POUR LE COMBAT EXEMPLAIRE ET LA VICTOIRE DE SEGOLENE ROYAL. |
Par Olympe BHÊLY-QUENUM*
Dans sa Lettre à un ami africain» adressée à Alioune Diop[1]’, Emmanuel Mounier[2] stigmatisait les Africains «ennemis de leur propre passé... ces renégats qui n ‘arriveront qu’à produire, dans l’écume de quelques grandes villes, de faux Européens, des Européens en contre-plaqué.»
Ces propos datent de plus d’un demi-siècle mais se posent aujourd’hui les questions que voici
1° les Africains qui résident en France, qu’ils aient ou non la nationalité française, devraient-ils se comporter comme des renégats?
2° auraient-ils pour devoir de se taire quand un homme politique ou le citoyen français lambda véhicule des lots de mensonges au sujet des réalités du terrain objectif de leur pays natal?
3° leur devoir serait-il de se sentir tellement français -s’ils ont la nationalité française ou tellement tolérés s’ils ne l’avaient pas - qu’ils ne doivent pas broncher si leur pays natal est insulté, humilié, traîné dans la boue?
4° en l’occurrence, les Africains de nationalité française ou tolérés résidant sur le sol français pouvaient-ils réagir sans être traités d’anti-France ?
Les réponses affirmatives à ces questionnements sont si légion que tout Français bon teint qui pense et dit le contraire est vite taxé de traîtrise s’il n’est pas aussi un ennemi de son pays; nous sommes en France nombre d’Africains qui ont vécu et vivent cette situation que les grands journaux auxquels les descriptions des faits sont envoyées les passent allègrement sous silence.
L’avènement d’Internet permet d’être plus objectivement informé que par les journaux, de s’exprimer aussi, mais combien de personnes en France en disposent ? J’en ai fait le constat le 19 avril 2007 où amis et voisins ont été invités à suivre en direct l’événement qu’était la prestation à Toulouse de Ségolène Royal et de M. Zapatero, Premier ministre espagnol. A défaut de la presse française qui ne permet pas aux Africains, quand bien même ils seraient de nationalité française, d’intervenir dans les débats d’idées du deuxième tour de la présidentielle, l’Internet, urbi et orbi, attirera l’attention sur ce qu’il adviendra des relations entre l’Afrique et la France si Monsieur Nicolas Sarkozy est élu président de la République française.
Sans vaticinations, sans jouer les Cassandre, voici, au sujet de ce dernier, ce qu’on peut lire dans La Lettre du continent[3], et dont je suis sidéré qu’aucun journal de l’Hexagone n’y ait fait allusion: «[….] le candidat de l’UMP cloisonne ses relations avec les dirigeants africains à travers une myriade d’émissaires. C’est ainsi avec son seul directeur de campagne, Claude Guéant, qu’il voit les émirs du golfe de Guinée comme le doyen Omar Bongo ou le président Denis Sassou Nguesso. C’est l’ancien ministre Olivier Stirn qui le représentait, le 3 avril à Dakar à l’investiture du président Abdoulaye Wade. Officiellement les dossiers sont gérés par le conseiller diplomatique David Martinon avec Pierre Régent et un jeune diplomate “africain” Bons Bouton. Parmi les secrétaires nationaux de l’UMP, les ex-ministres .Jacques Godfrain et Hervé de Charrette, ne sont pas avares de notes, de même que Michel Barnier. A la SEM Coopération 92, Sarkozy a par ailleurs recruté François Jay, un ancien de Bolloré (LC n°210).»
LC laisse entendre d’autre part : « Bunkérisés dans l’Hexagone […] les candidats à la présidence de la République française n’ont pas vraiment eu l’occasion (ou cherché) à définir ce que seront leurs rapports avec l’Afrique…L’équation Afrique/immigration a totalement pollué toute perspective de nouvelles relations avec un continent dont les extraordinaires potentialités sont aussi fortes que sa capacité de nuisance. »
On touche du doigt à quel point les publications de l’Hexagone n’ont cure des interventions des Africains dans les débats de la présidentielle, tandis qu’ailleurs en Europe, au Maghreb, en Israël, aux USA, en Chine, au Japon, on a lu grâce aux Portails Internet africains et aux périodiques tels que Famille Akplogan, Le Gri-Gri international, Afrique Education, Cultures contemporaines - les feedback en ont fait preuve - les textes de Ségolène Royal intitulés : Mon Projet pour l’Afrique. Coopération avec l’Afrique ainsi que sa réponse parue dans Témoignage chrétien que la diaspora africaine a pu lire où qu’elle se trouve dans le monde ; les prises de position sans équivoque possible de la candidate du PS afférentes à ce que sera la politique de la France en Afrique quand elle aura été élue Président de la République française et la synthèse des feedback m’ont fait écrire dans : Intellectuels africains et négro-africains de France, réveillez-vous ! :
« Que dire de Ségolène Royal, candidate du Parti socialiste pour qui ma femme et moi avons voté au moment opportun ? Elle a écouté et écoute ce que des Africains continuent de lui écrire ; des preuves s’exfiltrent de ses déclarations au Sénégal, Martinique, Guadeloupe, voire à Villepinte où nous étions nombreux au rendez-vous. Une interview de Paul Quilès parue dans Libération n’a pas fait mystère de l’obsolescence de nombre des Accords de coopération entre la France et les Etats africains et malgache d’expression française dont la révision des fondements de plus d’un article, voire l’abrogation, est d’une nécessité drastique. A l’émission de TF1, la candidate du PS a parlé d’or quand elle a eu dénoncé l’exploitation des matières premières du contient africain qu’on appauvrit ; un Monsieur, à coup sûr de la coterie FrançAfrique, n’a pas pu s’empêcher de grommeler : « je vous en prie…je vous en prie ! »
Qu’on lise donc ci-dessous les textes signés Ségolène Royal pour se rendre à l’évidence, avec certitude, que de tous les candidats, elle seule est de l’essence et du tissu du Président de la République française qui - avec ou sans la complicité des compradores africains - ne fera pas ourdir des réseaux tous azimuts afin de ruiner davantage l’Afrique dite indépendante et de la faire ramper dans les arcanes des bâilleurs de fonds . »
Coopération avec l’Afrique
« La coopération avec l’Afrique est essentielle pour notre pays, pas seulement au titre de la solidarité avec les populations africaines, mais aussi parce que ce qui s’y passe est crucial pour notre avenir : émigration, sécurité, risque sanitaire, risque écologique… En matière de coopération, dites-nous ce que vous voulez faire, annoncez que nous respecterons nos engagements internationaux.
La coopération avec l’Afrique est essentielle pour notre pays, au titre de la solidarité. Ce qui s’y passe est crucial pour notre avenir. Les pays pauvres, notamment en Afrique, doivent sortir de la misère grâce à un co-développement mieux pensé, plus solidaire et plus efficace. Là se situe la vraie réponse aux migrations de la misère. La question de l’émigration ne peut pas, en effet, être déconnectée de celle du co-développement. C’est par le droit des familles à vivre dignement dans leur pays que l’on peut tarir l’immigration clandestine.
France, Italie, Espagne : nous sommes tous confrontés à une immigration en provenance d’Afrique. Nous devons mettre en place des politiques coordonnées, à l’échelle européenne (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui) et, en même temps, penser ensemble un nouveau partenariat avec l’Afrique.
Il faut repenser de fond en comble la coopération et le développement en se concentrant sur quatre enjeux majeurs : l’eau, l’école, l’environnement, la santé et en favorisant les micro-crédits. Les femmes sont aux avant-postes de ces projets. En Afrique, elles assurent 98 % du travail de la terre mais bénéficient seulement de 5 % des crédits bancaires. Il faut aussi que l’aide des pays riches arrive directement à ceux qui en ont besoin, à travers la coopération décentralisée et les ONG. »
Unique, singulier : pas un autre candidat n’a fait état d’un tel projet ni d’une telle détermination dans son programme aussi, avec Ségolène Royal, est- on aux antipodes des tractations de M. Sarkozy ; les méthodes qu’il utilise pour renforcer les trames arachnéennes de FrançAfrique et celles qu’il fait ourdir font de lui un homme dangereux, nuisible aux relations entre la France et le continent noir. Le cynisme étant aussi l’idiosyncrasie de la politique du mal et de l’amoralité, on n’est guère étonné qu’après avoir, à Bamako, « pourchassé les Africains jusqu’à chez eux », traîné l’Afrique dans la boue en déclarant : « La France, économiquement, n’a pas besoin de l’Afrique. Les flux entre la France et l’Afrique représentent 2% de notre économie », que M. Sarkozy n’ait pas hésité à faire la cour à des chefs d’Etat d’un continent pauvre parmi lesquels le président Bongo. Pétrole et autres matières premières obligent ? Des clips de la TV du Gabon rendent compte de la visite de courtoisie de M. Sarkozy ; pourquoi ne pas les utiliser pour illustrer certaines séquences de la 2ème phase de sa campagne ?
Inquiétantes, préoccupantes, dangereuses jusque dans leurs profondeurs, nombre de ses déclarations augurent la dégradation des relations de l’Afrique francophone et la France ; autre chose aussi m’inquiète chez cet homme depuis que j’ai lu dans Le Monde (13/01/07) : « A l’occasion de la prochaine discussion du projet de loi sur le droit au logement opposable, Nicolas Sarkozy a estimé que s’ « il va de soi que les sans-papiers ne doivent pas y avoir accès », il a ajouté : « Je ne souhaite pas non plus que tous les étrangers en situation régulière y aient droit. »
Xénophobie, l’exclusion, rejet de l’autre voire racisme ? Le programme afférent à la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale renforce les idées de Monsieur Sarkozy progressant à pas agités vers la récidive de l’Etoile jaune, de triste mémoire ; peut-être ferait-il réaliser des badges d’Etoile noire, de Croissant de lune et étoile dans le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Au sujet d’un tel ministère, j’ai fait paraître dans des journaux africains des extraits de Tite-Live[4] qui, l’an 9 a.v J-C, avait déjà mis en brèche le projet du candidat de l’UMP.
Test de langue pour immigrés ? en 1960 à Romainville, j’ai donné des cours du soir à des Africains et Maghrébins balayeurs de rue, mais…à mon grand étonnement, y assistaient aussi des Blancs droit du sol droit du sang, mais analphabètes ! Franc-Maçon de l’obédience britannique depuis plus d’un demi-siècle, nombre des Africains et Asiatiques immigrés que je connais à Londres exercent des activités fort honorables, sans avoir eu à subir l’oppression du diktat envisagé par Monsieur Sarkozy.
Combien de Blancs en Afrique sont capables de s’exprimer tout au moins dans une des langues principales du pays où ils vivent ? Evitons donc tout racisme, fût-il rampant : citoyen français, professeur de lettres classiques en Normandie affecté dans un lycée de la région parisienne, le délit de faciès faisait de moi un étranger à qui des propriétaires refusaient de louer leurs logements pourtant déclarés libres ; c’était en 1958 ; plus tard, après des stages : Quai d’Orsay, Académie diplomatique (La Haye), consulats généraux et ambassade de France en Italie, j’ai fait face au même rejet ; aurais-je dû arborer un badge de mes titres ? Mes enfants, métis de mère normande, nés en Normandie ou dans la banlieue parisienne ont connu le même rejet ; il arrive à nos petits-enfants aussi de vivre cette expérience ; qu’en sera-t-il de nos arrière-petits-enfants de père maghrébin né français ? Le projet de Monsieur Nicolas Sarkozy, délit de faciès aidant, ne ferait-il pas de nos descendants des « étrangers en situation régulière » qui n’auraient pas droit au logement sur la terre de leur grand-mère et arrière-grand-mère où ils sont nés ?
Je déclare donc : il conviendrait dans le 2ème phase de la présidentielle que les Africains se mobilisent réellement, positivement, sans peur de qui que ce soit ni de quoi que ce soit; ceux qui ont peur ont leurs raisons que j’ignore mais respecte ; quant aux Africains compradores l’avenir leur fera vite comprendre pourquoi Sarkozy est l’homme dont l’élection serait la ruine des relations entre l’Afrique et la France. Les chefs d’Etat africains qu’il courtise, les réseaux FrançAfrique dont il essaye de renforcer les trames n’y pourront rien.
Pour ne pas en arriver à ce stade des choses, nous allons nous battre sans lâcher pied afin que Ségolène Royal l’emporte sur Sarkozy; hormis, peut-être, les Africains compradores, il serait très difficile pour nombre d’entre nous de résider en France même si nous y avions domicile et résidence secondaire si Sarkozy était élu ; certains retourneraient dans leur pays natal, préférant moins de confort que d’endurer davantage de racisme; je sais de quoi je parle depuis 1948 que je suis en France ; mais un tel retour forcé nuirait aux relations entre l’Afrique et la France.
Au terme de cette prise de position, il me plaît de rappeler au candidat de l’UMP : Europe fut d’abord un mythe[5] avant de devenir une réalité géopolitique, puis, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, une entité politico-économique ; l’Afrique d’aujourd’hui humiliée par M. Nicolas Sarkozy, quand bien même elle serait aussi un mythe, n’a jamais été inutile à la France : En 1952, en lisant Histoire de l’Europe, j’ai su l’affaiblissement de la France après les accords de Munich; j’ai d’autre part compris que la France n’aurait jamais pu se maintenir parmi les grandes puissances sans ses colonies en tant qu’alliées ; d’autre part, quand les pays africains dont « la France, économiquement, n’a pas besoin » sont devenus des Etats indépendants, la cote du français lourdement en berne dans les organisations internationales a fait des pas de géant, bien que toujours loin d’inquiéter la langue de Shakespeare.
« la question de la langue devrait primer la question économique »[6], écrivit Joyce ; magnifique ! Et si les Nègres francophones cessaient de parler français? Et si ceux d’entre nous qui maîtrisent aussi bien l’anglais que le français décidaient de s’exprimer en anglais dans les séminaires, symposiums, colloques où les deux langues sont utilisées? Et si, francophones, nous apprenions le kiswahili, langue officielle de l’Union africaine, afin de nous entendre entre nous? Monsieur Sarkozy s’apercevrait-il que la France n’avait pas besoin de l’Afrique ? C’est un défi qu’il serait opportun qu’il relève dans sa campagne électorale.
Olympe BHÊLY-QUENUM
Ecrivain et chercheur.
Le refus par Le Monde du texte ci-dessus a suscité ma riposte ci-dessous:
Garrigues-Sainte-Eulalie, 04/05/07
Refus d'un article par Le Monde.
Je n'ai vraiment pas de chance avec la presse française : depuis 1976, tous les textes par lesquels je réfute -preuves à l'appui- une information parue dans Le Monde, ou la proposition d'un article exposant des faits irréfutables sont systématiquement refusés avec les mêmes phrases qu’on dirait empruntées à un rituel
Voici le refus du journal du très regretté Hubert Beuve-Méry, à l'heure de la présidentielle où les Africains, même de nationalité française, semblent n'avoir aucun droit d'intervenir dans les débats où l'on continue de parler du continent noir en les en excluant.
France inter a eu le courage de faire allusion à la visite du candidat Nicolas Sarkozy au président Omar Bongo, chef de l'Etat gabonais, bien qu'en Afrique le même Nicolas Sarkozy ait humilié, injurié et traîné l'Afrique dans la fange en déclarant : « La France, économiquement, n’a pas besoin de l’Afrique. Les flux entre la France et l’Afrique représentent 2% de notre économie. »
Qu'on jette un coup d'œil sur La Lettre du continent[1] dont je suis sidéré qu’aucun journal de l’Hexagone n’y ait osé se faire l'écho des démarches que voici au sujet de Monsieur Sarkozy espérant devenir président d’une la République française où des nègres, même de nationalité française seraient les victimes sur la terre d'accueil où ils auront fondé une famille, investi en devant propriétaires de leur domicile :
«[….] le candidat de l’UMP cloisonne ses relations avec les dirigeants africains à travers une myriade d’émissaires. C’est ainsi avec son seul directeur de campagne, Claude Guéant, qu’il voit les émirs du golfe de Guinée comme le doyen Omar Bongo ou le président Denis Sassou Nguesso. C’est l’ancien ministre Olivier Stirn qui le représentait, le 3 avril à Dakar à l’investiture du président Abdoulaye Wade. Officiellement les dossiers sont gérés par le conseiller diplomatique David Martinon avec Pierre Régent et un jeune diplomate “africain” Bons Bouton. Parmi les secrétaires nationaux de l’UMP, les ex-ministres .Jacques Godfrain et Hervé de Charrette, ne sont pas avares de notes, de même que Michel Barnier. A la SEM Coopération 92, Sarkozy a par ailleurs recruté François Jay, un ancien de Bolloré (LC n°210).»
LC laisse entendre d’autre part :
« Bunkérisés dans l’Hexagone […] les candidats à la présidence de la République française n’ont pas vraiment eu l’occasion (ou cherché) à définir ce que seront leurs rapports avec l’Afrique…L’équation Afrique/immigration a totalement pollué toute perspective de nouvelles relations avec un continent dont les extraordinaires potentialités sont aussi fortes que sa capacité de nuisance. »
Je suis ulcéré; qui dans la France Liberté. Egalité. Fraternité, empêche les Africains même nés français de se faire entendre dans des journaux ? Qui et quelles forces obscures les ostracisent de leurs devoirs de citoyens ? Nous sommes sur le seuil d’un changement fondamental et voici que peut-être approche aussi le moment où parents, grands-parents, voire arrière-grands-parents africains de nationalité française s’entendront dire : « retournez chez vous !» comme dans Doélé, va-t-en avec les tiens ! » un roman que je me souviens d’avoir lu il y a très longtemps ; j’y pense aujourd’hui et depuis 59 ans que je vis en France en retournant régulièrement au Bénin, mon pays natal, je suis profondément révolté
Olympe BHÊLY-QUENUM
azanmado@aol.com
www.obhelyquenum.com
1] N°516, Paris, le 19 avril 2007 Titre : Un(e) président(e) « Out of Africa » ?.
[1] Fondateur de Présence Africaine.
[2] Philosophe personnaliste, fondateur de la revue Esprit.
[3] N°516, Paris, le 19 avril 2007 Titre : Un(e) président(e) « Out of Africa » ?.
[4] Histoire romaine L.IV
[5] Lire Hérodote
[6] James Joyce : Ulysse, édits Gallimard . 3 Edits Présence Africaine, Paris 1955. 4 Au mépris des peuples, François-Xavier Verschave et Philippe Hausser ; édits La fabrique.