Annoncé en 1968, l’auteur, procédant par petites touches, a travaillé pendant vingt-cinq ans à ce roman ; la NRF en a publié deux chapitres dans son° 554, en juin 2000.
Extrait de la note de lecture d’un éditeur qui n’a pas voulu publier As-tu vu Kokolie ?
Koudjêgan " la Mort enchaînée ", était un enfant trouvé sur le bord d'une piste de brousse ; âgé de dix-huit ans, il est à la recherche de Kokolie, " la fille la plus jolie de Wessê "; c'est elle qu'il aime ; pour elle il s'est battu avec Abalo et l'a tué…Le roman se manifeste par son " épaisseur " : une forêt de langage où on est saisi tout de suite par une écriture, un ton, une voix, le tout parfois repris, insistant, un procédé hallucinogène qui mobilise l'attention.
Il s'agit, d'abord, d'un long chant d'amour découpé en soixante et un chapitres, sans ponctuation ; de nombreux thèmes s'enchevêtrent ensuite : tranches de la vie quotidienne, description du climat socio-politique, critique de ceux qui reviennent au pays après l'assimilation de la culture européenne, celle des dirigeants africains corrompus dont celui de Djèn'Kêdjê est " un leurre motorisé ". Exaltation des racines, de la vie traditionnelle, de l'amour sans jamais perdre de vue la très jolie Kokolie ni l'extraordinaire Koudjêgan, dans les yeux de qui, surtout par la voix de qui se manifeste la densité de ce roman dont l'acteur principal est la langue ; une langue riche, généreuse, souvent crue pour chanter les plaisirs de la chair.
Et on est séduit par un lyrisme baroque, parfois inspiré, qui cherche à entraîner le lecteur dans sa transe, d'où émergent quelques beautés ; cette sorte d'ode-épopée à plusieurs voix, célébrant, outre Kokolie, les pays et les mœurs d'Afrique, n'est pas sans ferveur ni élan ; ainsi, l'émotion que l'auteur voulait exprimer se transmet malgré la structure de l'œuvre.
chapitre I (Extrait)
DIVINITÉS DE LA MATRICE
vaste profonde de la Terre où est
Kokolie je suis nu priape au pinacle
en pleurs à la recherche de l'unique
hola toi là-bas as-tu vu Kokolie
rencontrée sur le pont de Guézin
on y a trituré un brin de causette
je le proclame à poumons dilatés
c'est la fille la plus jolie de Wessê
il n'y en a pas une autre pareille
sous le soleil de tout Djên'Kêdjê
en elle j'ai joui du plaisir de foutre
avec la jubilation de la Terre
en en en gésine aaaaaatchum
Kouglo d'où est-ce que tu sors
petit-fils de Daa Wologbé
oui bon ça me revient Koudjègan
aurait encore la mémoire Kou (1)
toujours se tapit quelque part
peut-être qu'à force d'entendre
ressasser Kouglo est de retour
d'où par tous les vodouns
il serait même une personnalité
son nom s'est mis à ramper
dans mon ciboulot faudrait-il
s'exiler se rengranger pour être
en considération parmi les siens
je me méfie de toute réputation
qu'on se serait forgée à l'étranger
qu'est-ce qui propulse nombre
d'enfants de Djên'Kêdjê
____________________________
(1) Kou : mot fon (Bénin) signifie la mort
loin de la terre natale
que vont-ils quémander
chez des gens peu désireux
de les voir même en effigie
même ils seraient porteurs
des valeurs les plus sûres
de leur terroir
manque de dignité
absence de vergogne
plus je vais plus s'incruste en moi
la conviction qu'il faut rester chez soi
la gloire ne vient pas à qui s'obstine
à vivre en vase clos course bizarre
aux vanités c'est quoi la gloire
c'est pour elle que la jeunesse
se carapate vers les grandes villes
jusqu'au pays des yovo (1)
ce Kouglo natif de Wessê
je l'avais vu se développer
tel un bon papayer avant
de se muscler disparaître
de mon ombre le revoilà
qui se serait forci en savoir
quoi qu'aurait-il appris
portant un bout de chiffon
sous le menton ne sachant
plus marcher pieds nus ni
se ceindre la taille avec un pagne
une partie roulée sous le nombril
WOLOGALI
la personnalité de tout autochtone
se signale par sa façon
oui son art de disposer le pagne
__________________________________
(1)Yovo: mot fon (Bénin) signifie Blanc, Européen
autour de sa taille
Kouglo semble avoir tout oublié
de la signification
du gãliwlowlo
saurait-il encore cadencer
des pas de danse du pays natal
j'ai été frappé
la fois qu'il était revenu
il avait papoté en fon (1)
jonglant avec les poncifs
causant de Léxwé
comme si nul ne connaissait
"la vieille cité
ancien port esclavagiste"
banalités qui l'ignore à Djên'Kêdjâ
tout le monde voit personne ne regarde
impossible de l'arrêter il débitait disant
"avec son allure de plateau incliné
depuis l'Océan à cinq kilomètres
jusqu'au centre de la ville
Lexwé semble se terrer au milieu
d'une végétation de palmiers à huile
d'irokos de kailcédrats nétés fromagers
flamboyants aux fleurs de sang
arbres géants à toutes les saisons
aux branches chargées de feuilles
la terre de latérite se ravine
dès les premières pluies
à l'exception des pavillons
des Blancs du temps colonial
les maisons des gens du peuple
celles des grandes familles cossues
je ne vous apprends rien
encore heureux qu'il le sache
________________________________________
(1)Fon, ethnie mais ,aussi, une des langues parlées au Bénin.
sont en pisé au toit de chaume
si ce n'est de tôle ondulée
rongée par la rouille
qu'est-ce qu'il apporte de nouveau
du vide
massive évidence
je l'assure moi Koudiègan
inamovible doto ma cètìn (1)
n'empêche
Kouglo sur sa piste poursuit
"le long du boulevard Azén'Guété
menteur d'où est-ce qu'il a été dénicher ça
aucune rue de Léxwé ne porte de nom
ce type fabule créant une réalité louche
"se tiennent des pharmacies
avec leurs fréquentes ruptures
de stock des médicaments prescrits
il faut en commander au pays des Blancs
ça met du temps à venir
des patients meurent
avant la réception des remèdes
les pour quels des arrhes ont été versées"
_________________________________________
(1) Doto ma cètin, dicton fon pour inamovible
Doto, mot fon pour désigner un puits.
Ma, contraction de la.locution adverbiale ne pas
Cè: verbe fon, déplacer. Tin: mot fon, signifie place
Doto ma cètin : un puits ne se déplace pas,
ne change pas de place.
Commander ce livre : Prix d'un exemplaire 18 Euros
Bookpole
Vivendi Universal Publishing Services
Immeuble Paryseine
3 allée de la Seine
94800 Ivry sur Seine