L'AFRIQUE NOIRE MAL PARTIE |
LAFRIQUE NOIRE MAL PARTIE
SOLIDEMENT ENTREE DANS LHISTOIRE EN CÔTE DIVOIRE.
Par Olympe BHÊLY-QUENUM
Lecteur assidu de la presse anglo-saxonne, jaccumule les informations de plusieurs sources, y ajoute celles des journaux et blogs africains et français, les compare, en fais la synthèse, mexprime, prends position et ne fais jamais machine-arrière tant que les faits ne my obligent pas. Le diktat de Monsieur Sarkozy dès le début du cas de la Côte dIvoire mavait ramené à son discours de Bamako et à son infâme allocution de Dakar.
Pourchassant les Nègres jusquà chez eux, il avait péroré à Bamako :
« La France, économiquement, na pas besoin de lAfrique. Les flux entre la France et lAfrique représentent 2% de notre économie ».
Jai répliqué1 en me référant au président François Mitterrand qui avait déclaré en clôturant la Conférence des Prix Nobel réunie à Paris :
« Je sais bien quil ny a pas darithmétique du malheur, mais puisquil sagit de chiffres, je voudrais évoquer le problème de la dette du Tiers- Monde, et dabord le terrible constat : ce ne sont pas les pays du Nord qui contribuent à financer les pays du Sud, mais linverse. La Banque Mondiale vient de le confirmer : en 1987, comme en 1986, les « transferts nets » des pays du Sud vers les pays du Nord ont atteint près de 30 milliards de dollars. »
En 1994 - réunion du Groupe des Sept pays les plus industrialisés- le même président de la République française stigmatisa en ces termes léchange inégal entre le Nord et le Sud ainsi que laugmentation de lendettement du Sud, malgré limportance des remboursements :
« Vous savez quen dépit des sommes considérables affectées aux aides bilatérales et multilatérales le flux des capitaux qui viennent dAfrique vers les pays industriels est plus important que le flux des capitaux qui vont des pays industriels vers ce continent. »
Treize ans plus tard, élu président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, lors dun voyage dEtat au Sénégal, prononça, le 26 juillet 2007 à luniversité Cheikh Anta Diop, son allocution truffée de résurgences racistes héritées de Maurice Barrès doù sexfiltraient aussi celles de Hegel ; lAfrique tout entière était piétinée par des propos dont celui-ci provoqua la colère de la Négritude :
« Le drame de lAfrique, cest que lhomme africain nest pas assez entré dans lhistoire. »
Cest le lieu de souligner que le cas de la Côte dIvoire a été décidé par un diktat néocolonial -Deus est machina -dans un État souverain ; limplacable fonctionnement du mécanisme a justifié la politique africaine du président Sarkozy ; à lévidence, lAfrique francophone est solidement entrée dans lhistoire en Côte dIvoire.
À lexception du président José Eduardo dos Santos, de la République dAngola, les chefs dEtat de lUnion africaine auront collaboré à cet événement en se comportant comme aux ordres de leur homologue français.
LAfrique noire est mal partie est le titre dun ouvrage de René Dumont2 ; on ne serait guère pessimiste, ni Cassandre en déclarant en 2011 : telle une vieille fille qui ne veut ni quitter le domicile de ses parents, ni être sevrée, lAfrique noire, après 50 ans dindépendance, ne prend pas son essor.
Je ne connais ni Monsieur Gbagbo, ni Monsieur Ouattara ; octogénaire sans fortune, je nai aucun bien où que ce soit dans le monde, y compris le Bénin, mon pays natal où la forfaiture a fait réélire un failli ; mais je pose deux questions : les chefs dEtat de lUnion africaine qui ont obtempéré au diktat de Monsieur Sarkozy, ami de 20 ans de Monsieur Ouattara, ont-ils lu larticle de la Cour constitutionnelle de Côte dIvoire auquel se référait Monsieur Gbagbo ? Dans laffirmative, pourquoi nont-ils pas désiré sa mise en application ?
Ecrivain africain politiquement engagé qui, depuis 1949, na jamais retourné sa veste, ma décision de mexprimer dans le cas de la Côte dIvoire était renforcée par des appels et sollicitations dEburnéens qui se sont souvenus de moi, les uns, comme lecteurs de mes ouvrages ou articles, les autres, pour mavoir « découvert pendant une tenue »3. De toutes les prises de position que javais lues avant de mexprimer, je souligne celle du juriste Albert Bourgi cité dans mon regard sur le cas de la Côte dIvoire et pose une autre question : pourquoi les chefs dEtat de UA nont-ils pas voulu prendre en considération les faits que voici :

Tribune. Côte d'Ivoire : interventionnisme sous couvert de communauté internationale.
Par Albert Bourgi Professeur 28/12/2010 - 12H12.
« Jamais dans l'histoire des relations franco-africaines, une crise n'aura soulevé autant de parti pris mediatico politique en France que celle que vit la Côte d'Ivoire depuis bientôt une dizaine d'années.
« Aujourd'hui, comme hier en septembre 2002, lors du déclenchement d'une rébellion militaire ouvertement soutenue, voire totalement planifiée par un Chef d'État voisin, Blaise Compaoré, et fait inédit en Afrique subsaharienne, coupant le pays en deux, l'opinion publique africaine et internationale s'est vue servir une interprétation unilatérale, voire tronquée, des événements.
« Et pour couronner le tout, voire pour conforter le courant d'opinion, la position officielle française s'est réduite à accabler le Chef de l'État ivoirien, Laurent Gbagbo, à voir en lui le seul responsable de la rébellion qui a provoqué la partition du pays, et aujourd'hui, de la crise post électorale.
« Or dans l'un et l'autre cas, hier avec Jacques Chirac, aujourd'hui avec Nicolas Sarkozy, selon des méthodes différentes, l'objectif est le même : évincer coûte que coûte Laurent Gbagbo du pouvoir, et préserver la cohésion du pré carré français en Afrique.
« C'est de ce registre international qui s'est grossi de « groupes internationaux de contact » que le pouvoir français est parvenu à faire avaliser les coups d'État perpétrés en Mauritanie en 2008, et à Madagascar, et mieux encore à faire élire, avec le soutien de la prétendue communauté internationale, le général mauritanien, Mohamed Abdel Aziz.
« Cette nouvelle forme d'intervention sous couvert de la légalité internationale et d'actions concertées entre les différentes institutions internationales, a incontestablement atteint sa maturation en Côte d'Ivoire, du coup d'État manqué du 19 septembre 2002 et de ses suites diplomatiques (la Conférence de Kléber en janvier 2003) à ce qu'il faut bien appeler un coup de force électoral de décembre 2010, orchestré par le représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU.
« Le passage en force de ce dernier, entouré pour l'occasion des ambassadeurs français et américains en poste à Abidjan, pour entériner définitivement les résultats « provisoires » proclamés par le Président de la Commission électorale, au siège du candidat déclaré « élu », et cela au titre d'un pouvoir de « certification » dont il disposerait, renvoie à une pratique totalement inédite dans l'histoire des Nations Unies.
« Jamais l'ONU n'a outrepassé de telle manière son mandat, y compris au Timor oriental, au Kosovo, en République démocratique du Congo, pour ne citer que ces exemples. Faisant fi des institutions d'un pays souverain, membre des Nations Unies depuis cinquante ans, et ne se donnant pas le temps de permettre à la Commission électorale de débattre des contestations soulevées au cours des délibérations, Monsieur Choi a incontestablement cédé aux pressions de certains pays, dont et surtout la France représentée en Côte d'Ivoire par un ambassadeur dont le parcours professionnel est un parfait condensé de la Françafrique.
« En brandissant l'argument de la communauté internationale, et en se prévalant d'un processus électoral sur lequel pèse des suspicions très lourdes et à terme graves de conséquences pour la stabilité de la Côte d'Ivoire, Nicolas Sarkozy s'inscrit dans la droite ligne d'une politique néocoloniale de la France, dont les métastases se trouvaient déjà dans le discours raciste qu'il a prononcé à Dakar en juillet 2007.
« A chacune des étapes de cet interventionnisme français, le mode opératoire est identique : mettre en avant les organisations régionales africaines au sein desquelles siègent les Chefs d'État adoubés par la France et dont la traduction la plus parfaite est incarnée par d'anciens auteurs de coups d'État reconvertis à la pseudo démocratie, à l'image d'un Blaise Compaoré ou d'un Faure Gnassimbé Eyadéma, et user de son influence aux Nations Unies, particulièrement au Conseil de sécurité.
« La crise post électorale en Côte d'Ivoire illustre à l'évidence la perpétuation de la politique d'ingérence de la France en Afrique, qui tout en ne prenant plus les formes caricaturales d'actions militaires directes destinées à maintenir l'ordre intérieur au profit de « présidents amis », n'en aboutit pas moins aux mêmes résultats que naguère.
« Quelle communauté internationale ? Cette politique interventionniste de la France s'adosse désormais à la notion ambiguë de communauté internationale, pour instrumentaliser les dispositifs internationaux de règlement des conflits que ce soit à l'ONU, à l'Union Européenne, à l'Union Africaine ou à la CEDEAO, au sein desquels elle dispose d'importants réseaux d'influence, ce qui lui permet de faire passer « ses solutions politiques »
Après larrestation de Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, premier ministre de Ouattara, devait déclarer: « Ce sont bel et bien les FRCI qui ont pénétré dans la résidence et sont allés chercher Laurent Gbagbo dans son bunker. Les forces françaises nont pas pénétré dans la résidence. »
De son côté, ès qualités porte-parole dAlassane Ouattara, Mme Anne Ouloto mit son grain de sel dans la jarre de mensonges : « Il a été encerclé et capturé par les FRCI. Lui-même voulait se rendre ».
Et Albert Bourgi de rebondir comme on a pu le lire dans LHumanité (12/04/11) :
« Ce sont bien les forces françaises qui lont capturé. Attribuer cette arrestation au FRCI relève de la mise en scène. Dailleurs, lappui de la France à loffensive militaire des pro-Ouattara a été total, décisif, permanent. Jamais, depuis 1960, on na assisté à une telle intervention en Afrique. »
LAfrique francophone est ainsi dans un piège dont le démontage des rouages mavait valu une discussion courtoise mais sans concession avec Jacques Foccart : chef de cabinet du ministère de lIntérieur, Maurice Ligot mavait envoyé « Les Accords de coopération entre la France et les Etats africains et malgache dexpression française »4 ouvrage préfacé par Jacques Foccart à qui mon analyse na pas eu lheur de plaire ; aussi me fit-il appeler parce quil voulait me voir ; je refusai en précisant que personne ne dispose ainsi de lAfricain que je suis ; mon oncle Maximilien QUENUM5 qui me semblait un de ses conseillers, intervint quelques jours plus tard et jacceptai linvitation de Monsieur Foccart ; Monsieur Afrique, il ne comprenait pas mon « pessimisme », mes « mises en garde », mes « craintes de ce que vous considérez comme des pièges »
Près de 20 ans après cette rencontre, Paul Quilès, PS, ancien ministre, devait souhaiter la toilette des Accords ; quà cela ne tienne, malgré leur obsolescence, certains Accords favorisent la Françafrique dont les trames sont renforcées par la politique africaine de Nicolas Sarkozy ; il faut ici souligner le constat de plusieurs observateurs internationaux :
« la résolution 1975 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 30 mars 2011 à lunanimité, na pas été respectée strictement »6; dautre part, le président de la République française a outrepassé lAccord dassistance militaire technique entre la Côte dIvoire et la France.
Arrivé en France en 1948 quand Vincent Auriol était président de la République, je nai jamais vu aucun des prédécesseurs de Monsieur Nicolas Sarkozy se comporter avec lAfrique et les Africains comme il en a pris lhabitude ; il en va peut-être ainsi parce que des chefs dEtat africains pleutres ont peur de leur peuple. Mais jinterroge, urbi et orbi : combien dintellectuels africains sont capables de faire preuve du courage mâle dAlbert Bourgi, professeur de Droit? On rampe, on ploie léchine, on évoque le devoir de réserve : on a peur de ne plus plaire à la vieille douairière ex-Mère Patrie. Indignation et Révolte enterrées, aux ordres de la Françafrique, intellectuel compradore, courtisan en quête de décorations prestigieuses quon achète afin de satisfaire à sa vanité quand rien ne pouvait prouver quon avait été utile à la France pour quelle témoigne sa reconnaissance, on cadence une danse dépouvantail.
Une tragédie politique a-t-elle poussé la Côte dIvoire au bord dun abysse ? La forfaiture quest la réélection au premier tour de Monsieur Thomas Boni Yayi aurait-elle pu déclencher un drame ? Lex-Quartier latin de lex-AOF est-il désormais déchu dune telle mention? Circulez ! Rien à cirer ! Usé jusquà la corde, nuisible à son pays, mieux vaut acquérir une prestigieuse décoration de lex-Mère Patrie.
Jai récemment révélé à la diaspora béninoise en France cette anecdote dont se font lécho celle des USA et dailleurs : Yaga, ma grand-mère maternelle, était originaire dAbeokuta (Nigeria) ; en me racontant les luttes de son père et de son grand-père, « grands dignitaires Ogboni »7, elle précisait qu'ils disaient: « Quand on aime sa terre natale, quand on ne hait pas le sol où reposent les os de ses ancêtres, il faut, soi-même, se comporter de telle sorte qu'après ta mort, le peuple te regrette au lieu de te haïr. »
Je dis en pensant à la Côte dIvoire : « A quel terme s'arrêteront-ils ? Où se terminera cette suite horrible de meurtres et de vengeance ? »8
Je souhaite que ni par haine ni par vengeance on nintente à la vie de Laurent Gbagbo ; quà lui-même ni aux siens on ne fasse subir le sort de Patrice Lumumba et quen retrouvant la Paix, la Côte dIvoire indépendante ne soit pas un pays aux ordres dune puissance étrangère.
Olympe BHÊLY-QUENUM
1 Cf. rubrique Politique de mon cite : www.obhelyquenum.com
2 Edts Seuil 1962 ; à la demande dHubert Beuve-Mery, fondateur du quotidien Le Monde, Georges Chaffard, rédacteur en chef du magazine La Vie africaine, me le présenta ; il sagissait de faire la critique du brûlot de René Dumont ; je crois que cest Le Monde diplomatique qui a publié mon texte.
3 Réunion de Francs-Maçons.
4 La Documentation française, 1964.
5 ,Auteur de Au pays des Fons, lauréat de lAcadémie française en 1939, et des ouvrages tels que : Afrique noire, rencontre avec lOccident, Trois légendes africaines, Les ancêtres de la Famille Quenum.
6Début mars, message dun diplomate africain à lONU: « Merci très cher Grand Frère dacquiescé aux sollicitations des Frères dAbidjan ; ici, plusieurs subodorent chez Ben Ki-moon un parti pris anti-Gbagbo et déplorent la lâcheté de lUA qui semble sous influence ; que vaut Ping ?»
7 Société secrète initiatique.
8 Eschyle : LOrestie.