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Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
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CE QUE L'AFRIQUE DOIT SAVOIR

On lit dans la presse africaine :

« En mai 2006, lors d’une visite au Bénin, M. Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait affirmé que la France devait "construire une relation nouvelle" avec l’Afrique, "débarrassée des scories du passé", sans "réseaux d’un autre temps" ni "émissaires officieux".

Dimanche soir, juste après sa victoire, il s’est prononcé en faveur d’"une Union méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique" et appelé les Africains à "décider ensemble d’une politique d’immigration maîtrisée et d’une politique de développement ambitieuse".

Eh bien ! la lutte doit continuer, s’intensifier même et j’invite les Africains qui n’acceptent pas que l’Afrique soit humiliée, traînée dans la fange comme l’a fait Monsieur Sarkozy à Bamako, à lire et à méditer le texte ci-dessous ; à lire aussi mon texte : Pour le combat exemplaire et la victoire de Ségolène Royal. qu’aucun journal de France n’a voulu publier, sans doute à cause des questions face auxquelles on préfère regarder ailleurs.

*

DES PRISES DE POSITION DE SEGOLENE ROYAL POUR L’AFRIQUE.





« Que dire de Ségolène Royal, candidate du Parti socialiste pour qui ma femme et moi avons voté au moment opportun ? Elle a écouté et écoute ce que des Africains continuent de lui écrire ; des preuves s’exfiltrent de ses déclarations au Sénégal, Martinique, Guadeloupe, voire à Villepinte où nous étions nombreux au rendez-vous. Une interview de Paul Quilès parue dans Libération n’a pas fait mystère de l’obsolescence de nombre des Accords de coopération entre la France et les Etats africains et malgache d’expression française dont la révision des fondements de plus d’un article, voire l’abrogation, est d’une nécessité drastique. A l’émission de TF 1, la candidate du PS a parlé d’or quand elle a eu dénoncé l’exploitation des matières premières du contient africain qu’on appauvrit ; un Monsieur, à coup sûr de la coterie FrançAfrique, n’a pas pu s’empêcher de grommeler : « je vous en prie…je vous en prie ! »

Qu’on lise donc ci-dessous les textes signés Ségolène Royal pour se rendre à l’évidence, avec certitude, que de tous les candidats, elle seule est de l’essence et du tissu du Président de la République française qui - avec ou sans la complicité des compradores africains - ne fera pas ourdir des réseaux tous azimuts afin de ruiner davantage l’Afrique dite indépendante et la faire ramper dans les arcanes des bâilleurs de fonds . »[1]


Coopération avec l’Afrique



« La coopération avec l’Afrique est essentielle pour notre pays, pas seulement au titre de la solidarité avec les populations africaines, mais aussi parce que ce qui s’y passe est crucial pour notre avenir : émigration, sécurité, risque sanitaire, risque écologique… En matière de coopération, dites-nous ce que vous voulez faire, annoncez que nous respecterons nos engagements internationaux.


La coopération avec l’Afrique est essentielle pour notre pays, au titre de la solidarité. Ce qui s’y passe est crucial pour notre avenir. Les pays pauvres, notamment en Afrique, doivent sortir de la misère grâce à un co-développement mieux pensé, plus solidaire et plus efficace. Là se situe la vraie réponse aux migrations de la misère. La question de l’émigration ne peut pas, en effet, être déconnectée de celle du co-développement. C’est par le droit des familles à vivre dignement dans leur pays que l’on peut tarir l’immigration clandestine.


France, Italie, Espagne : nous sommes tous confrontés à une immigration en provenance d’Afrique. Nous devons mettre en place des politiques coordonnées, à l’échelle européenne (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui) et, en même temps, penser ensemble un nouveau partenariat avec l’Afrique.


Il faut repenser de fond en comble la coopération et le développement en se concentrant sur quatre enjeux majeurs : l’eau, l’école, l’environnement, la santé et en favorisant les micro-crédits. Les femmes sont aux avant-postes de ces projets. En Afrique, elles assurent 98 % du travail de la terre mais bénéficient seulement de 5 % des crédits bancaires. Il faut aussi que l’aide des pays riches arrive directement à ceux qui en ont besoin, à travers la coopération décentralisée et les ONG. »



Lettre à Bernard Pinaud Président du CRID 19/01/07





Monsieur le Président

Je m’adresse, par votre intermédiaire, aux associations de solidarité internationale et aux organisations qui se réunissent à Nairobi pour une nouvelle édition du Forum Social Mondial. Je n’ai malheureusement pas pu me joindre à vous et je le regrette sincèrement.

Je veux être à l’écoute des propositions de la société civile en France et dans le Monde. La dynamique des Forums Sociaux a permis de faire émerger puis mûrir un certain nombre de dynamiques qui influencent aujourd’hui les politiques publiques.

Vos organisations rappellent régulièrement les gouvernements des pays développés à leur responsabilité en matière de solidarité avec les sociétés les plus démunies.

Les ONG et les mouvements sociaux relayant les attentes des pays en développement ont imposé un temps d’arrêt aux négociations pour la libération des échanges dans le cadre du cycle de Doha impulsé par l’Organisation Mondiale du Commerce.

Sans votre mobilisation, la lutte contre le sida n’aurait jamais progressé comme elle l’a fait ces dernières années pour mieux contenir ce fléau mondial qui touche plus brutalement encore les pays en développement. Cette évolution est tout à fait remarquable même si je sais qu’il y a encore tant à faire.

Enfin, je n’ai pas oublié l’ampleur de la mobilisation citoyenne en opposition à l’intervention militaire américaine en Irak.
Je regrette aussi de ne pas être à Nairobi car vous le savez, j’ai un attachement tout particulier pour l’Afrique, continent où je suis née. Je me suis rendue récemment au Sénégal pour mieux faire connaissance avec vos partenaires dans ce pays. J’ai beaucoup écouté pour mieux comprendre les enjeux. Nous avons évidemment beaucoup parlé de l’émigration vers l’Europe, perçue comme seule perspective possible pour beaucoup de jeunes, au péril de leur vie.

Tous les sujets que vous aborderez lors des débats du FSM sont importants. Cependant, mon attention a été particulièrement retenue par certains thèmes sur lesquels j’aimerais recevoir, à votre retour de Nairobi, vos commentaires, votre analyse et vos propositions.

Le premier de ces thèmes est la circulation des biens. Il est essentiel de savoir comment nous pouvons réguler cette circulation des biens et des services, pour produire plus d’équité, favoriser le développement des pays les plus démunis et dans le même temps préserver les ressources de notre planète. Bien évidement, les problèmes de migration des personnes sont aussi liés à cette question.

Le second sujet concerne les enjeux stratégiques et le risque croissant de conflits générés par le contrôle de l’accès aux ressources énergétiques et à l’eau. Ces enjeux prennent une importance croissante avec la crise énergétique que nous connaissons aujourd’hui marquée par le changement climatique, d’une part, et l’épuisement des ressources fossiles, d’autre part. Cette crise impose une redéfinition de nos politiques énergétiques au Nord comme au Sud. Elle impose aussi de nous assurer que les populations les plus pauvres, qui sont aussi les plus vulnérables, ne seront pas une fois de plus laissées pour compte des adaptations nécessaires.

Le troisième thème qui touche la décentralisation et la municipalisation (notamment au Afrique) me tient particulièrement à cœur. Je pense avec vous que l’échelon local, les relations de proximité, sont plus adaptés pour répondre aux Objectifs du Millénium pour le Développement. Cette question a déjà été largement débattue dans le cadre du Forum AFRI-Cités en septembre dernier et j’espère que ce débat fera de nouveaux progrès à Nairobi.

Enfin, vous débattrez également de l’avenir de la réforme de la gouvernance mondiale. La communauté internationale n’a pas su saisir l’opportunité du 60ème anniversaire des Nations Unies pour engager une réforme ambitieuse autant qu’urgente. Il est salutaire que les ONG et les mouvements que vous représentez émettent des propositions concrètes pour que s’engage une réflexion de fond sur l’avenir des institutions internationales. Ces institutions doivent servir une mondialisation responsable, plus équitable, plus efficace pour protéger les droits humains et préserver l’environnement.

Je prendrai contact avec vous à votre retour du Forum Social de Nairobi, pour que vous me fassiez part de vos réflexions et propositions. Vos contributions seront particulièrement intéressantes pour l’élaboration des principaux axes de la politique de coopération et de solidarité que je mettrai en œuvre si je suis élue à la Présidence de la République.

Je vous prie de croire en l’assurance de mes respectueuses salutations. »



Extraits de l’ouvrage intitulé Maintenant où Ségolène Royal répond aux questions de Marie-Françoise Colombani. :

« REPENTANCE

Entre la repentance et la suppression des lois mémorielles demandée par un certain nombre d'historiens, où vous situez-vous ?

Je crois que la France doit assumer son histoire, toute son histoire. Sans amnésie et sans repentance. Elle doit avoir la fierté de ses moments radieux, glorieux, de sa Révolution qui, comme disait Saint-Just, « vota la liberté du monde ». Mais je crois que notre pays doit aussi être capable de porter un regard apaisé et de poser les mots justes sur les pages plus sombres de notre histoire commune. Nous devons être capables de reconnaître l'esclavage pour ce qu'il fut : un crime contre l'humanité. C'est ce qu'a fait la loi portée par Christiane Taubira et votée en 2001. Nous devons être capables de reconnaître la colonisation pour ce qu'elle fit : dominer et spolier. Nous devons être capables de reconnaître la part prise par la police française de Vichy dans la rafle du Vél' d'Hiv et la déportation des Juifs de France. Mais aussi de rendre hommage aux Justes qui assumèrent, eux, le devoir de protection. Tous coupables ? Non, bien sûr ! Il y eut toujours, dans ces moments-là, des Français pour s'opposer à l'injustice, et des résistants pour ne pas accepter l'inacceptable. En outre, ce n'est jamais aux descendants de payer pour les crimes qu'ils n'ont pas commis. Mais tous comptables de la transmission de l'histoire collective, oui !

C'est pourquoi j'ai fermement désapprouvé, en décembre 2005, cet article de loi indigne voté par la droite, qui vantait les « aspects positifs » de la colonisation. Un système politique, quel qu'il soit, fondé sur l'inégalité des personnes, ne peut pas être bon. Dans les départements d'outre-mer, où l'on n'a pas oublié ce temps du mépris et de la citoyenneté à deux vitesses, l'insulte fut très vivement ressentie et la mobilisation immédiate. Aimer son pays, ce n'est pas trafiquer le passé pour mieux mentir sur l'avenir. Le déni de l'histoire attise la rivalité des mémoires. Moi, je veux pour la France la lucidité d'une histoire partagée.

Le candidat de l'UMP prétend faire la synthèse d'une histoire de France expurgée de ses moments d'arrachement à l'ordre établi. Comme si la France était la synthèse molle de l'Ancien Régime et de la Révolution, du Code noir qui codifiait l'esclavage et de la déclaration des droits de l'homme au nom de laquelle il fut une première fois aboli en 1794. La République, en 1802, c'étaient Louis Delgrès, la mûlatresse Solitude et leurs compagnons qui la défendaient en Guadeloupe les armes à la main et non les troupes dépêchées par Bonaparte pour remettre les anciens esclaves sous le joug. Et c'est la République de retour qui, en 1848, mit un terme définitif à ce crime. Voilà pourquoi je souhaite que l'on connaisse mieux et que l'on honore, dans l'Hexagone aussi, ces républicains des Antilles.

La liberté, l'égalité et la fraternité n'étaient pas du côté de la sujétion coloniale mais des peuples en lutte pour leur émancipation au nom de nos valeurs universelles. Aimé Césaire, ce poète incandescent que j'admire tant, l'a magnifiquement écrit.

Péguy aussi le disait à sa manière : c'est parce que nous sommes bien français que les massacres coloniaux nous donnent comme un remord personnel….. »

*

LU DANS TEMOIGNANGE CHRETIEN.



Mon projet pour l’Afrique, par Ségolène Royal



« L'Afrique, dans l'extrême diversité des situations qui la caractérise, est en pleine mutation. Le parallèle avec la politique africaine de la France, figée dans une coupable immobilité n'en est que plus cruel. Cela doit changer dès 2007. Depuis bientôt cinq ans, la droite française est en effet à l'origine de désordres sans précédent sur le continent africain. La conception de la Présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup. En privilégiant systématiquement les amitiés personnelles au détriment de l'intérêt général, la pratique présidentielle a terni l'image de notre pays, qui se trouve associé dans l'esprit des Africaines et des Africains aux régimes les plus contestables du continent. La France doit à nouveau porter en Afrique un message de démocratie, de solidarité, de paix et de défense des droits de la personne humaine, sans qu'il soit possible d'opposer à cette ambition la réalité des interventions de notre pays. De ce point de vue, les récentes déclarations du candidat de l'UMP qui s'inscrivent sans retenue, dans les mêmes réseaux que le Président Jacques Chirac, ne sont pas de nature à rassurer nos concitoyens qui souhaitent que notre pays demeure fidèle à ses valeurs de solidarité internationale, de promotion de la démocratie et de consolidation de l'Etat de droit.
Les Africains sont malheureusement les premières victimes de cette politique de la « Françafrique ». La multiplication des interventions militaires improvisées au profit de régimes réputés amis au Tchad ou en Centrafrique, nous détourne des objectifs de développement qui devraient être prioritaires. Faute d'avoir incité les régimes les plus fermes à s'engager dans la voie de la démocratisation et du respect des droits humains, nous nous trouvons réduits à intervenir militairement dans la précipitation pour éviter des prises de pouvoir par la force. Mais c'est en amont que nous aurions dû agir pour favoriser le dialogue politique et la participation de l'opposition et de la société civile africaine au jeu démocratique. D'une part, les termes de nos accords de défense et de coopération militaire avec plusieurs pays africains devront être clarifiés et si besoin renégociés. Notre politique étrangère doit être conduite dans la transparence. Je propose donc que nos accords de coopération, et notamment nos accords de défense et de coopération militaire soient examinés par le Parlement. Il s'agit d'un engagement nouveau mais nécessaire. Les citoyens français ont le droit d'être informés des buts poursuivis par nos programmes de coopération et des raisons de l'engagement de nos forces armées sur le continent africain. Je propose qu'un débat à l'Assemblée nationale soit obligatoire en cas d'intervention armée dans un conflit sur le continent africain. Il faudra aller au-delà et je retiens votre proposition de mettre en place une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales. Cette délégation permettra non seulement de mettre en débat les grandes orientations de la politique de coopération, elle devra aussi contribuer à clarifier le rôle des différents acteurs engagés dans la coopération : services publics, collectivités locales, entreprises et ONG.

D'autre part, notre coopération devra faire des efforts particuliers pour consolider la société civile africaine et renforcer les mécanismes contribuant à l'émergence de la démocratie. À l'évidence, les ONG françaises et européennes ont un rôle particulier à jouer dans ce domaine. Je souhaite que nous développions une ligne de programme spécifique accessible aux ONG françaises et à la société civile africaine, en valorisant les enseignements du programme Démocratie et droits de l'Homme mis en œuvre par l'Union européenne, programme avec lequel nous gagnerions à développer des synergies. Cet aggiornamento politique me semble constituer la première étape de la rénovation de notre politique en direction de l’Afrique. Mais nous devons aussi innover pour accompagner le continent sur la voie d'un développement durable. La pauvreté reste endémique. L'espérance de vie régresse dans les pays frappés par le sida et le paludisme. La croissance urbaine crée de graves déséquilibres. La condition des femmes est trop souvent bafouée. Je voudrais suggérer ici plusieurs pistes d'action.

Nous devons veiller à préserver nos capacités des pays africains à vivre de l'exploitation durable des ressources dont ils bénéficient sur leur territoire. Il n'est pas acceptable que certaines entreprises. dont certaines ont leur siège en France, procèdent à un véritable pillage de ces ressources en privant les Africains des plus values qui permettraient le décollage économique. Il est encore plus préoccupant de constater que le pillage de ces ressources, en appauvrissant les populations, force certains à l'émigration vers l'Europe. Il serait plus intéressant d'éviter ces pillages et d'encourager l'économie locale au bénéfice de populations qui, dès lors, préféreraient vivre et prospérer dans leur propre pays.

Nous devons plus généralement encourager voire contraindre les entreprises à s'engager sur une éthique de responsabilité sociale et environnementale en veillant a minima qu'elles respectent les codes de conduites édictés par exemple par l'OCDE. A ce titre, je soutiens l'initiative « Publiez ce que vous payez » qui propose d'imposer aux industries extractives de rendre publiques les sommes versées aux Etats pour l`exploitation de leurs ressources naturelles. Les citoyens africains ont le droit de savoir ce que leurs gouvernements perçoivent des compagnies étrangères et les consommateurs français doivent pouvoir s'assurer que l'essence qu'ils achètent n'entretient pas un régime despotique. Nos pratiques doivent évoluer: la transparence, c'est la modernité, l'opacité actuelle l'archaïsme. La première condition du développement est de ne pas gâcher les atouts humains dont un pays dispose. Je constate que les pays qui investissent le plus dans l'éducation. en particulier celle des jeunes filles et qui respectent le plus les droits des femmes sont aussi ceux qui réussissent le mieux.

Pensons au rôle qu'ont pu jouer les femmes dans l'émergence de pays tels que le Cap Vert, la Tunisie ou l'Afrique du Sud… L'éducation joue aussi un rôle clé pour la prévention de la diffusion des pandémies. Enfin, l'amélioration de la condition des femmes africaines passe par le soutien aux mouvements qui luttent contre l'excision, pour le droit des femmes à maîtriser leur corps et leur fécondité, ainsi que par le renforcement de la participation des femmes à la représentation politique. Pour valoriser les atouts humains de l'Afrique il convient aussi de préserver la santé des populations africaines. Le sida entraîne de terribles régressions. Les exemples sont nombreux en Afrique australe: en Zambie, l'espérance de vie a ainsi régressé de dix ans dans les dix dernières années.

Les pays en développement ont obtenu à Doha le droit de copier ou d'importer des médicaments génériques pour leur politique de santé publique, mais, de facto, ils ne peuvent utiliser ce droit, en raison des mécanismes juridiques très contraignants qui ont été fixés sous la pression des laboratoires pharmaceutiques. Ces obstacles doivent être levés et la France doit s'engager à soutenir effectivement l'accès aux médicaments des pays pauvres. Mais les médicaments seuls ne peuvent suffire. Sans médecins pour les dispenser, sans réseaux de santé, ils n'atteindront pas les malades et l'on ne pourra endiguer l'épidémie de sida. De ce point de vue, comment ne pas être alarmé par l'extraordinaire proportion de médecins formés en Afrique qui exercent en Europe. Cette proportion atteint 30% dans certains pays. Le projet d'immigration choisie défendu par le candidat de l'UMP va aggraver cette tendance et, je le dis avec gravité, contribuer à affaiblir des systèmes de santé déjà fragiles.

Je propose pour ma part d'agir en responsabilité en ne pillant pas les ressources humaines qui sont vitales pour ces pays. Je propose, à l'inverse, de faciliter les allers et retours des médecins d'origine africaine afin qu'ils puissent exercer dans leur pays d'origine et participer à la formation de jeunes médecins tout en conservant des connections en France leur permettant de poursuivre l'approfondissement de leurs compétences. Plus largement, je proposerai de renforcer les moyens affectés à la santé en encourageant la constitution d'un fonds public mondial pour la santé de base.

Une deuxième condition au développement c'est de pouvoir valoriser ses atouts économiques. Cela suppose des moyens importants. Les budgets des États restent lourdement affectés par le remboursement de la dette accumulée dans les années 1980 malgré les premières vagues d'annulations. Il conviendra d'achever ce processus de désendettement.

S'il faut aider les Etats, il faut aussi soutenir les familles. Le micro-crédit est une voie pour permettre aux Africains de financer leurs projets de développement: l'extension des réseaux de micro-crédit dans les campagnes où ils sont encore peu présents doit permettre à de nombreuses familles de sortir de la pauvreté. L'Afrique possède de nombreuses richesses, mais celles-ci sont le plus souvent surexploitées par des groupes étrangers. Il s'agit donc de promouvoir en Afrique des filières d'excellence durable reposant davantage sur les populations. Je pense au coton dont l'Afrique est un producteur de qualité mais qui est déprécié sur les marchés internationaux en raison notamment des subventions américaines: il faudra porter cette question avec plus de force dans le cycle de négociations de l'OMC. Je pense aussi aux énergies renouvelables - et à l'énergie solaire en particulier - qui permettent notamment dans les zones rurales, d'apporter de l'énergie à des coûts raisonnables pour la fourniture de services essentiels. Je pense enfin à la promotion du commerce équitable dont nous devons valoriser les débouchés sur le marché français.

Pour financer ces nouvelles opérations de développement durable, il est avant toute chose nécessaire d'optimiser l'utilisation des moyens actuels disponibles, pour éviter les gaspillages et nous assurer que les ressources seront mises effectivement à disposition de ceux qui en ont le plus besoin. Comme je l'ai mentionné plus haut, cette optimisation de l'utilisation de l'aide publique passe par la clarification du rôle des différents acteurs et par la recherche de synergies avec les instruments européens.

Je souhaite que notre nouvelle politique de co-développement s'appuie plus directement sur les acteurs de terrains. Dans ce cadre, je propose de rénover nos méthodes de coopération notamment en valorisant davantage le travail des ONG en portant à 5% comme c'est le cas ailleurs en Europe le pourcentage de l’aide française qui sera mise en oeuvre par leur canal. Ne privatisons pas l'aide publique au développement, rationalisons le dispositif français de coopération encore trop éclaté ! Mobilisons davantage la coopération décentralisée, qui permet à des collectivités françaises de collaborer directement avec des collectivités africaines, car, au-delà des transferts d'argent, c'est aussi de capacités d’action autonomes dont les pays africains ont besoin. Mobilisons davantage les migrants et leurs compétences ! Mobilisons les jeunes qui souhaiteront effectuer un service civil à l'étranger ! Dans ce domaine de la coopération, comme dans bien d'autres secteurs, la France devra aussi contribuer à renforcer les politiques européennes pour une solidarité plus efficace et une contribution plus significative au développement durable du continent africain.

Enfin, au delà de cette optimisation des moyens et des politiques, je veux aussi que nous réfléchissions à une taxation des transactions financières pour accroître le financement du développement. Enfin, conformément au projet du PS, nous porterons progressivement le montant de l'aide publique à 0,7% du PlN, pour remplir les engagements internationaux qui ont été trop longtemps bafoués.

Je crois possible de mettre fin au désordre créé par des décennies de politique clientélistes en Afrique, des politiques bien peu responsables au regard des besoins des sociétés africaines et des volontés de solidarité des citoyennes et citoyens français. Pour cela, nous devons être fermes sur la défense des droits de la personne humaine, innovants en matière de développement. Nos objectifs doivent être explicités et nos méthodes transparentes. Ce sont les positions que je défendrai au cours de cette campagne pour rénover la politique de la France aux côtés de l’Afrique. Ce sont les orientations que je mettrai en oeuvre si je suis élue.

Le texte de Mme Royal répondait à un appel lancé, dans nos colonnes le 14 décembre dernier, par Jean-Marie Fardeau, Secrétaire général du CCFD (Comité catholique contre la Faim et our le Développement)..

Voici le commentaire de M. Fardeau au texte de Mme Royal

La réponse de Mme Royal à ma lettre ouverte sur la nécessité d’un changement radical de la politique de la France en Afrique est un signe encourageant d’engagement. Mme Royal se prononce en effet clairement sur plusieurs questions chères au CCFD, qui sont portées, en vue des élections, par la campagne « État d’urgence planétaire, votons pour une France solidaire » : examen par le Parlement des accords de défense liant la France et des pays africains, création d’une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales, engagement de faire transiter 5 % de l’aide publique au développement par les ONG, exigence, pour les entreprises exploitant des ressources en Afrique, de déclarer ce qu’elles versent aux autorités de ces pays… Je m’en réjouis bien entendu. Sur plusieurs questions - dette, taxation des transactions financières, règles commerciales mondiales… -, nous attendons des engagements plus précis. Le dialogue va donc se poursuivre, comme c’est le cas avec tous les candidats que nous avons interpellés. La France et tous ses citoyens sortiront grandis de ce débat démocratique sur ses relations avec l’Afrique »




[1] Dans mon article : Intellectuels africains et négro-africains, réveillez-vous.