L'AFRIQUE DES PROFONDEURS |
| L’an 2000, à l’occasion du 40ème anniversaire de Un piège sans fin, publié en 1960 et constamment réédité, une belle brochette internationale d’universitaires et de chercheurs a offert à l’auteur de ce roman l’ouvrage de Mélanges intitulé L’Afrique des profondeurs. |
DEUX TÉMOIGNAGES SUR OLYMPE BHÊLY-QUENUM
« Fon de naissance mais d'ascendance yorouba par sa grand mère maternelle, immergé dès l'enfance dans le culte, vodou, franc maçon, chrétien fervent, passionné de lettres classiques, tour à tour ou en même temps professeur, diplomate, fonctionnaire international, mais surtout et toujours écrivain, nègre noir jusqu'à la moelle mais marié à une Normande, aujourd'hui enfin, retraité suractif, basé plus que vivant dans un minuscule village du Gard, où il vit dans une admirable et immense maison de pierre du XVIIème siècle, Olympe Bhêly Quenum est un de ces hommes qu'on peut comprendre, mais dont on n'a jamais fini de faire le tour.[…] Pourquoi l'élan de sympathie qui nous porta l'un vers l'autre, loin de s'éteindre quelques mois ou quelques décennies plus tard pour faire de nous de simples copains de fac vite séparés par la vie, se transforma t il en une belle, chaude et indéracinable amitié qui, en dépit des ans (bientôt un demi siècle) et des distances (l'Europe, l'Afrique, l'Amérique) est toujours aussi vive ? Y avait il entre nous, marqués par la culture antillaise (ma femme est Guadeloupéenne et Olympe Africain), quelques affinités secrètes, mystérieuses, inconscientes ? Je me le suis souvent demandé. »
Francis FOUET
Carnoux en Provence
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« Je connais depuis 1962 l’auteur d’Un Piège sans fin1, son premier roman publié qui a atteint sa 40‘ année sans avoir fait l’objet de publicités tapageuses ; nous sommes des amis de vieille date, il connaît ma famille (je suis Allemand, ma femme est Nigeriane) et nous avons été reçus dans sa magnifique maison de Maître des bords de la Seine, à Poissy où Maryvonne, son épouse, qui est Normande, nous a accueillis avec une insigne gentillesse.
Au Nigeria (Ibadan, Port Harcourt, etc.), où j’enseignais dans des universités, nombre de mes étudiants ont consacré leurs mémoires de licence ou thèses de doctorat à tel ou tel ouvrage d’Olympe Bhêly Quenum, personnalité complexe, difficile à cerner quand on ne sait pas qu’il est abikù, une nature qui échappe totalement aux classifications et catégorisations des Européens, qui, au lieu d’aller à l’Afrique, veulent que l’Afrique vienne à eux en acceptant leurs normes.
Trente¬-cinq ans en Afrique, en milieux absolument africains m’ont enrichi ; je puis dire savoir de quoi je parle quand je me trouve face à Olympe, ou à un de ses livres en essayant d’en expliquer les fondements et les secrets à mes étudiants.[…] 40 ans d’Un Piège sans fin ! Je me dois de saluer le bonheur de cette tragédie grecque en Afrique ; c’est aussi à l’insigne amitié qui m’a permis de comprendre quelques unes des spécificités de l’univers des abikù auquel m’a comme initié cet homme apparemment froid, distant, mais sensible, loyal et généreux dont le masque de mépris et la combativité surgissent quand il est offensé : « Je suis Abikou, on y croit ou on y croit pas, mais c’est ainsi », m’écrivit il à une époque de lutte contre un adversaire qui le traitait avec un peu de hauteur et dont il triompha huit ans plus tard. Quel homme ! Eh bien, c’est à sa personnalité aussi que j’ai tenu à rendre hommage. »
Wilfried F. FEUSER