Flaubert, Stendhal, George Sand, Balzac, Alexandre Dumas, Tolstoï, Dostoïevski, Proust, puis, Kafka, André Breton, bien sûr, Mauriac, Gide, Sartre.



5 A quel âge avez-vous commencé à écrire ?

En 1948 ; d’abord, des poèmes vite détruits ; il y a eu mon Journal intime plein de banalités : états d’âme, notes de lecture mais aussi des portraits cyniques ou cocasses et des faits captés sur le terrain objectif.



6 Quelle langue d’écriture est la vôtre et pourquoi l’avoir choisie ?

Le français, naturellement ! Je ne l’avais jamais choisi : il avait été imposé sans le moindre souci de la promotion d’une seule langue de mon pays qui aurait pu servir de vecteur entre les ethnies, sans nuire à l’ancrage du français ; la Grande Bretagne l’a fait dans ses colonies elles aussi aujourd’hui indépendantes ; c’est grâce à cette intelligence que je lis le yoruba, langue de ma grand-mère maternelle et continue d’apprendre le kiswahili. ; je ne regrette pas d’être francophone parce que le français me permet aussi de m’entendre avec les Africains qui ne comprennent rien en anglais ; mais je répète ceci qui agace de pathétiques thuriféraires : je ne me battrai jamais contre la langue anglaise.



7 Quelle est votre nationalité ?

Française, ensuite, dahoméenne après l’Indépendance de mon pays devenu le Bénin ; je suis titulaire de la double nationalité française et béninoise.



8 Quelles sont vos origines ?

Mes ancêtres paternels étaient Fon ; côté maternel, Xwéda (la famille Agbo) ; mais suis très yoruba par ma grand-mère maternelle à qui je dois beaucoup (cf. Les Appels du Vodú.)



9 Trouvez-vous pertinent que cette question de vos origines vous soit posée compte tenu de la nationalité qui est la vôtre ?

Tout à fait : bien que j’aie deux nationalités, il n’est pas, parfois, sans intérêt de savoir d’où viennent certaines gens du fond des âges.



10 Votre couleur de peau a-t-elle constitué pour vous un handicap ? si oui, de quelle façon ?

Vaste problème ! Il faudrait que les lecteurs lisent mes nouvelles, aussi bien dans Liaison d’un été que dans La naissance d’Abikou, creusets de mes observations sociologiques afférentes à la vie des Nègres en France. Le problème est également soulevé dans le Prologue de L’Initié. En France depuis plus d’un demi-siècle, j’affronte encore des problèmes essentiellement racistes ; mes enfants (métis), mes petits-enfants (quarterons) aussi ; les connaîtront aussi mes arrière-petits-enfants quand ils entreront dans la vie. Le racisme est un rhizome.



11 Au delà de la difficulté d’être écrivain, diriez-vous que le fait d’être spécifiquement un écrivain noir en France constitue une difficulté supplémentaire ou, à votre avis, ce serait difficile pour tout français d’être un jour écrivain ?

Quiconque en a le talent ou les prurits peut écrire des poèmes, des romans, des nouvelles ; l’écrivain africain a toujours eu - et il en aura davantage - des difficultés s’il ne traite pas de problèmes que l’éditeur pourrait vendre rapidement ; les grands problèmes, notamment depuis les indépendances africaines se trouvent, à de très rares exceptions près, dans la coterie des critiques littéraires qui ostracisent nos ouvrages quand nous égratignons leurs sensibilités, détrônons leurs préjugés ou nous nous attaquons aux problèmes franco-africains en soulignant l’ancrage du néocolonialisme.

La confrérie des critiques a coutume de m’enfermer dans l’anthropologie du vodú et l’exploration de l’ésotérisme ; mais quand, dans C’était à Tigony, j’ai eu « démonté tout un système néo-colonial » comme Claude Wauthier est le seul critique français à avoir osé l’écrire ( cf. www.obhelyquenum.com ) les autres ont étouffé ce roman fondé sur douze ans d’investigations ; si j’y avais traité de coucheries, étalé un langage vulgaire, ordurier, voire salasse, ou exploité l’événementiel, la presse française aurait à coup sûr salué en moi un « grand écrivain représentant de la littérature africaine ». Qu’on lise aussi As-tu-vu Kokolie ? dont le manuscrit avait été salué par Jorge AMADO ; la critique française n’en a eu cure, mais Guillaume LOZES l’a solidement analysé dans sa thèse ; aux USA et en Allemagne, paraît-il, « on le traite de roman d’une facture rare dans la création littéraire africaine. »



12 Avez-vous eu vent des expériences de vos confrères écrivains ?

Bien sûr, mais la plupart préfèrent la politique du profil bas, pour qu’on parle un peu d’eux quand leur éditeur n’organise pas un battage autour de tel ou tel de leurs livres, même médiocre, sans intérêt pour l’Afrique. Qui lira ces ouvrages dans dix ans ? dans cinq ans ? Je n’ai jamais écrit ni jamais n’écrirai pour plaire.



13 Publiez-vous à l’étranger ? Est-ce pour vous plus facile ou difficile d’être publié en France où à l’étranger ? Comment l’expliquez-vous ?

Publier à l’étranger ? non, mais la traduction de certains de mes romans et de mes nouvelles a été publiée en Angleterre, aux U.S.A., en Russie, en l’ex-Tchécoslovaquie. Tenez ! la première note de lecture du manuscrit de Les Appels du Vodoun est en allemand (Rowohlt Verlag GmbH) ; très élogieuse, W.F.Feuser l’a traduite en anglais et elle figure sur mon site. Il serait injuste et déloyal de dire qu’il est plus difficile de publier en France ou à l’étranger : un manuscrit plaît ou ne plaît pas à un éditeur. Il y a ce que Jorge AMADO qualifiait de « l’impérialisme des Comités de Lecture. » J’en ai, au sujet de As-tu-vu Kokolie ? exposé deux exemples frappants dans les annexes de L’Afrique des profondeurs. Mélanges pour le 40 ème anniversaire d’Un piège sans fin. Un autre exemple ? En 1959, Un piège sans fin, publié en 1960 par les éditions Stock, avait été refusé par les éditions Présence Africaine. Depuis bientôt trente ans Un piège sans fin est constamment réédité par Présence Africaine dont le Comité de Lecture s’était lourdement mépris sur les qualités de ce roman.



14 Quelles sont les politiques des maisons d’édition en matière d’édition ? Quelles conditions faut- ils réunir pour se faire publier ?

Autant la vanité que l’outrecuidance permettraient, peut-être, à tout autre que moi de se hasarder sur ces terrains ; si en l’occurrence vous découvriez un écrivain africain, néophyte ou vieux routier, je serais heureux de le connaître aussi.



15 Comme cela semble être le cas en matière de fiction au cinéma et/ou à la télévision, y a-t-il à votre connaissance des thèmes ou genres littéraires dans lesquels sont cantonnés les écrivains d’origine étrangère ?

Je n’en sais rien ; ces problèmes ne relèvent pas de mon domaine de compétences ; certains écrivains africains pensent qu’avec des pelletées d’humour, un peu de porno, beaucoup de sexe-littérature, ou bien, en donnant dans l’événementiel, etc. ils parviendront à faire leur trou. Je leur souhaite bonne route.



16 Les écrivains de l’Outremer, selon vous, sont-ils logés à la même enseigne que les écrivains d’origine étrangère ?

Non ! non ! non ! Il y a des discriminations ; trop de discriminations ; en 1976, j’ai écrit un article intitulé Les apatrides de la Francophonie ; Le Monde l’a refusé, mais il a été publié au Sénégal par Le Soleil ; en 1996 ou 97, j’ai fait paraître dans la presse béninoise : Et si nous sortions de la Francophonie ? En France, Le Courrier international en repris un long extrait ; à Brighton, ma regrettée amie et traductrice Dorothy S. Blair m’a dit en avoir lu la version anglaise ! C’est dire que je n’avais ni déconné, ni dénigré ceux qui nuisaient et continuent de nuire à la création littéraire des écrivains africains francophones. En 2003 (04/01/2003) RFI parlait d’or en consacrant six pages à ces problèmes ; mais quand c’est Olympe BHÊLY-QUENUM qui riposte, on bande les arcs en orientant les flèches vers lui. Bof ! je suis un pachyderme, et puis, les Vodú en soient loués, je suis vacciné contre tout.



17 Que pensez-vous du débat actuel sur la discrimination positive ?

Il faudrait poser cette question à Monsieur Sarkozy qui avait dit, puis récidivé en déclarant : « il y a en France plus de médecins béninois qu’au Bénin… » J’ai écrit à la presse, qui, bien sûr, n’en a soufflé mot : « ces médecins ont la nationalité française ; leurs grands-pères, pères, oncles, etc. avaient fait au nom de la France des guerres qui n’étaient pas celles des nègres ; après les médecins, Monsieur Sarkoky, dont nous savons les origines familiales, dira peut-être qu’il y a en France plus de retraités béninois qu’au Bénin. En France, ces gens qu’on montre du doigt sont propriétaires de leur domicile, voire de leur résidence secondaire… »



18 En tant qu’ancien professeur de Lettres, praticien, amoureux de la langue et écrivain, le terme « discrimination positive » vous paraît-il heureux ?

Voir ci-dessus. J’ajouterais que ce n’est pas -après Pierre Mauroy, dans le gouvernement Mitterrand- parce qu’on aura promu un Maghrébin à une haute fonction que tous les Africains et Maghrébins hautement compétents iront valser sur la Place de la Concorde ou sur les Champs Elysée.



19 Vous avez connu Senghor, Césaire, Léon-Gontran Damas et d’autres inspirateurs de la Négritude, comment jugez-vous l’héritage laissé par eux ?

Toujours absolument positif ; tout dépend de la compréhension qu’on en a et de l’usage qu’on en fait ; il faudrait lire une interview d’Aimé Césaire parue dans le magazine Lire en juin 2004 ; j’en ai cité un extrait dans ma conférence à l’Académie de Nîmes dont je suis membre correspondant (cf. Mythe, rituel, etc. www.obhelyquenum.com ). C’est très courageux et, de loin, je préfère Aimé Césaire âgé de plus de 90 ans à des barbons africains qui remuent ciel et terre pour apparaître comme des écrivains. J’ai échangé pas de lettres avec Senghor et nous nous étions beaucoup rencontrés …Quant à Léon-Gontran Damas, nous étions à tu et à toi.



20 Vous qui trouvez indécent de parler en 2005 de discrimination positive pour des citoyens ayant contribué à forger l’identité et les valeurs de ce pays, quelles solutions préconisez-vous pour qu’ils aient une place qui reflète leur contribution ?

Se battre ! Ne courtiser personne ; avoir la dignité de dire NON ! quand on pense NON. Ne jamais accepter au rabais une place qu’on vous propose parce que vous êtes Nègre ou Maghrébin. Revendiquer ce dont on est intellectuellement et professionnellement digne.



21 Que diriez-vous à ceux qui jugeraient durement vos propos ?

Tant pis pour eux. Qu’ils ne se plaignent pas de l’effet boomerang.

22 De quelle manière vous perçoit-on à l’étranger,vous, écrivain noir francophone ? Comme une singularité, un concentré de paradoxes ou comme une banalité ?

Chacun de nous…tout homme est singulier ; il faudrait relire Gide (cf. Les nourritures terrestres, le conseil à Nathanaël). Sur le plan africain, en tant qu’abikú je suis certainement une singularité, autant que je le suis, Africain qui ne doit rien à personne : ni à mon pays que j’adore, sauf le fait d’y être né, ni à ladite France d’Outre-Mer dont je n’ai jamais été boursier, ni à la France elle-même où je vis en tant que citoyen français ; il y a au Bénin des milliers de Blancs qui ne sont pas citoyens béninois.

D’autre part, ceux qui consacrent leurs mémoires de Maîtrise ou leurs thèses de Doctorat à mes œuvres ou à des aspects de mes œuvres essaient de cerner ma personnalité ; j’ignore s’ils réussissent parce que je suis complexe, multiple et imprévisible. N’empêche, mes vrais amis -ils ne sont pas légion- me connaissent. Il faudrait lire dans L’Afrique des profondeurs. 40 ème anniversaire d’Un piège sans fin, etc. les textes de Francis Fouet, Cristina Brambilla, Irène d’Almeida, et, très émouvant, celui de Willfried Feuser, qui, véritablement, a su bien saisir ma nature d’abikú. Il est significatif d’un Allemand ait réussi là où nombre d’Africains se sont achoppés à ce que certains ont appelé « un rocher, un roc, une nature impénétrable… » Merci.



23 En tant que sociologue, ancien journaliste et écrivain, donc observateur attentif de l’évolution de notre société, de quelle manière jugez-vous l’autre grand débat sur le retour aux réflexes communautaires ?

Les réflexes communautaires ressurgissent quand les déceptions atteignent un point de non-retour et que frustrations et exclusions semblent cautionnées par des décrets obscurs. L’anthropologie démontre ces retours vers soi et en soi ; la citation d’Emmanuel Levinas, en exergue d’As-tu vu Kokolie ? l’explique fort bien ; dans la conférence Mythe, rituel, etc. référencée plus haut, j’ai essayé de développer ces réflexes communautaires qui replongent dans l’initiatique quand on ne sait plus à quel saint se vouer.



24 Ce danger existe t-il réellement selon vous ?

Absolument.

25 Au plan sociologique, est-ce une tendance naturelle à l’homme que d’être communautariste, ou bien, est-ce un moyen de défense efficace ?

C’est précisément ma réponse quand je mets le problème dans terreau anthropologique. C’est aussi un fait clinique.



26 Cette accusation vous paraît-elle sérieuse ou juste un détournement du débat des vraies questions qui méritent réponse ?

Quand les gouvernements, les institutions font tout pour dépouiller les groupes humains de leur ipséité, ces derniers regimbent, refusent tout intégration, rentrent en eux-mêmes pour régénérer l’ipséité qu’ils sacrifiaient au profit de leur intégration. Un exemple qui pourrait surprendre ? Je vis en France depuis 1948 ; ma femme est Normande, je suis grand-père et arrière-grand-père, mais jamais je ne me sens intégré dans ce pays parce que, à la moindre occasion on souligne ma nature d’étranger.



27 Quel serait votre mot de la fin pour clore momentanément le débat sur la discrimination positive ?

Être soi ; se conquérir et s’imposer par son intelligence, son travail, ses ambitions bien gérées et ne jamais céder le terrain là où on est compétent. Ramper ou baisser les bras dans toute lutte d’homme, c’est courir à l’échec.



Olympe BHÊLY-QUENUM