REGRESSION PREJUDICIABLE |
Par Père Alphonse Benoît Codjo QUENUM
Recteur émérite de lUCAO
Par-delà la solidité des liens familiaux, lauteur du texte intitulé REGRESSION PRÉJUDICIABLE est un Africain que je voudrais présenter brièvement : ancien Directeur du célèbre collège Aupiais de lex-Dahomey, Codjo Alphonse Benoît QUENUM est essentiellement un ecclésiastique de la Société des Missions Africaines (SMA) ; pour avoir contesté une décision du chef de lEtat, il a passé une dizaine dannées dans les geôles du régime militaire de Mathieu Kérékou, mais durant cette période le pays percevait la mobilisation implacable de la famille QUENUM, celle des « familles alliées et amies » aussi et le Pouvoir politique appréhendait la mobilité des réseaux. Lhistoire politique révèlera-t-elle un jour limpact des interventions du Vatican grâce à lefficacité du Cardinal Bernardin GANTIN et celui de François MITTERRABD, alors président de la République française ?
Quelques années après sa libération du fait du prince dont il avait été victime, Père Alphonse Benoît Codjo QUENUM enseigna l'histoire à l'Institut catholique de l'Afrique de l'Ouest. Retraité, Recteur émérite de lUCAO, il quitta la Côte dIvoire pour le Bénin, son pays natal dont les problèmes politiques, religieux, culturels et sociaux le préoccupaient déjà dans sa jeunesse quand il entra au Grand Séminaire Saint Gall, à Ouidah. l'Alma Mater des prêtres béninois. Auteur de plusieurs ouvrages, sa thèse de doctorat, qui embarrassa assez le Vatican, est intitulée : Les Églises chrétiennes et la traite atlantique du XVe au XIXe siècle.
Je connais cet homme depuis sa naissance en 1938; présent sur le terrain de son pays natal, la forfaiture quest la réélection au premier tour du président sortant, cas singulier dans un pays qui avait éprouvé des coups dEtat militaires, il a envoyé à « la Nation, organe public qui na pas voulu le publier après mavoir fermement promis de le faire », le texte ci-dessous, qui est aussi une preuve que sous le régime de la honte du « chef » de lEtat béninois, homme lige de Françafrique soutenu par Claude Guéant, ex-secrétaire général de lElysée, le déni de démocratie, la mainmise sur la liberté dexpression et sur linformation, la corruption ainsi que tant dautres agissements préparent au Bénin la récidive du cas de la Côte dIvoire. En France, le Parti socialiste commence à sen inquiéter.
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Faut-il parler ? Faut-il se taire ? Ma conscience me lordonne : il faut oser parler pour ne pas être complice de ce qui mapparaît comme une trahison de lhistoire brillante quoi que par moments incertaine de la terre de nos pères, le Dahomey devenu le Bénin. Il faut parler parce que les dernières élections laissent perplexe, honteux. Elles maculent la figure enviée de notre démocratie et nous ramènent à 30 ans en arrière. Cest peu dire. Les actes sont grotesques et maladroitement inachevés en leur déploiement. Cela ne fait pas honneur à lintelligence pratique du peuple béninois et à son patriotisme modéré.
1. Tout semble avoir été ficelé de loin par le tiers intéressé actionnant des acteurs qui se sont faits proches par représentation diplomatique ou par générosité calculée. Il faut regarder du côté de lambassadeur de France resté sur place pour achever sa mission pour des élections utiles ; il faut aussi regarder du côté de lUnion Européenne et du système des Nations Unies où lon a sablé le champagne même pour une LEPI bâclée. Il faut enfin regarder du côté de ceux qui prennent dassaut les installations portuaires de la côte ouest-africaine aux prix les meilleurs en contribuant à fabriquer les chefs dEtat : tout convient, hélas, à cette fin. Même le grand Nigéria de Goodluck qui sollicite une place permanente au Conseil de Sécurité, sest illustré dans un petit rôle en venant acquiescer le malfaire. La pseudo-démocratie préparée pour cette stratégie explique le caractère cavalier et arrogant des acteurs du-dedans. Ils sont nos frères. Cependant leurs attitudes nhonorent guère ce pays qui a fait tancer gouverneurs et administrateurs durant la période coloniale en gardant la tête haute sans dautres fortunes que celles de son intelligence et de son souci de quête de respect. Les choses ont été trop faciles pour le diplomate français. Nos pères étaient plus coriaces. On comprend que ces acteurs du-dehors aient été les premiers à envoyer des félicitations aux mépris du mal-être général qui engourdit le pays.
2. jai évoqué les acteurs du-dedans. Certains, à lorée de leur vie publique, avaient fait croire quils rêvaient dune « Afrique debout ». On constate quils intriguent pour la mettre à genoux au crépuscule de leur vie. Leur attitude ne surprend plus, dautres étonnent parce quon les connaît mal. Dans tous les cas, les ressentiments inavoués, la boulimie du pouvoir et les appétits insatiables davoir ont sacrifié lavenir de notre pays. Car celui-ci ne peut pas être, pour les jeunes daujourdhui et de demain, du côté où on a précipité les choses.
3. Les résultats étant acquis à 53% avant même les élections pour celui qui ne devait pas connaître un second tour, les élections ne pouvaient être quun prétexte. On comprend pourquoi les grands acteurs ne sembarrassaient pas de scrupule. On a dit que beaucoup dargent a circulé. Il est évident que notre peuple ne retrouvera jamais cet argent pour son développement. Ceux qui le donnent savent comment ils le récupèrent.
4. Vous comprenez alors pourquoi, en amont et en aval, il ny avait aucune considération pour le peuple béninois et que le droit a été piétiné tantôt avec morgue et arrogance, tantôt avec cynisme et violence. Le moins quon puisse dire cest que ce nest ni beau, ni grand pour personne. On ne peut entrer dans lhistoire à reculons. Je comprends le mépris de ceux qui ont plaisir à se jouer de nous. Mais je comprends bien moins la traîtrise de ceux qui se sont prêtés à ce jeu en cassant ce qui sessayait tant bien que mal, sur cette terre béninoise, pour assurer des raisons de vivre chez soi pour nos enfants, nos petits enfants et arrière-petits enfants.
Il ne faut pas sous-estimer ce qui advient sous nos yeux : cest une régression dangereuse, un appauvrissement préjudiciable et une descente subtile vers une dictature programmée. Le modèle qui linspire nest pas loin, cest le modèle togolais. Il faut en être conscient. Je voudrais ne pas être un prophète de malheur. En décembre 1974, face à un marxisme-léninisme incongru adopté par le PRPB pour le Bénin comme guide philosophique, javais dit que « lAfrique avait mieux à faire que de mimer un monde fini ou finissant ». On a vu la suite. En Côte dIvoire, un an et demi avant la crise, en septembre 2001, javais écrit que "ce pays était « une poudrière en sursis » et que, si lexpression était trop forte, il fallait convenir que le feu couve sous la cendre ». Voyez les effets. Il vaut mieux prévenir que davoir du mal à guérir. Cela est un devoir pour tous. Ceux qui ont leurs intérêts rivés à leur ventre, y perdront autant que nous tous.
Père Alphonse Benoît Codjo QUENUM
Recteur émérite de lUCAO