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Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
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LES APPELS DU VODÚN

Réédition revue, corrigée et remaniée par l’auteur, paraîtra chez un autre éditeur avec la photographie que voici de la prêtresse vodún en jeune coryphée, ainsi qu’un CD d’hymnes vodún jamais chantés en public, enregistrés douze ans avant sa mort en 1981.
LES APPELS DU VODÚN

LES APPELS DU VODÚN.

Roman d’Olympe BHÊLY-QUENUM

Note de lecture en anglais de Willfried F.FEUSER.+
Prof .Université de Port Harcourt (Nigeria)

Le livre s’ouvre par un dialogue des morts quand une Grande Prêtresse vodún est morte à Cotonou (Bénin). À Glexwé, sa ville natale située à une quarantaine de kilomètres, un jeune homme qui ignorait tout du décès de Grand-Maman Xogbonouto l’aperçoit, la reconnaît et s’apprête à l’aller saluer ; à ce moment, le personnage que Toinou (le jeune homme) voit seulement de dos est en train de dialoguer avec Yaga, sa propre mère, Tánnyì Bonin, sa tante, Akpôtô, son frère, tous morts depuis plus de trente ans ; ils accueillent la nouvelle défunte et la conduisent vers la maison ancestrale où eux-mêmes ont été inhumés...
Toinou accélère la vitesse de son véhicule, arrive devant la maison dans laquelle il a vu entrer Grand-Maman. La nouvelle de son décès y était déjà tombée. Consternation. Au même moment, en France, Agblo Tchikoton, intellectuel africain, fils de Grand-Maman, est averti par un signe : il entend fredonner dans sa tête un des hymnes vodún de sa mère qui avaient imprégné son enfance et son adolescence au pays natal ; il connaissait ce chant rituel ainsi que bien d’autres que sa mère avait chantés pour lui ; il les avait enregistrés sur une cassette qu’i1 allait la prendre mais le téléphone sonna et il décrocha le récepteur.
« Grand-Maman est morte… » lui annonça-t-on de Cotonou.

C’était samedi ; dès lundi, Agblo Tchikoton arrive à Cotonou, entre dans la maison mortuaire et est aussitôt happé par les préparatifs souchés sur le rituel vodún qui avait façonné la vie tant spirituelle que sociale de sa mère, femme d’un polygame, mais commerçante, vendeuse de tissus. Les cérémonies au terme desquelles l’enterrement eut lieu durèrent quatre jours. Agblo Tchikoton y participa presque intégralement : sa mère le lui avait demandé lors de l’une de ses vacances au Bénin ; chrétien, il n’était pas un initié vodún et n’appartenait pas à cette confrérie, mais il y était né ; avant tout le fils d’une Grande Prêtresse, petit-neveu de Tánnyì Bonin, une autre Grande Prêtresse, tante de sa mère, il savait beaucoup de choses.
Lourd privilège. Il devra mettre le corps de sa mère dans le cercueil qu’il fermera ; ensuite, avec l’aide de sa sœur, quelques-uns de leurs frères consanguins et des membres de la confrérie vodún, Agblo Tchikoton, au cimetière de Ouidah, fera descendre la bière dans la tombe et devant l’assistance, il chantera à voix basse l’hymne vodún qui avait retenti dans sa tête au moment de la mort de sa mère à Cotonou.

Singulier fonctionnement d’un rituel vodún qu’aucun écrivain n’a jamais pu mettre en scène parce qu’enfermé dans un langage ésotérique codé, il n’est accessible à aucun profane. Grâce à ses racines, à ses origines, à son éducation en milieu tradi¬tionnel africain et au fait qu’il est le fils d’une Grande-Prêtresse vodún, Olympe BHÊLY-QUENUM a pu condenser, dans quatre jours de cérémonies, 70 ans de la vie de Vicédessin depuis le jour où elle avait été chevauchée et possédée par le Vodún, son initiation, ses activités de Prêtresse, de coryphée, de Grande-Prêtresse, de femme d’affaires, de mère et d’épouse, au milieu de son mari et des cinq autres femmes de ce denier.
Dans Les Appels du Vodún, on assiste à des rencontres d’initiés dans des couvents, à leurs processions dans la ville de Ouidah, à leurs danses très struc¬turées où le langage tambouriné joue un rôle implacable. Des va-et-vient entre Cotonou, Ouidah, Sègboxwè et Aziouto font émerger une foule de personnages, génèrent des scènes, des séquences de la vie quotidienne dans le sud du Bénin. Mais c’est la ville de Glexwé, c’est-.à-dire Ouidah - creuset du Vodún, ancien port du commerce esclavagiste dans le Golfe du Bénin- qui, décrite avec force détails et précisions, est présentée avec nombre de couvents vodún environnant la basilique de l’Immaculée Conception.
Roman de quelque 400 pages dactylographiées, Les Appels du Vodún est campé sur des données d’anthropologie culturelle en milieu vodún et de sociologie en milieu africain ; ainsi, serrant de près le fonctionnement du rituel d’un culte, l’auteur montre une ville africaine dominée dans son authenticité quotidienne par le Vodún, cependant que le Bénin tout entier émer¬ge en évoluant vers le modernisme.
Pas de coup d’Etat ; pas de drogue, ni de sexe machine ou de love machine, ni coloni¬alisme ou néo-colonialisme, etc. : rien des recettes, armatures de bien des romans depuis une vingtaine d’années. N’empêche, on est au cœur de l’Afrique profonde dont certains problèmes traversent des chapitres du livre comme des flashes ; ainsi : sous-développement, chômage, délinquance, exploitation politique, etc. La politologie et la révolte contre l’injustice sociale surgissent dans un hymne poétique ; décryptant pour la première fois ce chant de sa mère, Agblo Tchikoton s’aperçoit que hymnes vodún ne sont pas que des mélodies gentiment innocentes.

*

LES APPELS DU VODOU
Editions L'Harmattan


« Grand-Maman s’était installée sur une chaise d’iroko dans la véranda. Pareille à un colossal bloc de béton armé, la propriété se dressait sur un von" clos coincé entre deux carrés. »

Le livre commence à l’allure d’un fleuve tranquille, mais on se trouve en face d’une grande Dame africaine dont la personnalité occupe, sans l’envahir, l’espace de ce grand roman social d’anthropologie culturelle imprégné d’un souffle poétique filtré par la voix du Vodou.

En fait, Les Appels du Vodou s’ouvre par un dialogue des morts : la grande prêtresse vodou vient de mourir à Cotonou, mais un proche, qui n’en savait encore rien, l’aperçoit dans une rue de Gléxwé, sa ville natale située à quarante kilomètres, en conversation avec des membres de sa famille morts depuis longtemps qui l'accueillent. Partant de ce fait divers de « l’Afrique des profondeurs », dont un autre exemple, plus bouleversant, est décrit dans ce livre, 0. BHÊLY-QUENUM enclenche un rituel vodou pour écrire un beau roman dans lequel ni la politique, ni la vie quotidienne, ni des pans de l'histoire de Ouidah - creuset du vodou- et du Bénin ne sont négligés.

On fait connaissance avec la future grande prêtresse âgée de dix ans, quand le Vodou dans son rapt l’a « chevauchée et possédée » ; on la découvre dans ses activités, tant religieuses que profanes ; enfin, on assiste à sa mise au tombeau, dans une atmosphère émouvante de douceur quand la bière y descend et que l'assemblée murmure l'hymne vodou que son fils fredonnait, en France, à l'heure de sa mort.

Olympe BHÊLY-QUENUM propose ici une saga, son œuvre majeure, après les déjà célèbres Un piège sans fin, Le Chant du lac, L'Initié, Un Enfant d Afrique.