Annoncé en 1960 sous le titre de Forces obscures et terminé en 1964, le manuscrit de L'Initié, « lourd de mouvements, de sensibilités et de faits encore trop chauds, fut "laissé en jachère". Entre-temps, l'auteur d'Un Piège sans fin (son premier roman) publie : Le Chant du lac, qui fait de lui, en 1966, le lauréat du Grand Prix littéraire d'Afrique ; Liaison d'un été, en 1968, et Un Enfant d'Afrique, en 1970.
Comme on s'en est déjà rendu compte dans sa première version en 1979, le sommeil de quinze ans auquel L'Initié a été délibérément soumis n'en a pas atténué la fraîcheur, ni la force, ni l'actualité des problèmes tant culturels, politiques et sociaux africains, que de relations humaines portés à un niveau assez complexe. Vingt-deux ans après sa première édition, OlympeBHÊLY-QUENUM a relu, corrigé, remanié, restructuré et redimensionné L'Initié, laissant intacts les problèmes fondamentaux : à ses yeux, quarante ans d’indépendance n’ont rien changé ; l’Afrique francophone, au lieu de se prendre en main, de s’affirmer par ses idées, actes et réalisations, vit encore à la traîne en acceptant de recevoir des leçons, même de ceux qui n’ont ni l’intelligence, ni les compétences de ses ressortissants qu’elle contraint à l’exil.
Ce roman, comme son titre l'indique - encore qu'il ne s'y réduise pas - est dominé par un personnage : le Docteur Kofi-Marc Tingo ; on le suit, tout d'abord, étudiant en France où déjà sa personnalité hors du commun s'affirme ; puis en Afrique où, avec sa femme blanche, il exerce la médecine. Son savoir, la maîtrise de soi dont il fait preuve, ses pouvoirs sur les êtres trouvent leur source et leur efficacité dans deux traditions : celle, rationaliste, issue d'Europe ; l'autre, proprement africaine, fondée sur des connaissances d'un autre ordre, «part de Dieu», «force opératoire des noms premiers», et aussi pharmacopée africaine. Marc Tingo est la synthèse vivante des approches méthodiques spécifiques de la science occidentale, et «d'une puissance archaïque, d'une force nègre» à laquelle il a été initié. Le Docteur Tingo reste toutefois un Africain moderne ; sa victoire sur le vieux Djessou, dont le nom signifie la Mort, symbolise aussi une Afrique ouverte au progressisme des lumières.
Par sa maîtrise des techniques littéraires et de la langue française, l’auteur conduit implacablement le lecteur vers l'idéal d'accomplissement visé par l’étonnant personnage que ce roman propose à notre attention et à notre admiration.