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Olympe BHÊLY-QUENUM'S WORKS DESERVE TO BE KNOWN
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MESSAGE AUX FEMMES DU BENIN.

MESSAGE AUX FEMMES DU BENIN1.

 

Par Olympe BHÊLY-QUENUM

 

Dans LETTRE A ROSINE VIEYRA SOGLO j'ai écrit:

 

« Il y a plus d’un demi-siècle, j’avais lu et relu Lysistrata qui m’avait beaucoup amusé ; mais il n’en est plus question dans les combats des femmes du XXI ème siècle ; d’autre part, aucun spécialiste de l’Histoire de notre pays, fût-il révisionniste, n’oublie de souligner de quelle nature étaient les femmes nommées Amazones ; puisqu’il en existe une Armée dans la République du Bénin, je les supplie de s’avérer dignes de leurs ancêtres de l’Armée du roi Ghézo en s’érigeant en Armée de désobéissance pour manifester aussi leur indignation face à un chef d’Etat indigne de leur pays. Sans aucun instrument contondant, joignez-vous à toutes les femmes et jeunes filles du pays et descendez dans les rues massivement. »

 

Je salue aujourd’hui les femmes de notre pays de s'indigner vivement contre le déni de démocratie et la mainmise de Monsieur Thomas Boni Yayi sur le Bénin; je les soutiens, les invite à ameuter par milliers les Béninoises en les encourageant à descendre dans toutes les rues du pays, à marcher sur le palais de la Marina; aucun policier, aucun gendarme, aucun soldat n'osera tirer sur vous! Faites comme nos grands-mères qui savaient JÈ MÀ quand la situation l'exigeait.

Il y onze ans j'ai publié un ouvrage dont un chapitre XXI est sur mon site depuis 2001; vous pouvez le lire, mais pour aller vite,je vous l'offre ici: c'est l'insurrectiion que j'attends de notre pays face à la FORFAITURE que le Conseil constitutionnel entériner! Ce n'est plus le néocolonialisme, mais une coterie de Béninois qui va au-devant de la Françafrique.

 

L’INSURRECTION DANS C’ETAIT A TIGONY

 

4ème page de la couverture du livre :

 

« Une phrase d'Aristote déclenche au cœur de ce roman une exitation sensuelle, tandis que la foule descendue dans les rues de Wanakawa manifeste en faveur des droits sociaux. Le tocsin se met à tinter, l'angoisse s'empare du pays.

 

« C'était à Tigony est dans une région que l'auteur semble bien connaître.Les principaux protagonistes sont une géophysicienne et son mari mutés en Afrique, un jeune Africain vendeur de journaux, l'envoyé permanent d'un grand quotidien et une Ethiopienne qui déclame en hébreu le Cantique des Cantiques et la Haggadah. La découverte d'une mine d'or et son exploitation par un consortium international fait prendre conscience que les richesses du sous-sol et du sol du pays ne devraient pas être au seul bénéfice de l'Occident. Tandis qu'une sourde tragédie s'amorce au pied de la mine, les droits sociaux gagnent du terrain. Dans C'était à Tigony, Olympe Bhêly-Quenum pose l'un des problèmes cruciaux du continent. »

 

CHAPITRE XXI

 

« LE GLAS SE MIT à tinter dans Tigony, les prêtres sursautèrent et s’interrogèrent du regard ; un masque d’angoisse apparut sur les visages ; toutes les cloches de Wanakawa entraient en branle ; la foule retenait son souffle.

- Seigneur !... Pourquoi ça ? dit à voix basse en se signant une religieuse en civil.

- Qu’est-ce qui se passe ? se demandait-on en s’adressant à soi-même ou à son voisin.

- Il y a quelque chose de faisandé dans notre pays, peu importe, rien ne désarmera notre sang-froid ; une rumeur se propage : l’ex-ministre Dibiliki Kirinikoïyé se serait suicidé, découvert à genoux, la tête dans le réceptacle d’un wc rempli d’eau ! déclara Maïliki.

 

Une agitation difficile à maîtriser donnait l’impression que le pays tanguait. À Séikaniko, fief du « suicidé », une révolte dévia le gros des manifestants vers la sous-préfecture aussitôt mise à sac, arrosée et incendiée avec des estagnons d’essence pris à des stations de distribution. Á Mariénaoïje, ville natale du chef de l’Etat, des cocktails molotov atterrirent sur une aile de son domicile familial en permanence sous une surveillance exceptionnelle. Les flammes prenaient d’assaut le palais quand le service de protection abattit sans sommation quatre individus soupçonnés d’avoir « balancé des projectiles. »

 

À Katakaranigny, région d’origine de sa mère où, hormis quelques irréductibles adversaires, une sorte de plébiscite l’avait fait député pendant vingt-cinq ans avant son élection à la tête de l’État, un immense fourmillement de chenilles velues s’attaquait depuis une semaine aux champs de sorgho, de mil, aux feuilles de manioc et aux épinards, laissant sur leur passage un sinistre paysage désertique. Les paysans en désarroi attribuaient dans leurs lamentations l’événement à « l’incompréhension du président et à sa sourde oreille face aux doléances. »

 

Surpris dans leur sieste par les détonations, ses parents eurent la vie sauve en fuyant nus ; « la Vieille » tomba, son mari la releva dare-dare et ils couraient haletants d’angoisse.

- Ils ne vont pas nous tuer ! Ils ne vont pas achever deux vieux ! gémissait-elle.

- Tais-toi donc Ichininguy ! Nous sommes les parents de l’homme qui règne sans partage sur ce pays devenu fou ! Ils nous assassineront sans pitié.

Ils aperçurent entrouverte la porte d’une maison et s’y précipitèrent ; les habitants accoururent la fermer derrière eux ; à Mariénaoïje, nul ne forçait une porte close. En traversant la cour, Ichininguy se rendit compte tout à coup qu’elle était nue, plaqua ses mains sur son sexe, baissa la tête et les larmes coulaient de ses yeux clos. On leur apporta, qui un pagne, qui une vieille chemise qu’ils acceptèrent en remerciant leurs hôtes.

 

Kaïninkiniu, frère aîné du chef de l’Etat, courait dans la brousse tel un fauve ; torse nu et en culotte kaki, des insurgés le pourchassaient en criant :

- C’est son âme damnée !

- Faut pas le rater !

- Faut l’avoir !

- Il s’est beaucoup enrichi !

- Lui aussi a stocké à l’étranger !

 

Trois paysans surgis de la brousse le maîtrisèrent ; des poursuivants vinrent à la rescousse, le prirent par les bras et les jambes, le traînèrent vers un marigot non loin de l’endroit, l’y jetèrent et les crocodiles s’attaquèrent à lui qui hurlait.

« Peu de fuyards ont entendu ses cris et appels de voyou en détresse », écrirait Hodi Leo, feuille de choux provinciale.

 

Lourde de tristesse, la voix du président de la République s’étala sur le pays :

 

« Citoyennes, Citoyens ! Très chers Sœurs, Frères et Amis du monde entier présents à Wanakawa, je l’ai promis, je tiendrai parole : les légitimes revendications qui sont les raisons d’être de cette grève unique dans notre histoire seront toutes satisfaites. Je l’ai fait annoncer hier, mais nul n’a répondu à mon invitation qui aurait peut-être évité au pays la tragédie que nous venons de connaître ; je réitère mon appel en demandant aux représentants des manifestations, à ceux des religions traditionnelles, ceux des religions monothéistes officiellement présentes chez nous, à se rendre ce soir même dans la salle des réceptions de la Présidence de la République. J’invite également l’ensemble des chefs de Mission diplomatique et trois ou quatre de leurs collaborateurs à se joindre à nous.

 

« Il y a eu un suicide. Un meurtre par zèle ? Je n’en sais rien, n’ayant jamais, je dis : jamais autorisé rien de tel à qui que ce soit. Ferme, intransigeant quand la raison d’Etat l’exige, je ne suis pas un criminel. Croyez-moi, je déplore au fond de mon âme la mort d’un homme que j’estimais ; des divergences de dernière heure survenues entre nous sont le lot de toute vie politique ; elles ne sauraient justifier une fin si tragique. Je ne crois pas au suicide de mon Ami Hamlikilini Dibiliki Kirinikoïyé. Les assassins, quels qu’ils soient, seront retrouvés et châtiés.

 

« Ma maison familiale a été la proie des flammes ; c’est nus que mes parents ont eu la vie sauve en fuyant. Nus ! Mon frère a été livré aux alligators, d’autres personnes ont été abattues sans sommation. Profondément affligé par ces faits, je les déplore sincèrement. J’aurais aimé que la grève se termine dans l’atmosphère de calme contestation, d’humour, d’amitié même dans laquelle elle a démarré. Elle a dérapé. Nous ne pouvons rien contre la force des choses ; mais je le promets et le dis : désormais « Vous puiserez de l’eau avec allégresse aux sources du salut. »

Vive la République !

Vive l’émergence des Forces démocratiques ! »

 

Tête d’anachorète, tignasse rasta, longue barbe poisseuse et cache-sexe de fakir, un homme dans la foule éberluée d’avoir entendu le chef de l’État évoquer «l’émergence des Forces démocratiques », pointa son index vers le ciel et déclara :

 

« Oui, tu geins Haïnakogninifu

mais Eliphaz de Témân a dit :

« Un homme peut-il être utile à Dieu,

quand un être sensé n'est utile qu'à soi?

Shaddai est-il intéressé par ta justice,

tire-t-il profit de ta conduite intègre ?

Serait-ce à cause de ta piété qu'il te corrige

et qu'il entre en jugement avec toi ?

 

N'est-ce pas plutôt pour ta grande méchanceté,

pour tes fautes illimitées ?

Tu as exigé de tes frères des gages injustifiés,

dépouillé de leurs vêtements ceux qui sont nus ;

omis de désaltérer l'homme assoiffé

et refusé le pain à l'affamé ;

livré la terre à un homme de main,

pour que s'y installe le favori ;

renvoyé les veuves les mains vides

et broyé le bras des orphelins.

Voilà pourquoi des filets t'enveloppent

et des frayeurs soudaines t'épouvantent.

Ou bien c'est l'obscurité, tu n'y vois plus

et la masse des eaux te submerge. »

 

La foule autour de lui qui ne comprenait rien à ses paroles inspirées le regardait en se demandant d’où il venait ; mais certains riaient, tandis que d’autres applaudissaient ; comme le pays s’anuitait et que le ciel ouvrait doucement ses vannes, la manifestation s’éparpilla pareille à une classe en récréation. »





1 Publié pendant la campagne présidentielle 2011, ce texte invitait les Béninoises à manifester dans les rues et à résister à la sirène Thomas Yayi Boni dont la réélection au premier tour de scrutin fut une forfaiture.