olympe bely quenum fond1
olympe bely quenum fond2
olympe bely quenum fond3
olympe bely quenum fond4
olympe bely quenum photo1
olympe bely quenum photo2
Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
Biographie en Français
Author's Biography
UN ÉCRIVAIN À DÉCOUVRIR
ACCUEIL
DOCUMENTS
LIVRES
FRANCOPHONIE
POLITIQUE
ETUDES ET TRAVAUX
INTERVIEW
PERSONNALITES
AIMÉ CÉSAIRE, UN VOLCAN ÉTEINT ? ON SE SERA MÉPRIS.
UN GARÇON DE TOFFO PREMIER CARDINAL AFRICAIN.
DE L'EROTISME CHEZ SENGHOR
In Memoriam (L.S. SENGHOR)
Modernité et pertinence des pensées d’Alioune DIOP
RENCONTRE ET AMITIÉ AVEC AMADOU HAMPÂTÉ BÂ
OBSCURE AFRIQUE DES CHOSES PERENNES (John lennon)
SUR POUCHKINE
SENGHOR AU FORUM CULTUREL AFRO-ARABE D'ASILAH
VODUN
IN ENGLISH
BIOGRAPHIE
BOOKS REVIEW
ARCHIVES
CONFERENCES
LIENS
ARTISTE
CONTACT

OBSCURE AFRIQUE DES CHOSES PERENNES (John lennon)

STRAWBERRY FIELDS Hommage à. John Lennon par Olympe BHÊLY-QUENUM

Le conte intitulé Le Boli est un de ceux que j’apprécie le plus dans Les nouveaux contes d’Amadou Koumba[1] poète négro-africain Birago Diop ; je le relis et le dissèque depuis un quart de siècle; çà et là sur le terrain, en Afrique, je rencontre Le Boli, sinon ses homologues que je sais interroger et avec lesquels je converse. Dieux ! le mot. est venu d’entrée de jeu et dans leur hâte de porter des jugements de valeur définitifs, d’aimables critiques diront que je « donne dans l’onirisme. »

Personnage numineux symbolisé par une statuette, Le Boli siège dans l’Afrique profonde à laquelle ont seuls accès les Nègres intégraux qui croient aux valeurs spirituelles de l’Afrique traditionnelle. Birago Diop l’a appréhendé et décrit merveilleusement ; je l’ai traqué aussi, et, me conformant strictement au rituel, l’ai fait rentrer dans ses fonctions, sous son nom béninois de Xwéli, dans Le Veilleur de Nuit : métamorphose d’un objet d’art nègre[2]



Discrètement ubiquitaire, omnipotent, soudainement opératoire et déroutant quand on le connaît et qu’on sait se mettre en communion avec lui, Boli-Xwéli, ni « fétiche » ni gri-gri ni vodún , est l’incarnation de l’une des forces cultuelles de l’Afrique pérenne. Protée du monde négro-africain, il est, sous une autre forme, en action dans le magnifique Crépuscule des Temps anciens[3] de Nazi Boni que bien des écrivains africains gagneraient beaucoup à lire attentivement ou à relire ; les jeunes aussi, pour leur édification : c’est l’un des romans négro-africains campé dans l’obscure réalité de l’Afrique profonde dont, dès 1937, “les choses” avaient été minutieusement exposées dans Le Pacte de Sang au Dahomey[4] de Paul Hazoumé. Les incantations proférées au pied du Boli ont la même signification, la même connotation opérante que le chant lyrique du vieux Noumouké, qui, avant d’allumer le feu de sa forge, « versait une calebassée de lait aigre aux pieds panards de la statuette et la saluait longuement:



« Boli, porte mon salut à ceux de là-bas

Et témoigne que je n’ai jamais fait

Que ce qu’ils ont toujours ordonné ! »



Dans Métamorphose d’un objet d’art nègre, le vieux Daa Akpoto, s’agenouillant devant Bochio-Xwéli, « baisa la terre et rendit grâce :



“Boohio-Xwéli, gardien des lieux,

Veilleur des nuits du monde

Depuis (lue le monde est monde.

Ouvre tes yeux, ranime tes forces

Pulsées du cœur de la Terre,

Et veille sur nous tous et sur tout

Dans cette concession confiée à tes pouvoirs

Jusqu’à ses limites les plus lointaines.”



Restons encore en Afrique de l’Ouest pour citer Arrow of God [5]de Chinua Achebe ; ou un ouvrage plus récent, le vraiment magistral Ake,The years of Childhood [6] de Wole Soyinka dans lequel j’ai vécu en symbiose intime avec les gens de la société secrète Ogboni, comme je me suis retrouvé d’emblée dans la peau de Bukola, la jeune abiku.



« Des amulettes, des anneaux de cheville, de minuscules crécelles et des bagues de cuivre sombre torsadé l’attachaient à la terre par les jambes, les doigts, les poignets et la taille .Elle savait qu’elle était abiku. [...] Tandis que nous marchions, les grelots de ses chevilles tintaient, éloignant ses compagnons de l’autre monde qui ne cessaient de l’importuner, de plaider pour qu’elle les rejoignît. »



Voilà une de mes “sœurs spirituelles”; ces êtres sont légion en Afrique; Soyinka décrit fort bien leur mentalité, leurs démarches et comportements dans la vie. Ceux qui ne croient pas à « ces choses-là » devraient lire Ake, les années d’enfance, avant de découvrir La naissance d’Abikou[7] ; n’empêche, en 1951 déjà,dans un poème que seul connaît Léopold Sédar Senghor à qui je l’offris en 1976 pour ses 70 ans,un abikou montrait le bout de son nez:



« J’ai rêvé la nuit profonde

Dans la matrice infinie de la terre natale,

Une nuit d’avant ma naissante

Passeur abikou debout dans la barque sans passager.

Ce fut une nuit au plus profond du sein maternel

Une nuit de passeur transfixé d’angoisse... »



Mais Wole Soyinka, comme pour la scène des egúngún où il fait voir la partie visible de l’iceberg, tout en occultant le catalyseur qui, en pays ijebu, fait s’écrouler un bâtiment, décrit cette autre réalité permanente de l’Afrique profonde qu’est ce qu’en yoruba on none igbá ebo[8] ; il va même assez loin en se montrant concret, positif, quand, avec une précision clinique, il décrit sa propre initiation et immunisation par son grand-père. Et, non sans avoir prononcé in peto quelques noms premiers, le Vieux ajoute ce qui est essentiel :

« Si on t’offre de la nourriture, prends-la. Mange-la. N’aie pas peur, aussi longtemps que ton cœur dit: mange. Si ton esprit doute, même un instant, ne prends pas et ne remets jamais les pieds dans cette maison. Tu comprends ce que je dis? » Et s’ensuit le gros morceau :



« Où que tu te trouves, ne te sauve pas du combat. Ton adversaire sera probablement plus grand que toi ; la première fois il te rossera. Lorsque tu le rencontreras à nouveau, défie-le. »



Nous sommes ainsi en plein terrain initiatique où le mot combat occulte tous les combats d’homme. Je crois en cette Afrique-là où résident des forces qui transcendent toutes les autres et font du Nègre intégral un Nègre tranquille, dangereux et ironique dans la société où il vit.



A-on bien lu et compris Chaka, de Thomas Mofolo? Certains romans de la littérature négro-africaine nécessitent une lecture plurielle. Par-delà les combats sanglants et les carnages, Chaka véhicule des forces obscures d’une Afrique où conversent l’homme et le divin après avoir signé un pacte. Le monde africain, acculée à la nébuleuse de la modernité fatalement nécessaire, ne devrait pas, particulièrement chez les “intellectuels”, cesser de prendre cons­cience de son identité dans son obscurité même ; devrait y contribuer la lit­térature de nos pays qui n’est rien d’autre que la quête d’une Afrique qui veut être vue comme elle est, se sent et se voit.

Je le sais, trop de “spécialistes” étrangers traitent les problèmes cultuels -je dis bien cultuel- de nos pays comme des textes provenant des biblio­thèques savantes de leurs propres pays ; ainsi, ils en écartent soigneusement la vie concrète et les préoccupations spirituelles des acteurs sociaux que sont les peuples attachés à la glèbe ; or la connaissance des fondements des problè­mes culturels, comme ceux afférents aux cultes,voire aux mythes peut seule, parfois, permettre de comprendre la démarche des hommes en tant qu’acteurs sociaux.

C’est un truisme que de dire que ce qui est ne peut pas ne pas être pendant qu’il est ; mais il

faut parfois éclairer la lanterne des gens, et je m’aperçois, avec jubilation, qu’il y a une discrète internationale de la littérature négro-africaine entée sur la connaissance de l’Afrigue profonde-Afrique obscure. Autant les idéologues que les politiciens de demi-mesure, qui ne comprennent rien à cette Afrique, mais hélas ! écrivent aussi, bradent cette Afrique. Je le dis cependant avec une tranquille conviction : avec les poètes et les griots qui avaient ou auront véritablement chanté le monde négro-africain sans falsifications, les œuvres littéraires qu’on lira encore dans cent ans et que la postérité retiendra seront les romans, les nouvelles, les essais ainsi que les livres d’histoire dont les auteurs se seront attelés à l’approfondissement et à l’intelligence des forces troublantes, mais permanentes de l’Afrique Noire.

Ces créateurs, enfants de leur Terre, auront su appréhender, même dans leurs parcellisations, l’autonomie et la vigueur des sociétés africaines à travers le destin des personnages de leurs ouvrages.




[1] Edits Présence Africaine, Paris.1958.

[2] “Mélanges offerts à Aimé Césaire” Edit:Gunter Narr Verlag.Tübingen. Allemagne.

Traduit en anglais :The Night Watchman, par Arthur W. Barnett,1981. (inédit)

[3] Edits Présence Africaine, Paris .

[4] Edit Ethnographique de France.

[5] Edit Heinemann Ltd, London. Présence Africaine, Paris.

[6] Edit : Rex Collins.Ltd, London. Belfond, Paris.

[7] Edit Phoenix Afrique.

[8] Expression yoruba : calebasse de sacrifice.