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Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
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LA PRESIDENTIELLE A L'HEURE DECISIVE

Par Olympe BHÊLY-QUENUM





A Villers-au-Bois (Pas-de-Calais), le mensonge de Sarkozy montrant du doigt les « médecins béninois plus nombreux en France qu’au Bénin » a trouvé une solution dans l’acte de racisme caractérisé et criminel dont a été la victime un médecin d’origine béninoise de nationalité française. Il faudrait n’être jamais allé au Bénin, ex-colonie française, pour ignorer que seulement à Cotonou où grouillent environ 1.500.000 habitants, il y a plus de 400 médecins béninois dont plusieurs sont propriétaires d’une clinique ; y aurait-il plus de 400 médecins béninois en France ? Subodorant la délation et la discrimination raciale dans le mensonge, j’avais rétorqué sur Internet : « Ces médecins sont français ; certains sont nés français avant que Monsieur Sarkozy soit devenu français ; les grands-pères, pères et oncles de plus d’un d’entre eux avaient fait des guerres qui n’étaient pas celles des Nègres, ceux qui y sont zigouillés l’ont été à merci. »

A Bamako le président de l’UMP a déclaré sans ambages: « La France, économiquement, n’a pas besoin de l’Afrique. Les flux entre la France et l’Afrique représentent 2% de notre économie. »



Outre le mépris, c’était aussi la négation même de ce que l’Afrique a dû apporter et peut encore proposer à la France : en 1952, j’avais su -en lisant Histoire de l'Europe- qu’après les accords de Munich, la France affaiblie n’aurait jamais pu se maintenir parmi les grandes puissances, sans ses colonies en tant qu’alliées ; qu’en 2006 -l’inculture ou la mauvaise foi aidant- Monsieur Sarkozy eût proféré un mensonge, des inepties et une insulte face à des Africains dans leur pays m’a fait remémorer cette assertion du philosophe juif Emmanuel Levinas : « Revenir à soi, ce n’est pas s’installer chez soi, fût-on dépouillé de tous acquis ; c’est, comme un étranger, être pourchassé jusqu’à chez soi, contesté dans son identité et dans sa pauvreté même. »[1]



Oui, Monsieur Nicolas Sarkozy a pourchassé les Nègres jusqu’à chez eux. Fils d’immigré en France après nombre d’Africains citoyens français, manquerait-il de lectures ? Si c’en était le cas, c’est le lieu de souligner la déclaration du très regretté Président François Mitterrand clôturant la Conférence des Prix Nobel réunie à Paris :

« Je sais bien qu’il n’y a pas d’arithmétique du malheur, mais puisqu’il s’agit de chiffres, je voudrais évoquer le problème de la dette du Tiers- Monde, et d’abord le terrible constat : ce ne sont pas les pays du Nord qui contribuent à financer les pays du Sud, mais l’inverse. La Banque Mondiale vient de le confirmer : en 1987, comme en 1986, les « transferts nets » des pays du Sud vers les pays du Nord ont atteint près de 30 milliards de dollars. »



En 1994 - réunion du Groupe des Sept pays les plus industrialisés- le même Président Mitterrand, qui avait personnellement répondu à une de mes lettres, stigmatisant derechef l’échange inégal entre le Nord et le Sud ainsi que l’augmentation de l’endettement du Sud, malgré l’importance des remboursements, devait déclarer :

« Vous savez qu’en dépit des sommes considérables affectées aux aides bilatérales et multilatérales le flux des capitaux qui viennent d’Afrique vers les pays industriels est plus important que le flux des capitaux qui vont des pays industriels vers ce continent. »



Ecrivain africain francophone, il ne me déplairait pas que l’ex-ministre d’Etat Nicolas Sarkozy réfléchisse à mes propos que voici qu’un grand quotidien de l’Hexagone a déjà refusé de publier : après l’indépendance des pays africains dont « la France, économiquement, n’a pas besoin », la cote de la langue française longtemps lourdement en berne dans les organisations internationales, y a fait des pas de géant sans jamais inquiéter la langue de Shakespeare ; « la question de la langue devrait primer la question économique »[2], écrivit Joyce ; eh bien ! et si les Nègres francophones cessaient de parler français? Et si ceux d’entre nous qui maîtrisent aussi bien l’anglais que le français décidaient de s’exprimer en anglais dans les séminaires, symposiums, colloques où les deux langues sont utilisées? Et si, Africains francophones, nous apprenions le kiswahili, langue officielle de l’Union africaine, afin de nous entendre entre nous? Monsieur Sarkozy s’apercevrait-il que la France n’avait pas besoin de l’Afrique ? C’est un défi qu’il serait opportun qu’il relève dans sa campagne électorale.



Autre chose m’inquiète chez cet homme depuis que j’ai lu dans Le Monde (13/01/07) : « A l’occasion de la prochaine discussion du projet de loi sur le droit au logement opposable, Nicolas Sarkozy a estimé que s’ « il va de soi que les sans-papiers ne doivent pas y avoir accès », il a ajouté : « Je ne souhaite pas non plus que tous les étrangers en situation régulière y aient droit. »



Une telle déclaration connote la xénophobie, l’exclusion, le rejet de l’autre, voire le racisme et je me demande : comment en est-il arrivé à ne plus penser qu’il est avant tout un génétiquement étranger naturalisé français, comme, génétiquement, je suis un Africain né sujet français avant de devenir citoyen français sans avoir jamais demandé à l’être ? Citoyen français, professeur de lettres en Normandie affecté dans un lycée de la région parisienne, le délit de faciès faisait de moi un étranger à qui des propriétaires refusaient de louer leurs logements pourtant déclarés libres ; c’était en 1958 ; plus tard, mes enfants, métis de mère normande, nés en Normandie, ont connu le même rejet ; il arrive à nos petits-enfants aussi d’en vivre l’expérience ; qu’en sera-t-il de nos arrière-petits-enfants de père maghrébin né français ? La reproduction par scissiparité est enseignée en botanique ; le souhait de Monsieur Nicolas Sarkozy ne ferait-il pas de nos descendants des « étrangers en situa­tion régulière » qui n’auraient pas droit au logement sur la terre de leur grand-mère et arrière-grand-mère où ils étaient nés ?

*

Qui est Monsieur Bayrou dont je n’ai rien lu avant qu’il soit candidat à la Présidentielle ? Dénonçant depuis des lustres l’ostracisme dont les moyens d’information de l’Hexagone frappent la plupart des écrivains négro-africains, j’ai découvert que Monsieur François Bayrou avait fait mieux ; voici la preuve empruntée à un opuscule :



« Il n’y a pas de tradition autocritique de l’intelligentsia française. Plus récemment, elle s’est acharnée sur Césaire et Fanon, les deux grands Antillais qui se sont sentis Africains. Quand enfin le Discours sur le colonialisme de Césaire[3] a été mis au programme des classes de terminale littéraire en 1994, le député Alain Griotte­ray a interpellé le ministre de l’Éducation nationale François Bayrou, s’étonnant «qu’une œuvre aussi résolument politique […] osant comparer nazisme et colonialisme soit inscrite au programme de français des terminales». Du coup Césaire, qui devait rester deux ans au programme, en a disparu par un discret décret ministériel de Bayrou de fin juillet 1995. Réac­tion des intellectuels français: zéro. Seul un petit entrefilet du Canard enchaîné souligna cet événe­ment culturel pourtant majeur. Les levées de boucliers sont réservées à la défense de la liberté d’expression d’un Houellebecq. »[4]



Incroyable ! Inouï ! Aimé Césaire rayé du programme ! Aimé Césaire ostracisé. Je ne commenterai pas la citation ci-dessus mais je voudrais rapporter un fait : en 1995 ou 1996, une ancienne condisciple de l’université de Caen, agrégée de lettres et amie qui m’a retrouvé dans le Midi, m’a téléphoné et invité « à plancher sur Discours sur le colonialisme, dans ma classe de terminale » ; je me suis replongé dans les 70 pages de l’extraordinaire opuscule d’une facture exceptionnelle que j’avais lu et relu quarante ans auparavant ; quel bonheur que de se sentir rajeunir ! Les mots et phrases soulignés, les annotations dans les marges m’ont fait revivre le militantisme auquel m’avait comme initié Césaire avant notre rencontre, plus tard, en compagnie d’Alioune Diop[5] ; et nous voilà parlant de littérature, de politique, d’Afrique, etc.

Autant pour satisfaire le désir d’une amie normande, Française bon teint, que pour faire découvrir à ses élèves un très grand écrivain négro-africain, j’ai lu et analysé des pages du magnifique Discours sur le colonialisme dans la salle pléthorique du lycée privé dont j’étais l’hôte : choix et poids des mots parfois rares, rythme des phrases dans la confrontation avec les promoteurs du colonialisme ; beauté de la langue française quand la négritude en la maîtrisant la fait sienne et l’arme de son combat pour embraser le monde ; subtilités, ruses et pièges de la syntaxe. Voilà Aimé Césaire, le Français né basané dont une des œuvres majeures fut bannie du programme par Monsieur François Bayrou, ministre de l’Education nationale française…



J’ignore si Messiers Bayrou et Sarkozy connaissent la littérature négro-africaine mais je suis convaincu que Discours sur le colonialisme est un ouvrage pérenne que leurs enfants et petits-enfants n’auront ni peur, ni honte de lire ; je voudrais, enfin, attirer l’attention des deux candidats sur une interview de l’ancien Député-Maire de Fort de France pendant un demi-siècle, auteur de poèmes mondialement traduits et de pièces de théâtre jouées aussi bien à la Comédie française qu’en Afrique et ailleurs dans le monde :



« La III è République a inventé une doctrine que nous avions tout à fait adoptée. C’était la doctrine dite de l’assimilation, qui consistait, pour être civilisé et ne plus être un sauvage, à renoncer à un certain nombre de choses et à adopter un autre mode de vie. L’assimilation, ça signifie l’aliénation, le refus de soi-même. C’est terrible »[6] - déclara-t-il- et ajouta : « Liberté, Egalité, Fraternité : très bien. Mais pourquoi n’a-t-on jamais vu pour nous la fraternité ? Nous ne l’avons jamais eue. Nous avons la liberté, comme on peut l’avoir dans le monde. Il y eut un effort pour l’égalité. Mais la fraternité, où est-elle ? Je crois qu’on ne pourra jamais l’avoir, la fraternité. Si tu ne me reconnais pas, pourquoi veux-tu que nous soyons frères ? Moi, je te respecte, je te reconnais, il faut que toi tu me respectes et me reconnaisses. Et là, on s’embrasse. C’est ça, pour nous, la fraternité. »

*

Que dire de Ségolène Royal, candidate du Parti socialiste pour qui ma femme et moi avons voté au moment opportun ? Elle a écouté et écoute ce que des Africains continuent de lui écrire ; des preuves s’exfiltrent de ses déclarations au Sénégal, Martinique, Guadeloupe, voire à Villepinte où nous étions nombreux au rendez-vous. Une interview de Paul Quilès parue dans Libération n’a pas fait mystère de l’obsolescence de nombre des Accords de coopération entre la France et les Etats africains et malgache d’expression française dont la révision des fondements de plus d’un article, voire l’abrogation, est d’une nécessité drastique. A l’émission de TF 1, la candidate du PS a parlé d’or quand elle a eu dénoncé l’exploitation des matières premières du contient africain qu’on appauvrit ; un Monsieur, à coup sûr de la coterie FrançAfrique, n’a pas pu s’empêcher de grommeler : « je vous en prie…je vous en prie ! »

De Ségolène Royal qu’on lise donc texte intitulé Coopération avec l’Afrique pour se rendre à l’évidence, avec certitude, que de tous les candidats, elle seule est de l’essence et du tissu du Président de la République française qui - avec ou sans la complicité des compradores africains - ne fera pas ourdir des réseaux tous azimuts afin de ruiner davantage l’Afrique dite indépendante et la faire ramper dans les arcanes des bâilleurs de fonds. .




[1] Entre-nous. Essais sur le penser-à-l’autre.

[2] James Joyce : Ulysse, édits Gallimard .

[3] Edits Présence Africaine, Paris 1955. 4 Au mépris des peuples, François-Xavier Verschave et Philippe Hausser ; édits La fabrique.

[4] Fondateur de Présence Africaine.

[6] Revue Lire n°326, juin 2004.